vendredi 23 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juillet 2024 et le 29 juillet 2024, Mme C A, représentée par Me Caron, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 26 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui renouveler son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand durant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé, avec obligation de présentation et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît son droit d'être entendue ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation, constitue une ingérence excessive dans son droit à mener une vie privée et familiale et son exécution serait de nature à l'exposer à des traitements inhumains ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors que son exécution est de nature à constituer une ingérence excessive dans son droit à mener une vie privée et familiale et qu'en cas de renvoi dans son pays d'origine, elle serait exposée à un risque systémique d'excision ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et l'assignation à résidence :
- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination ;
- elle sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 15 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 août 2024 à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibérée, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 22 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, est entrée sur le territoire français le 1er juillet 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 janvier 2024, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 juin 2024. Par une décision du 26 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand durant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé, avec obligation de présentation et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A, qui a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
4. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'un arrêté du 5 avril 2024, régulièrement publié le même jour, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'acte en litige, dans l'ensemble des décisions qui le compose, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
6. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, dont la démarche tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'il pourra le cas échéant faire l'objet d'un refus d'admission au séjour en cas de rejet de sa demande et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toutes observations complémentaires utiles, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise à la suite du refus définitif de sa demande d'asile.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture, notamment en vue de les informer de la naissance de son fils en décembre 2023, ni qu'elle aurait été empêchée de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la décision d'éloignement litigieuse. Si Mme A justifie d'une vie commune avec M. B, père de son enfant et titulaire d'un titre de séjour délivré par la préfecture de la Haute-Loire en janvier 2024, cette circonstance ne fait pas obstacle à la mesure d'éloignement en litige dès lors que cette vie commune est très récente, que l'ensemble du foyer partage la nationalité ivoirienne et que rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine. En tout état de cause, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de Mme A et que cette dernière disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français a été adoptée en méconnaissance de son droit à être entendue et les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle et de l'erreur de fait ne peuvent qu'être écartés.
8. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ". Un étranger ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application de ces dispositions lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
9. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu d'examiner d'office si l'intéressée peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Ainsi, la circonstance selon laquelle " si la préfecture avait procédé aux vérifications requises, elle aurait dû admettre que Mme A bénéficie des liens avec la France de nature à justifier l'octroi d'un titre de séjour " est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige dès lors que la requérante n'avait pas formulé une telle demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En cinquième lieu, d'une part, à la date de la décision en litige, l'entrée de Mme A sur le territoire est récente. L'intéressée n'établit pas ni n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Si elle justifie d'une situation de concubinage avec un ressortissant ivoirien titulaire d'un titre de séjour, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision en litige dès lors qu'il n'est pas fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Côte d'Ivoire. D'autre part, la requérante fait valoir qu'elle serait exposée à un risque systémique d'excision en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, elle ne démontre pas qu'elle serait personnellement et actuellement exposée à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine, alors que, par une décision du 5 juin 2024, devenue définitive, la Cour nationale du droit d'asile a considéré que la réalité de cette pratique dans la famille de la requérante ne peut être regardée comme établie. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'elle méconnaîtrait les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
11. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
12. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier, et particulièrement des décisions elle-même, que, pour prononcer l'interdiction de retour contestée, le préfet a pris en compte sa date d'entrée récente sur le territoire national, l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France, l'absence de précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que " les astreintes applicables durant le délai de départ volontaire " sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne présente aucune menace pour l'ordre public, Mme A ne conteste pas utilement la mesure en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 juin 2024 en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions présentées à fin d'injonction, d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2024.
La présidente,
S. D Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2401628AC
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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