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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401507

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401507

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 juillet 2024 et le 9 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

3°) d'annuler la décision du 31 mai 2024, par lequel la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'autorité de chose jugée dès lors que par jugement définitif du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 27 juin 2019, le motif opposé par la préfète de fraude documentaire a été censuré ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- sa durée est disproportionnée ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bentéjac, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 juillet 2024 à 10h00 :

- le rapport de Mme Bentéjac ;

- les observations de Me Loiseau, avocate de M. A, qui, après avoir disposé du temps nécessaire pour prendre connaissance du mémoire en défense de la préfecture précise que les éléments relevés par la préfète de l'Allier ne sont pas suffisants pour renverser la présomption de validité des actes d'état civil du requérant.

La préfète de l'Allier n'était ni présente, ni représentée.

Une pièce a été produite pour le requérant au cours de l'audience publique, mais n'a pas été communiquée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, est entré en France selon ses déclarations en juillet 2017 et a été placé à l'aide sociale à l'enfance par ordonnance de placement provisoire du 28 juillet 2017. Par un arrêté du 9 janvier 2019, qui a été annulé par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand par jugement du 27 juin 2019, le préfet de l'Allier a prononcé à l'encontre de M. A une mesure première d'éloignement. La même autorité a prononcé une seconde mesure d'éloignement à l'encontre du requérant par arrêté du 25 août 2020, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 29 avril 2021 puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 20 octobre 2022. Par un arrêté du 31 mai 2024, la préfète de l'Allier a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par une décision du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces actes.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5 ". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".

4. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, l'autorité préfectorale s'est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, en application des dispositions sus rappelées des articles L. 614-4 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il n'appartient pas au magistrat désigné par la présidente du tribunal de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour attaqué. Par suite, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 31 mai 2024, par lesquelles la préfète de l'Allier a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, y a interdit son retour pour la durée de trente-six mois, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et l'a assigné à résidence pour la durée de quarante-cinq jours.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

5. D'une part, les décisions attaquées sont signées par M. Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 28 juin 2023 de la préfète de l'Allier, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour attaqué doit être écarté.

6. D'autre part, si M. A soutient que les décisions en litige sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit, il n'assortit toutefois ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire (), l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil () sur son insertion dans la société française. ".

8. M. A soutient que le refus de titre de séjour en litige méconnait l'autorité de chose jugée dès lors que, par jugement définitif du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 27 juin 2019, le motif opposé par la préfète, tiré du caractère frauduleux des actes d'état civil produits par le requérant, a été censuré. Toutefois, en l'absence d'identité d'objet entre les deux instances, l'autorité de chose jugée ne peut être opposée alors au surplus que l'acte d'état civil produit par le requérant au soutien de sa dernière demande de titre de séjour est différent de celui déposé à l'appui de sa précédente demande de titre de séjour.

9. En deuxième lieu, M. A soutient qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision relève que M. A est sorti du système scolaire, ce que l'intéressé ne conteste pas. Par suite, il n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui requiert de l'étranger le suivi réel et sérieux d'une formation. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. M. A est entré en France au cours de l'année 2017. Il se prévaut des liens qu'il a pu nouer en France depuis son entrée et indique être inséré professionnellement. Le requérant est célibataire et sans enfant. Il ne démontre pas, par les seules attestations peu circonstanciées produites et qui concernent principalement des stages réalisés en entreprise, son insertion en France et les liens suffisamment stables et intenses d'ordre privé qu'il a noués en France depuis son entrée. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour litigieuse est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

S'agissant des autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français:

13. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

14. Il ressort des motifs de la décision et des pièces du dossier que la préfète de l'Allier a pris la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. A après avoir procédé à un examen effectif de la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.

16. Il ressort des motifs de la décision et des pièces du dossier que la préfète de l'Allier a pris une décision portant interdiction de retour après avoir procédé à un examen effectif de la situation de M. A.

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

18. Si M. A soutient que la durée de la décision en litige est disproportionnée dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort toutefois de la décision en litige que pour l'édicter, la préfète de l'Allier n'a pas retenu la circonstance qu'il constituerait une menace pour l'ordre public mais s'est uniquement fondée sur les circonstances qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses en France, et qu'il a fait l'objet de mesures d'éloignement non exécutées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

19. En premier lieu, il ressort des motifs de la décision et des pièces du dossier que la préfète de l'Allier a assigné M. A à résidence comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

20. En deuxième lieu, il ressort des motifs de la décision et des pièces du dossier que la préfète de l'Allier a assigné M. A à résidence après avoir procédé à un examen effectif de sa situation.

21. Enfin, il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.

22. Il résulte de tout ce qui précède M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation entraine, par voie de conséquence, celui des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte, et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le jugement des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 mai 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. BENTEJAC La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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