samedi 27 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401637 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | AKACHA RACHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, la Section française de l'Observatoire international des prisons, l'association des avocats pour la défense des droits des détenus, la ligue des droits de l'Homme, l'association des avocats pénalistes, le Conseil national des Barreaux et le syndicat des avocats de France, représenté par Me Gauché (AARPI Ad'Vocare), demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, toutes mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser les atteintes graves et manifestement illégales portées aux libertés fondamentales des personnes détenues à la maison d'arrêt du Puy-en-Velay, et d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de mettre en œuvre, notamment, les mesures suivantes, sous astreinte de 500 euros par jour de retard :
- suspendre provisoirement les incarcérations à la maison d'arrêt du Puy-en-Velay, pour un temps et selon des modalités qu'il reviendra à cette dernière de préciser, afin de réduire le niveau de surpopulation ;
- prendre toute mesure susceptible d'améliorer la luminosité des cellules ;
- équiper les cellules de mobilier de rangement correspondant au nombre de ses occupants ;
- prendre toute mesure propre à garantir l'intimité des personnes détenues dans les douches collectives et, notamment, procéder au cloisonnement des cabines ;
- équiper les cours de promenade de bancs et d'installations permettant l'exercice physique ;
- faire procéder, dans les plus brefs délais, à l'installation de sanitaires dans les cours de promenade ;
- procéder à un nettoyage approfondi des cours de promenade de la maison d'arrêt et une rénovation, lorsque nécessaire, des sols et murs dégradés ;
- proscrire toute fouille intégrale dans les locaux inappropriés.
2°) et de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient, eu égard à leurs statuts respectifs, d'un intérêt à agir ;
- ils justifient d'une urgence justifiant la saisine du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, eu égard aux conditions indignes dans lesquelles sont détenues les personnes incarcérées au sein de la maison d'arrêt du Puy-en-Velay et à la carence persistante des pouvoirs publics à remédier aux manquements et dysfonctionnement affectant les conditions de détention ;
- les conditions de détention constatées au sein de cet établissement, et les dysfonctionnements qui y sont relevés, constituent des atteintes graves et manifestement illégales aux droits garantis par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 6 du code pénitentiaire.
Par une intervention, enregistrée le 22 juillet 2024, la fédération nationale des unions de jeunes avocats, représentée par Me Akacha, demande au juge des référés de faire droit aux conclusions de la requête.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable dès lors, notamment, qu'elle justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête ;
- elle s'associe à la demande présentée par les requérants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024 à 10h39, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le juge des référés devra rejeter l'ensemble des demandes formulées par les requérants en tant que, d'une part, certaines de ces injonctions ne sont pas au nombre de celles pouvant être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, portant sur des mesures structurelles ou systémiques et que, d'autre part, l'ensemble des pièces fournies permet de démontrer que les conditions posées par cet article ne sont pas remplies ;
- à titre subsidiaire, aucun détenu ne dort sur un matelas posé au sol depuis le mois d'avril 2023 ; les effectifs de la maison d'arrêt du Puy-en-Velay sont plutôt stables depuis les deux dernières années ; une seule cellule héberge trois détenus, à la demande de ces derniers ; depuis le 1er janvier 2022, aucune personne détenue n'a introduit de recours fondé sur l'article 803-8 du code de procédure pénale permettant de demander au juge judiciaire qu'il soit mis fin à des conditions de détention indigne alors que le livret d'accueil délivré aux détenus dès leur arrivée les informe des modalités de ce recours ; il existe par ailleurs une bonne dynamique en terme de prononcé d'aménagement de peine, le taux se situe au-dessus de 60 % sur les trois dernières années, ce qui démontre la forte activité des services pénitentiaires d'insertion et de probation et de l'établissement ; l'ensemble des cellules du quartier maison d'arrêt des hommes a fait l'objet de travaux, réceptionnés au début de l'année 2024, impliquant la mise en place de douches cloisonnées au sein de