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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401911

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401911

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401911
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de M. D concernant le refus d'autorisation d'instruction en famille pour son enfant. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas justifié de circonstances particulières établissant une atteinte grave et immédiate à sa situation, malgré l'approche de la rentrée scolaire. L'ordonnance s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation, notamment l'article L. 131-5, sans examiner le fond du litige.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. A D, représenté par Me Perraudin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision du 25 juin 2024 par laquelle le rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand a refusé de lui délivrer l'autorisation d'instruire son enfant E B au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre au rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand de lui délivrer cette autorisation sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est caractérisée dès lors qu'il doit inscrire son enfant dans un établissement scolaire d'ici la rentrée et que le tribunal de ne se prononcera pas avant ladite rentrée ;

- son fils est instruit en famille depuis trois années ; son hypersensibilité, son potentiel intellectuel ainsi que son rythme biologique ne sont pas adaptés à une instruction en établissement scolaire ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il appartient uniquement à l'administration de vérifier que le projet pédagogique présenté est conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant ; le projet présenté est en tout état de cause conforme à l'intérêt de son fils et notamment à son rythme propre ainsi qu'à son hypersensibilité et son potentiel intellectuel ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la commission académique, qui n'a pas pour rôle rejeter une demande en rappelant le rôle de l'école, ne pouvait ainsi retenir un tel motif pour rejeter sa demande ; son fils pratique diverses activités pour se socialiser.

Vu :

- la requête enregistrée le 6 août 2024 sous le n° 2401910 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a sollicité auprès de l'académie de Clermont-Ferrand l'autorisation d'instruction à domicile de son fils E B au titre de l'année scolaire 2024-2025. Par une décision du 25 juin 2024, l'inspecteur de l'académie de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande. Par une décision du 19 juillet 2024, la commission de l'académie de Clermont-Ferrand a confirmé ce refus. Par la présente requête, M. D demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public qui s'attache à l'exécution de la décision.

4. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 susvisée : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. /(). ".

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, le requérant se prévaut, d'une part, de la proximité de la rentrée scolaire 2024-2025 et de l'impossibilité pour le juge de statuer au fond avant la rentrée et d'autre part, de la circonstance que son fils bénéficie déjà, depuis trois années, de cette autorisation et qu'une scolarisation contreviendrait à son hypersensibilité, à son potentiel intellectuel et à son rythme biologique. Toutefois, il ne ressort pas des pièces produites une situation propre et préjudiciable à son enfant faisant obstacle à son inscription dans un établissement d'enseignement à la prochaine rentrée, l'instruction dans un établissement d'enseignement ne pouvant en outre être regardée en elle-même comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Il ne justifie ainsi pas d'une situation caractérisant de manière suffisamment grave et immédiate l'atteinte qui serait portée à l'intérêt de son enfant, en dépit de la proximité de la rentrée scolaire. Il suit de là que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D.

Fait à Clermont-Ferrand, le 8 août 2024.

La juge des référés,

N. C

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401911JC

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