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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401908

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401908

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a annulé l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 25 mars 2024 refusant un titre de séjour à M. B, père d’un enfant français. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur d’appréciation en estimant que M. B ne contribuait pas à l’entretien et à l’éducation de son enfant, au sens de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La décision a été annulée, et il a été enjoint au préfet de délivrer le titre de séjour sollicité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. E B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, et dans tous les cas de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 h à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'un enfant de nationalité française dont il s'occupe depuis sa naissance ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'un enfant de nationalité française dont il s'occupe depuis sa naissance, qu'il vit avec la mère de cet enfant, également de nationalité française et qu'il réside sur le territoire français depuis huit ans ;

Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour les mêmes motifs que précédemment, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- et les observations de Me Bourg, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, né le 1er janvier 2001 et de nationalité ivoirienne, est entré irrégulièrement en France le 2 novembre 2016. Après s'être vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " valable du 27 novembre 2020 au 26 novembre 2021, l'intéressé a sollicité, le 26 août 2021, le renouvellement de son titre de séjour. Le 12 janvier 2023, M. B a sollicité un changement de statut et l'attribution d'un titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 25 mars 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de faire droit à cette demande, a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Selon l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

3. Il est constant que M. B est le père d'un enfant de nationalité française, C B Malbec, né le 24 juillet 2022 à Clermont-Ferrand de son union avec une ressortissante française et qu'il l'a reconnu avec sa compagne, en la mairie de Clermont-Ferrand, le 10 mars 2022. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B en qualité de parent d'un enfant français, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé, qui avait été de plus condamné le 5 janvier 2021 à une amende de 150 euros pour usage illicite de stupéfiants, ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant.

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du contrat de location signé par le requérant et sa compagne le 7 juillet 2021, des quittances de loyer établies à leurs deux noms pour le mois de juillet 2022 et décembre 2022, des attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales de 2022 et 2023 établies aux deux noms du couple pour des prestations versées au jeune C, de l'avis d'imposition sur l'impôt sur le revenu pour l'année 2022 mentionnant un enfant mineur et du contrat de travail à durée indéterminée conclu par l'intéressé le 20 juin 2022, que M. B vit dans le même logement que son enfant et sa compagne. En outre, cette dernière, par une attestation du 3 août 2022, indique que le requérant " assume son rôle de père " et qu'il " est indispensable à notre vie de famille et dans l'éducation et le bien-être de notre fils ". A pièces, qui ne sont pas utilement contestées par le préfet du Puy-de-Dôme, sont de nature à établir, outre une vie commune de M. B avec sa compagne et son enfant, que le requérant contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de son fils. La seule circonstance que l'intéressé ait été condamné à une peine d'amende de 150 euros pour usage illicite de stupéfiants pour des faits commis en juillet 2019 est sans incidence pour apprécier sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant né en 2022, ni ne saurait, en tout état de cause, faire regarder sa présence en France comme constituant une menace pour l'ordre public. Il suit de là que M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 25 mars 2024 refusant de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français doit être annulé. Doivent être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. Eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Puy-de-Dôme délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. B ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bourg, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bourg de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bourg une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions la requête est rejetée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. E B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. D, président,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

Le président,

M. D Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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