chaque cellule, la transformation des anciennes douches collectives en deux cellules et la remise en peinture de l'ensemble des cellules ; s'agissant du quartier disciplinaire, composé de deux cellules, le local de douche commun est composé d'une cabine qui se ferme avec une porte ; si les fenêtres peuvent paraître petites, elle permettent toutefois d'assurer une luminosité satisfaisante en cellule et la luminosité artificielle a été améliorée avec un changement des luminaires par des LED à la fin de l'année 2023 ; en outre, elles ne peuvent être agrandies eu égard à la structure du bâtiment qui est par ailleurs à proximité de la chapelle inscrite à l'inventaire des monuments historiques ; aucune non-conformité n'a été constatée concernant les installations électriques ; s'agissant du mobilier, chaque cellule est composée de deux étagères, deux chaises, un plan de travail servant également de table ; certaines cellules sont également équipées d'une armoire ou d'une table ; le choix de l'établissement de ne pas fournir de mobilier supplémentaire dans les cellules triplées est de laisser la possibilité aux personnes détenues de se mouvoir, afin de ne pas limiter l'espace dans la cellule ; en cas de dégradation du mobilier, une observation est faite directement par les agents ou les personnes détenues via les tablette du Numérique en Détention (NED), installées dans l'intégralité des cellules depuis février 2024 ; en outre, un état des lieux d'entrée et de sortie de la cellule est effectué afin d'être informé de toute dégradation ; s'agissant des cours de promenades (une pour les condamnés, une pour les prévenus et une pour les personnes vulnérables), le chef de département des affaires immobilières a, dans le cadre des appels à projet pour l'année 2025, réceptionné un devis pour l'installation de cinq bancs en béton ; concernant l'exercice physique, une barre de traction est installée dans deux des trois cours et les personnes détenues peuvent avoir des ballons en mousse ; si les cours de promenade ne disposent pas de point d'eau, il est néanmoins permis aux personnes détenues de s'y rendre avec une bouteille d'eau ; par ailleurs, si les cours ne disposent pas non plus de sanitaires, une " promenade intermédiaire" est prévue à 10h45 et 16h45 pour permettre aux détenus de retourner en cellule pour aller aux toilettes ; deux entreprises intervenues les 13 et 14 juin ont par ailleurs conclu à l'impossibilité d'installer des urinoirs dans les cours de promenade en raison des évacuations qui sont trop éloignées ; par ailleurs, les cours de promenade, qui sont nettoyées par un auxiliaire polyvalent, sont dans un état satisfaisant de propreté ; par ailleurs, le nettoyage des cours peuvent également être réalisé par les détenus dans le cadre d'alternative aux poursuites disciplinaires ; s'agissant des activités sportives, outre les promenades proposées trois heures par jour (une heure le matin, deux l'après-midi), l'établissement dispose d'une salle de musculation dont le matériel a été changé en 2017, d'un terrain de sport refait en 2022 ainsi que d'une salle d'activité équipée d'une table de ping-pong et d'un tapis de marche depuis 2023 ; par ailleurs, un intervenant de l'UFOLEP (Union Française des Œuvres Laïques d'Education Physique) intervient plusieurs fois par semaine afin de mettre en place des activités sportives ; de nombreuses activités socio-culturelles sont également prévues, pour un budget d'environ 22 000 euros pour 2024, ainsi que des sorties collectives encadrées (sortie de 4 jours dans les Alpes, sortie multi-activité d'une journée, sortie joëlette d'une journée) ; s'agissant des fouilles intégrales, l'établissement dispose de quatre locaux de fouille, un local au vestiaire, utilisé à l'arrivé des personnes détenues, deux locaux en détention et un local de fouille aux parloirs ; ces locaux, dans un état de propreté satisfaisant, sont des boxes avec une porte fermée, disposent de caillebotis au sol, de bancs, et de patères à l'exception d'un dont le banc, plus large, permet à la personne de poser ses affaires et de s'asseoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 25 juillet 2024 à 14h00, en présence de Mme Llorach, greffière d'audience, le rapport de M. Panighel et les observations de :
- Me Demars, substituant Me Gauché, représentant l'ensemble des requérants, qui reprend le contenu de la requête et soutient en outre que la surpopulation carcérale existant à la maison d'arrêt du Puy-en-Velay n'est pas contestée, ni l'absence de point d'eau et d'urinoir au niveau des cours de promenade ; il soutient en outre qu'il n'est pas justifié que des démarches ont été accomplies pour mettre en place des échelles de lit.
