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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401525

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401525

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 juillet 2024, le 11 juillet 2024 et le 12 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Caron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Loire l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'annuler la décision du 5 juillet 2024, notifiée le 6 juillet 2024 à 19h10, par laquelle le préfet de la Haute-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les écritures du préfet doivent être écartées comme ayant été produites tardivement sans justification ;

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur de fait ; elles mentionnent de manière erronée qu'il est entré irrégulièrement en France dès lors qu'il bénéficie d'un titre de séjour suédois ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il bénéficie d'un titre de séjour suédois ; il a fixé ses attaches personnelles et familiales en Suède ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français et pour les mêmes motifs que précédemment.

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée en droit ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive ;

- il n'est pas spécifié qu'il ait été dument informé de ses obligations découlant de l'assignation à résidence ;

- la résidence de l'intéressé n'est pas justifiée ;

- la durée de l'assignation est excessive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bentéjac, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bentéjac a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 juillet 2024 à 9h15, et à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais, est entré, de manière irrégulière, en France le 27 mars 2024. Par une décision du 5 juillet 2024, le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par une décision du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que soient écartés des débats les pièces et mémoires communiqués par le préfet de la Haute-Loire :

3. Aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Aux termes de l'article L. 6 du même code : " Les débats ont lieu en audience publique ". Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article R. 776-22 du code de justice administrative : " L'étranger peut, au plus tard avant le début de l'audience, demander qu'un avocat soit désigné d'office. Il en est informé par le greffe du tribunal au moment de l'introduction de sa requête. / Quand l'étranger a demandé qu'un avocat soit désigné d'office, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné en informe aussitôt le bâtonnier () Le bâtonnier effectue la désignation sans délai ". Aux termes de l'article R. 776-24 du même code, relatif au déroulement de l'audience : " Après le rapport fait () par le magistrat désigné, les parties peuvent présenter en personne ou par un avocat des observations orales. Elles peuvent également produire des documents à l'appui de leurs conclusions. Si ces documents apportent des éléments nouveaux, le magistrat demande à l'autre partie de les examiner et de lui faire part à l'audience de ses observations ". Enfin, aux termes de l'article R. 776-26 du code : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. "

4. Le litige soumis au tribunal par M. A entre dans le champ d'application des dispositions précitées. La procédure qui y est prévue se caractérise par un contradictoire adapté à l'urgence impliquant qu'il se poursuive à l'audience jusqu'à la clôture d'instruction qui est prononcée à l'issue des observations orales des parties. En conséquence, il appartient à l'auxiliaire de justice de faire sienne ces modalités particulières sous réserve qu'un délai suffisant lui soit laissé pour prendre connaissance des productions de dernière minute de la partie adverse.

5. M. A a introduit sa requête le 8 juillet à 18h50. Un mémoire en défense a été produit par le préfet de la Haute-Loire le 11 juillet 2024 à 17h54, et non le 2 juillet comme le soutient l'avocat, pour une audience prévue le 12 juillet à 9h15. Dès lors, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, d'écarter les pièces et le mémoire produits par le préfet de la Haute-Loire le 11 juillet 2024 et auquel le requérant a d'ailleurs répondu.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Mme Cencic, secrétaire générale de la préfecture de la Haute-Loire, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Haute-Loire du 19 février 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs aux affaires entrant dans les attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen, dans sa version issue du règlement (UE) n° 265/2010 du Parlement européen et du Conseil du 25 mars 2010 et du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par un des Etats membres peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres États membres, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de l'Etat membre concerné (). ".

8. M. A produit une carte d'identité émise par l'agence suédoise des impôts. Il ressort des pièces du dossier, comme opposé par le préfet, qu'une telle carte est délivrée aux personnes inscrites au registre de l'état civil en Suède et ne saurait valoir titre de séjour. M. A ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour suédois en cours de validité. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation ainsi que de l'erreur de fait doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, M. A est entré très récemment en France le 27 mars 2024. Alors qu'il ressort des termes de la décision en litige qu'il a été placé en garde à vue pour des faits de violence conjugale, le requérant, qui se déclare célibataire et sans enfant, n'apporte aucun élément permettant d'établir porte atteinte à ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit à mener une vie privée et familiale normale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre des décisions fixant le pays de destination.

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ".

12. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant n'établit pas bénéficier d'un titre de séjour suédois. La décision indique que M. A pourra être reconduit au Congo ou dans tout autre pays pour lequel il établirait être légalement admissible. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination n'est pas entachée d'erreur de droit.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.

14. D'autre part, le moyen selon lequel cette décision serait entachée d'une erreur de droit n'est pas assorti de précision permettant d'en apprécier son bien-fondé.

15. Enfin le requérant se borne à soutenir que la durée d'interdiction de retour sur le territoire français fixée par l'arrêté à 24 mois est excessive. Ce faisant, il n'assortit pas son moyen de quelconque précision permettant d'en apprécier le bien-fondé alors que la décision énonce les motifs pour lesquels une telle décision dans son principe et sa durée a été édictée.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

17. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.

18. D'autre part, si M. A soutient qu'il n'est pas été informé des obligations qui découlent de l'assignation à résidence en litige, il n'invoque toutefois la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire et celles-ci sont expressément mentionnées dans l'arrêté attaqué.

19. En neuvième lieu, M. A soutient que le lien de son assignation n'est pas justifié. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est assigné à résidence dans le département de la Haute-Loire où il réside auprès de sa compagne et ou il a été interpellé. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête entraine, par voie de conséquence, celui des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte, et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. BENTEJACLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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