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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401510

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401510

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2024 et le 9 juillet 2024, Mme C B, représentée par Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler la décision du 4 juillet 2024, notifiée le même jour à 15h25, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à la restitution de son passeport et de mettre fin sans délai à la mesure de surveillance prise à son encontre ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative ou 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les articles L. 431-3 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est entrée régulièrement en France car elle bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner en France ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de risque qu'elle se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas établi que l'arrêté du 18 avril 2024 lui ait été notifié à son adresse ; le récépissé de demande de titre de séjour dont elle bénéficie a eu pour effet d'abroger cet arrêté ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle justifie de circonstances faisant obstacle à ce qu'elle fasse l'objet d'une décision portant interdiction de retour et cette décision est entachée d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observations en défense mais des pièces, enregistrées le 9 juillet 2024.

Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bentéjac, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 juillet 2024 à 10h00 :

- le rapport de Mme Bentéjac ;

- les observations de Me Demars, avocat de Mme B, qui soulève un nouveau moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision portant obligation de quitter le territoire français au regard de ses conséquences sur la scolarité de la requérante qui a avancé des frais élevés pour sa formation.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 juillet 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé Mme B, ressortissante marocaine, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du même jour, la même autorité l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Mme A, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de son service, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, si Mme B soutient que les décisions en litige sont entachées d'erreur de droit, elle n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 431-5 du même code : " La délivrance d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de régulariser les conditions de l'entrée en France, sauf s'il s'agit d'un étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V. ".

7. Mme B est entrée régulièrement sur le territoire français le 19 juillet 2022 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 17 décembre 2022. Elle a sollicité, le 5 décembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par arrêté du 18 avril 2024, elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qu'elle a exécuté en quittant le territoire le 26 mai 2024. Avant son départ, elle s'est vu délivrer plusieurs récépissés de demande de titre de séjour dont le dernier, en date du 15 mai 2024, valable jusqu'au 14 août 2024. Ayant quitté le territoire le 26 mai 2024 elle y est revenue le 1er juillet 2024 sans être titulaire d'un visa ni d'un titre de séjour en cours de validité. Elle ne peut donc justifier d'une entrée régulière sur le territoire français. Conformément aux dispositions précitées de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les documents provisoires qui lui ont été délivrés le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour déposée le 5 décembre 2023, alors qu'elle était en France, n'ont pas eu pour effet de régulariser son entrée en France. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait légalement prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, en conséquence, être écarté.

8. En second lieu, si Mme B soutient qu'elle a engagé de nombreux frais pour sa scolarité en France, cette seule circonstance ne saurait caractériser une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision en litige. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à Mme B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé d'une part, sur la circonstance que Mme B n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation, et d'autre part, qu'elle ne justifie pas disposer d'une résidence effective et permanente, si bien qu'elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a déposé une demande de titre de séjour pour laquelle elle a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour le 15 mai 2024, et qu'elle justifie, par la production de quittances de loyer, d'un domicile fixe dans le Puy-de-Dôme. La requérante, qui bénéficie en outre d'un passeport marocain valide, qu'elle a remis aux autorités françaises, justifie ainsi de garanties de représentation qui sont de nature à justifier le bénéfice d'un délai de départ volontaire. Elle est dès lors fondée à soutenir que la décision lui refusant un tel délai résulte d'une inexacte application des dispositions citées au point précédent et à en demander, par ce moyen, l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ".

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant assignation à résidence doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est fondée à demander l'annulation que des décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Les décisions portant refus d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour ne valent pas, par elles-mêmes, décisions de signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen, le préfet s'étant en réalité borné à informer la requérante de l'existence de ce fichier. L'annulation des décisions portant refus d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour n'impliquent donc pas directement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, par elles-mêmes la modification de ce fichier, qui suit des procédures propres. Il appartiendra en revanche au préfet de signaler aux autorités responsables de ce fichier l'annulation de ces décisions.

Sur les frais liés au litige :

17. Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Demars, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Demars de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme est annulé en tant qu'il prive Mme B d'un délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet et en tant qu'il lui interdit de retourner en France durant un délai d'un an.

Article 3 : L'Etat versera à Me Demars la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. BENTEJACLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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