- et les observations de Mme C B, cheffe de la mission du droit et de l'expertise juridique au sein de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lyon et de M. A D, chef du département des affaires immobilières au sein de cette même direction, représentant le garde des sceaux, ministre de la justice, qui reprennent le contenu du mémoire en défense et précisent que les toilettes sont comprises dans les espaces douches cloisonnés réalisés et réceptionnés début 2024.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. La section française de l'Observatoire international des prisons, l'association des avocats pour la défense des droits des détenus, la ligue des droits de l'Homme, l'association des avocats pénalistes, le Conseil national des Barreaux et le syndicat des avocats de France demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, diverses mesures pour faire cesser des atteintes graves et manifestement illégales portées aux libertés fondamentales des personnes détenues à la maison d'arrêt du Puy-en-Velay.
Sur l'intervention :
3. La fédération nationale des unions de jeunes avocats justifie d'un intérêt suffisant à ce que soient prononcées les mesures demandées par les requérants. Ainsi, son intervention est recevable.
Sur le cadre juridique du litige :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2 du code pénitentiaire : " Le service public pénitentiaire s'acquitte de ses missions dans le respect des droits et libertés garantis par la Constitution et les conventions internationales ratifiées par la France, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ". L'article
L. 6 du même code dispose que : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la commission de nouvelles infractions et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap, de l'identité de genre et de la personnalité de chaque personne détenue ". Enfin, aux termes de l'article L. 7 de ce code : " L'administration pénitentiaire doit assurer à chaque personne détenue une protection effective de son intégrité physique en tous lieux collectifs et individuels ".
5. Eu égard à la vulnérabilité des détenus et à leur situation d'entière dépendance vis-à-vis de l'administration, il appartient à celle-ci, et notamment aux directeurs des établissements pénitentiaires, en leur qualité de chefs de service, de prendre les mesures propres à protéger leur vie ainsi qu'à leur éviter tout traitement inhumain ou dégradant afin de garantir le respect effectif des exigences découlant des principes rappelés notamment par les articles 2, 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le droit au respect de la vie ainsi que le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants constituent des libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Lorsque la carence de l'autorité publique crée un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes ou les expose à être soumises, de manière caractérisée, à un traitement inhumain ou dégradant, portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à ces libertés fondamentales, et que la situation permet de prendre utilement des mesures de sauvegarde dans un délai de quarante-huit heures, le juge des référés peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2, prescrire toutes les mesures de nature à faire cesser la situation résultant de cette carence.
Sur les pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
6. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et
L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le juge des référés peut, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, une mesure d'organisation des services placés sous son autorité lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Toutefois, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Eu égard à son office, il ne saurait lui être demandé de prononcer des mesures d'ordre structurel reposant sur des choix de politique publique insusceptibles d'être mises en œuvre et, dès lors, de produire des effets à très bref délai. Enfin, compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
Sur les demandes d'injonction :
7. La maison d'arrêt du Puy-en-Velay (Haute-Loire), construite en 1897 et mise en service en 1899, dispose de 31 cellules réparties en deux quartiers, le quartier maison d'arrêt pour hommes de 27 places et le quartier semi-liberté de 4 places. A la suite d'un contrôle de l'établissement opéré du 27 au 30 juin 2022, le contrôleur général des lieux de privation et de liberté a dressé un rapport faisant notamment état d'une capacité insuffisante de la maison d'arrêt pour accueillir la population carcérale (le taux d'occupation constaté s'élevait alors à 165,52%), un espace individuel disponible insuffisant dans les cellules occupées par au moins deux personnes détenues, un manque de mobilier de rangement et d'échelles de lit, l'absence de cloisonnement des douches collectives et des toilettes situées dans les cellules. Les requérants font également état d'une visite réalisée le 15 mars 2023 par l'Ordre des avocats du Barreau de Haute-Loire, au terme de laquelle a été notamment relevée la grande vétusté des locaux.
