jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401730 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 6 août 2024, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 18 juillet 2024, portant assignation à résidence ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 18 juillet 2024, portant interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte dont le montant sera déterminé par le tribunal ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de son avocat ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui était refusé, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'est pas établi que le préfet du Puy-de-Dôme ait accompli les démarches nécessaires auprès de l'autorité consulaire en vue de la délivrance d'un laissez-passer ; suite à l'apparition récente de tensions entre la France et l'Algérie, la délivrance des laissez-passer consulaires est suspendue : son éloignement n'est pas possible dans une perspective raisonnable ;
- la décision portant interdiction de retour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard des motifs pour lesquels elle a été prise et, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 5 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Luyckx, premier conseiller, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 août 2024 à 10h00 :
- le rapport de Mme Luyckx, première conseillère,
- les observations de Me Bourg, pour M. B, qui reprend ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en date du 27 juin 2022, dont la légalité a été confirmée par ce tribunal. Par des arrêtés du 18 juillet 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence sur la commune de Clermont-Ferrand pendant quarante-cinq jours, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. () ".
5. Il ressort des termes de la décision attaquée portant assignation à résidence que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, assortie d'un délai de départ volontaire en date du 27 juin 2022. Cette décision indique que l'intéressé est démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité, et qu'il est donc nécessaire d'obtenir la délivrance d'un laissez-passer consulaire auprès des autorités compétentes et de prévoir l'organisation matérielle du départ. Elle est par suite suffisamment motivée.
6. Aucune disposition ne fait obstacle à ce que le préfet édicte une assignation à résidence à l'encontre d'un étranger ayant sollicité un titre de séjour en cours d'examen. Si M. B soutient avoir présenté une demande de délivrance de certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien susvisé, qui n'a pas été prise en compte dans la décision du préfet, c'est sans incidence sur la légalité de cette décision. Celle-ci ne saurait dès lors être entachée de défaut de motivation et d'examen pour ce motif, pas plus que d'" erreur manifeste d'appréciation " de sa situation.
7. Pour contester que son éloignement demeure une perspective raisonnable, M. B fait valoir, à l'appui d'articles de presse algérienne datés du 26 et 27 juillet 2024, d'ailleurs tronqués et en partie illisibles, que la délivrance des laissez-passer consulaires serait suspendue par les autorités algériennes depuis le mois de février 2024. A supposer cette circonstance avérée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, une telle perspective d'éloignement dans un délai de quarante-cinq jours faisait défaut, d'autant plus que ces articles font état d'un apaisement des relations et du retour prochain de l'ambassadeur d'Algérie en France. La légalité de l'arrêté en litige n'est en outre pas subordonnée à ce que l'autorité préfectorale fasse la preuve de ses diligences en vue d'obtenir le laisser-passer consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
8. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".
9. Après avoir énoncé des éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de l'intéressé, la décision portant interdiction de retour indique que ce dernier ne justifie d'aucune circonstance particulière pour ne pas avoir exécuté l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, qu'il ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de sa situation et qu'enfin, au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
10. Comme il a été dit au point 6, la circonstance que l'intéressé indique avoir déposé un dossier de demande de titre de séjour n'est pas de nature à entacher la décision d'interdiction de retour de défaut de motivation et d'examen. Par ailleurs, si le requérant se prévaut d'une présence de plus de dix ans en France et du soutien qu'il apporte à ses grands-parents âgés et malades, la décision en litige ne conteste pas ces circonstances mais a considéré que l'intéressé ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux " intenses, stables et anciens ". Compte-tenu du caractère prolongé de son séjour irrégulier en France et de l'inexécution de l'OQTF dont il fait l'objet, et eu égard à la portée et à la durée d'un an de cette décision d'interdiction de retour, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni n'a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés en litige. Par suite les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais du litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée sur leur fondement par M. B.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.
La magistrate désignée,
N. LUYCKX
La greffière,
P. CHEVALIER
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026