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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401715

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401715

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juillet 2024, le 29 juillet 2024 et le 6 août 2024, Mme C A, représentée par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui renouveler son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand durant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé, avec obligation de présentation et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision du 26 juin 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation en l'autorisant à déposer une demande de titre de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'apparaît pas justifiée par un besoin social impérieux et que rien n'indique que ses conditions ne seraient pas disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale en France ;

- le préfet du Puy-de-Dôme s'est estimé en situation de compétence liée suite à la décision de rejet de sa demande d'asile ; le préfet a procédé à l'édiction de la décision de manière automatique sans s'attacher à examiner si elle pouvait être fondée à solliciter la délivrance d'un titre de séjour, notamment sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de fait compte tenu des motifs qui y sont inscrits, qui sont erronés ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté individuelle ; le fait de lui imposer une obligation de présentation avec des horaires fixes n'est pas justifié ni nécessaire au but poursuivi par la mesure d'assignation de résidence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas apprécié avec exactitude sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces, enregistrées le 14 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 août 2024 :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Mme A qui fait valoir qu'elle encourt, en cas de retour dans son pays d'origine, un risque de traitement inhumain, notamment celui d'être mariée de force ; elle ajoute qu'elle suit actuellement un traitement médical en France qui est nécessaire à sa survie.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise, est entrée sur le territoire français le 10 mai 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 novembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 avril 2024. Par une décision du 26 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui renouveler son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand durant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé, avec obligation de présentation, et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'un arrêté du 5 avril 2024, régulièrement publié le même jour, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'acte en litige, dans l'ensemble des décisions qui le compose, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que la décision attaquée n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme A mais uniquement de ceux sur lesquels il s'est fondé, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés. En outre, si la requérante soutient que la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que cette dernière a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A ce titre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé " Telemofpra " qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande d'asile de Mme A a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 2 novembre 2023 puis par la CNDA le 8 avril 2024. Ces décisions ont été respectivement notifiées à l'intéressée le 7 novembre 2023 et le 9 avril 2024. Ainsi, la reconnaissance de la qualité de réfugié ayant été définitivement refusée à Mme A, cette dernière pouvait valablement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme se serait estimé en situation de compétence liée pour édicter la décision en litige. Par ailleurs, Mme A n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Puy-de-Dôme n'était pas tenu d'examiner d'office si l'intéressée remplissait les conditions prévues par cet article, ce à quoi au demeurant, il n'a pas procédé. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dirigés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige ne peuvent qu'être écartés.

6. En quatrième lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ressort des pièces du dossier que l'entrée en France de l'intéressée est récente, en date du 10 mai 2023. En se bornant à soutenir qu'elle recherche à s'insérer socialement ou professionnellement en France et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, elle n'apporte aucun élément démontrant qu'elle a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige, prise dans son ensemble, porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, Mme A expose avoir fui les exactions subies dans son pays d'origine, s'être soustraite à un mariage forcé, être prise en charge pour un syndrome post-traumatique complexe et avoir sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Elle se prévaut également de la situation particulièrement préoccupante en République démocratique du Congo. Toutefois, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à corroborer les allégations de l'intéressée tenant aux risques actuels et personnels qu'elle invoque craindre en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarder des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, un tel moyen est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige dès lors que cette dernière n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer la requérante dans son pays d'origine.

8. En sixième lieu, en se bornant à faire valoir que " le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour ", Mme A n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En dernier lieu, Mme A soutient que la décision portant interdiction de retour est entachée d'erreur de fait, le préfet s'étant fondé sur les circonstances tirées de ce que la requérante est entrée récemment en France et qu'elle ne dispose pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire. Toutefois, Mme A n'apporte aucun élément tendant à contester la date d'entrée en France telle que retenue par l'administration ainsi que son absence de liens en France. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que cette dernière est fondée sur la date d'entrée sur le territoire français de Mme A, sur son absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France, sur la circonstance qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et sur l'absence de menace pour l'ordre public que sa présence représente. Par suite, la requérante n'étant pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

En ce qui concerne plus particulièrement les mesures prises sur le fondement des articles L. 721-6 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

10. Le préfet du Puy-de-Dôme a contraint Mme A à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand durant le délai de départ volontaire et l'a astreinte à se présenter, pendant le même délai, aux services de la direction interdépartementale de la police nationale les mercredis à 10 h. Ces mesures ont été prises en application des dispositions des articles L. 721-6 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne sauraient être regardées comme constituant une assignation à résidence au sens des articles L. 731-1 ou L. 752-1 du même code.

11. En premier lieu, il résulte des développements précédents que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la mesure " d'assignation à résidence ".

12. En deuxième lieu, Mme A soutient que les modalités des mesures contestées portent atteinte à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté individuelle et que l'obligation de présentation à horaires fixes qu'elle institue n'est ni nécessaire ni justifiée. Toutefois, d'une part, elle n'apporte aucune précision ni aucun élément de nature à établir que les modalités des mesures contestées, dont la durée est limitée au délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé, porteraient une atteinte disproportionnée à ses droits. D'autre part, en se bornant à soutenir que l'obligation de présentation n'est pas nécessaire compte tenu de l'objectif visé par la mesure prise à l'encontre de Mme A, à savoir de " s'assurer de la présence sur un territoire défini de la personne visée par cette décision ", la requérante ne saurait être regardée comme contestant utilement la mesure prise à son encontre. Le moyen soulevé doit, par suite, être écarté.

13. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision prise à son encontre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Au surplus, la circonstance que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments afférents à la situation de Mme A ne saurait, par elle-même, caractériser une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

14. Mme A demande à titre subsidiaire que l'exécution des décisions litigieuses soit suspendue. A supposer que par cette demande, la requérante entende en réalité solliciter la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur sa demande, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette dernière s'est déjà prononcée sur le recours de la requérante par décision du 9 avril 2024.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision du 26 juin 2024 en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions présentées à fin d'injonction, d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2024.

La présidente,

S. B Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401715AC

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