En ce qui concerne les mesures demandées relatives à la surpopulation carcérale et à l'espace individuel disponible dans les cellules :
8. Le contrôle général des lieux de privation de liberté a relevé une suroccupation importante et chronique, s'élevant, à la date de sa visite à 165,52%. Il résulte du tableau statistique de répartition des personnes détenues par établissement au sein de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lyon que ce taux s'est depuis, aggravé, s'élevant à 180,6% au 1er juin 2024. Il est précisé en défense qu'au 30 juin 2024, la maison d'arrêt accueillait 56 personnes détenues, dont 53 au sein du quartier maison d'arrêt, soit un taux d'occupation de 196,3% dans ce quartier, le quartier de semi-liberté présentant quant à lui un taux d'occupation de 75% avec 3 personnes détenues pour 4 places. Les requérants demandent, dans ces conditions, au juge des référés, de prendre toutes mesures pour remédier à cette surpopulation carcérale, et, corrélativement, de permettre de mettre à disposition de chaque personne détenue une espace individuel disponible, hors superficie du mobilier, au moins égal à 3 mètres carrés pour leur assurer la dignité de leurs conditions de détention. Toutefois, l'intervention de telles mesures ne peut que s'inscrire dans le cadre de mesures structurelles. Et si les requérants font valoir que l'expérience d'une mesure de " stop écrou " mise en œuvre au centre de Bordeaux-Gradignan montre que l'administration peut décider, à bref délai, en concertation avec les autorités judiciaires, de ne plus accueillir de personnes détenues dans un établissement fortement surpeuplé, cette mesure relève d'un choix de politique publique. Enfin, il n'appartient pas davantage au juge des référés, en tout état de cause, d'enjoindre aux procureurs de la République des tribunaux judiciaires du ressort de mettre fin, temporairement, aux incarcérations. Dans ces conditions, les constats de surpopulation carcérale effectués tant par le contrôleur général des lieux de privations de liberté que l'administration pénitentiaire ne peuvent donner lieu aux mesures sollicitées, insusceptibles d'être mises en œuvre à très bref délai.
En ce qui concerne la luminosité des cellules :
9. Les requérants, qui se prévalent du rapport du contrôleur général des lieux de privation de libertés, font valoir que les cellules sont privées de luminosité suffisante pour la santé des personnes détenues dès lors que les fenêtres des cellules sont petites, grillagées et situées en hauteur. Ils demandent à ce titre au juge des référés d'ordonner toutes mesures pour améliorer la luminosité des cellules. Toutefois, il résulte des photographies produites en défense, qu'en dépit de leur petite taille et de leur hauteur, les fenêtres des cellules permettent une luminosité satisfaisante. En outre, il résulte également de l'instruction que la luminosité artificielle des cellules a été améliorée depuis la visite du contrôleur général des lieux de privation de liberté avec le remplacement des luminaires existants par des LED à la fin de l'année 2023. Enfin, en tout état de cause, il ne peut être prononcé de mesures tendant à la réalisation de travaux portant sur la modification de ces ouvertures extérieures, de telles mesures présentent un caractère d'ordre structurel.
En ce qui concerne le mobilier disponible dans les cellules :
10. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement du mémoire en défense du ministre de la justice et des photographies qui lui sont annexées, que, depuis la rénovation des cellules dont les travaux ont été réceptionnés en janvier 2024, chaque cellule est composée de deux étagères, deux chaises et d'un plan de travail servant également de table, certaines cellules étant également équipées d'une armoire et d'une table. Le ministre soutient par ailleurs, sans être contesté, qu'afin de laisser plus d'espace dans les cellules triplées (une seule cellule accueillant trois personnes détenues actuellement et à leur demande), l'établissement pénitentiaire a décidé de ne pas fournir de mobilier supplémentaire dans ces cellules mais que ce mobilier peut être ajouté à la demande des personnes détenues. Le ministre soutient également qu'en cas de dégradation du mobilier, les personnes détenues peuvent directement émettre des observations et demandes de remplacement via des tablettes du Numérique en Détention installées dans toutes les cellules depuis février 2024. Il ne résulte pas de l'instruction, dans ces conditions, qu'à la date de la présente ordonnance le mobilier présent dans les cellules serait inadapté au nombre d'occupants. Si le contrôleur a relevé lors de sa visite en juin 2022 l'absence d'échelles de lit, il résulte des photographies produites en défense que les lits doublés mis à la disposition des personnes détenues comportent bien ces équipements. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander à ce qu'il soit enjoint à l'administration pénitentiaire d'équiper les cellules de mobilier de rangement correspondant au nombre de ses occupants.
En ce qui concerne l'absence de cloisonnement des toilettes et douches :
11. D'une part, les requérants se prévalent du rapport du contrôleur général des lieux de privation de libertés qui a mentionné, après sa visite effectuée en juin 2022, l'absence de cloisonnement des sanitaires dans les cellules non rénovées alors que celles-ci sont occupées par plusieurs détenus, plaçant ces derniers dans des conditions attentatoires à leur dignité. Il résulte toutefois de l'instruction que l'ensemble des cellules du quartier maison d'arrêt hommes a fait l'objet de travaux, réceptionnés au début de l'année 2024, impliquant la mise en place de cabinets de douche et toilettes cloisonnés au sein de chaque cellule. Concernant le quartier disciplinaire, composé de deux cellules, le local sanitaire commun est composé d'un cabinet dont la porte peut être fermée.
12. D'autre part, le contrôleur général a également relevé un problème d'aménagement des douches collectives. Il résulte de son rapport qu'à la date de sa visite, seules dix cellules disposaient d'une douche. Les autres cellules étaient desservies par un local de quatre douches collectives, situé à chaque étage. Le rapport relève un problème d'aménagement de ces douches en l'absence d'espace de déshabillage, de porte ou de patères dans les cabines. Il convient toutefois de relever qu'ainsi que le notait le contrôleur général des lieux de privation de liberté, les douches collectives étaient vouées à disparaître à l'issue des travaux d'intégration de douches dans les cellules. Et ainsi qu'il a été dit au point 11, ces travaux ont été réceptionnés en janvier 2024 de sorte qu'à la date de la présente ordonnance, l'absence de cloisonnement des douches collectives n'existe plus, soit parce que les douches collectives ont été supprimées, soit parce que les douches collectives restantes permettent d'assurer la préservation de l'intimité des personnes détenues, notamment en quartier disciplinaire.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 qu'il n'y a pas lieu d'ordonner toute mesure propre à garantir l'intimité des personnes détenues dans les douches collectives et, notamment, procéder au cloisonnement des cabines.
En ce qui concerne les cours de promenade :
14. Si le contrôleur général des lieux de privation de liberté a relevé que les trois cours de promenade de l'établissement pénitentiaire ne sont pas équipées de bancs et d'abris, de points d'eau et de toilettes, et si les requérants font état d'une trop grande exiguïté de ces cours et d'un maillage imposant, ces derniers ne sont pas fondés à demander à ce qu'il soit enjoint à l'administration pénitentiaire de prendre toutes mesures pour l'aménagement de ces équipements, qui portent sur des mesures d'ordre structurel, insusceptibles d'être mises en œuvre à très bref délai. Au demeurant, l'administration précise qu'afin de pallier à l'absence de point d'eau et de sanitaires dans les cours de promenade, les personnes détenues sont autorisées à se présenter en cours de promenade avec une bouteille d'eau et des promenades intermédiaires sont prévues pour permettre aux détenus de retourner en cellule pour aller aux toilettes. Par ailleurs, il ressort des photographies produites en défense que les cours de promenades, dont le nettoyage peut être assuré par un auxiliaire affecté au service général ou par d'autres personnes détenues en alternative au prononcé d'une mesure disciplinaire, présentent un état de conservation et de propreté satisfaisant. Enfin, deux cours de promenade sur trois sont équipées de barres de traction permettant l'exercice physique. S'il en résulte qu'une des trois cours est dépourvue de tels équipements, il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, que ce manque caractérise des conditions de détention indigne compte tenu notamment de ce qui est dit ci-dessous au point 15. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander au juge des référés d'ordonner au ministre de la justice d'équiper les cours de promenade de bancs et d'installations permettant l'exercice physique, de procéder à l'installation de sanitaires et à un nettoyage approfondi de ces cours ainsi qu'à la rénovation des sols et murs dégradés.
En ce qui concerne les activités proposées aux personnes détenues :
15. Le ministre de la justice soutient en défense, sans être contredit par les requérants, que, s'agissant des activités sportives, l'établissement dispose d'une salle de musculation dont le matériel a été changé en 2017, d'un terrain de sport refait en 2022 ainsi que d'une salle d'activité équipée d'une table de ping-pong et d'un tapis de marche depuis 2023. Les personnes détenues peuvent accéder à ces activités, en plus des trois heures de promenade qu'ils disposent chaque jour. Il n'est également pas contesté par les requérants qu'un intervenant de l'UFOLEP (Union Française des Œuvres Laïques d'Education Physique) intervient plusieurs fois par semaine afin de mettre en place des activités sportives et que de nombreuses activités socio-culturelles sont également prévues, pour un budget d'environ 22 000 euros pour 2024, ainsi que des sorties collectives encadrées. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de prononcer, en l'état de l'instruction, une injonction à l'administration s'agissant des conditions d'exercice de certaines activités sportives et culturelles par les personnes détenues.
En ce qui concerne les locaux dans lesquels sont exercées les fouilles :
16. Il résulte des observations de l'administration pénitentiaire, corroborées par des photographies produites au soutien de son mémoire en défense, et non contestées par les requérants, que la maison d'arrêt du Puy-en-Velay dispose de quatre locaux de fouille : un local au vestiaire, utilisé à l'arrivée des personnes détenues, deux locaux en détention et un local de fouille aux parloirs. Ces locaux, qui présentent au vu des photographies produites par l'administration, un état de propreté satisfaisant, peuvent être fermés par une porte, disposent de caillebotis au sol, de bancs, et de patères à l'exception d'un dont le banc, plus large, permet à la personne de poser ses affaires et de s'asseoir. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que ces locaux ne seraient pas appropriés pour l'exercice d'une fouille. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander au juge des référés de proscrire toute fouille intégrale dans ces locaux.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la demande présentée par les requérants sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la fédération nationale des unions de jeunes avocats est admise.
Article 2 : La requête de la section française de l'Observatoire international des prisons, de l'association des avocats pour la défense des droits des détenus, de la ligue des droits de l'Homme, de l'association des avocats pénalistes, du Conseil national des Barreaux, et du syndicat des avocats de France est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la section française de l'Observatoire international des prisons, à l'association des avocats pour la défense des droits des détenus, à la ligue des droits de l'Homme, à l'association des avocats pénalistes, au Conseil national des Barreaux, au syndicat des avocats de France, à la fédération nationale des unions des jeunes avocats et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Clermont-Ferrand, le 27 juillet 2024.
Le juge des référés,
L. PANIGHEL
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026