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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401932

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401932

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNGAMENI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. D, ressortissant albanais, contestant la prolongation de son interdiction de retour sur le territoire français et son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que les décisions du préfet du Puy-de-Dôme étaient signées par une autorité compétente, bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également écarté les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des droits de la défense et de l'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans qu'aucun texte conventionnel invoqué n'ait été méconnu.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 12 août 2024, M. B D, représenté par Me Ngameni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prise à son encontre le 5 avril 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer immédiatement un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de désigner un avocat commis d'office ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

7°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente ;

- ils sont insuffisamment motivés ;

- le préfet a méconnu les droits de la défense ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des pouvoirs de régularisation du préfet ;

- le préfet n'a pas tenu compte de sa situation et n'a pas procédé à un examen attentif de sa situation ;

- les arrêtés méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 11 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Caraës, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 août 2024 à 9h30, en présence de Mme Blanc, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les observations de Me Ngameni, représentant M. D, qui a repris le contenu de ses écritures.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant albanais né le 5 mars 1996, est entré en France irrégulièrement le 7 janvier 2019 avec son épouse et ses quatre enfants selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un arrêté du 5 août 2019, dont la légalité a été confirmée par la cour administrative d'appel de Lyon par un arrêt du 2 avril 2020, par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un nouvel arrêté du 28 juillet 2020, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 7 mai 2021, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 28 octobre 2022, M. D a fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement avec un délai de trente jours assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. A la suite de son interpellation, le préfet du Puy-de-Dôme a, par un arrêté du 5 août 2024, prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prise à son encontre le 5 avril 2024 et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté du même jour. M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

2. Les décisions attaquées sont signées par Mme C A, directrice de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du 30 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs, d'une délégation de signature à l'effet de signer " tous actes administratifs () relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité ". Ainsi, Mme A bénéficiait d'une délégation de signature pour signer la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français et l'arrêté d'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. Les décisions attaquées comportent, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les droits de la défense n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier la portée.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. D avant de prendre les décisions en litige.

En ce qui concerne les autres moyens :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. Pour prolonger de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à l'encontre de M. D par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a relevé la date alléguée de son entrée sur le territoire français le 7 janvier 2019, l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français, la circonstance qu'il a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement et l'absence de menace à l'ordre public.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français le 7 janvier 2019 selon ses déclarations et a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement les 5 août 2019, 28 juillet 2020 et 28 octobre 2022 qu'il n'a pas exécutées avant que le préfet du Puy-de-Dôme ne prenne à son encontre l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel il l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse, celle-ci est dans une situation administrative identique à la sienne. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité, et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, il ne démontre pas avoir en France des liens d'une ancienneté ou d'une intensité particulière ni qu'il serait le seul à pouvoir apporter l'aide pour tous les actes de la vie courante que nécessite l'état de santé de son frère, amputé des deux jambes, et dont la situation administrative n'a pas été précisée. Dans ces conditions, et quand bien même le comportement de M. D ne serait pas constitutif d'une menace pour l'ordre public et qu'il bénéficierait d'une promesse d'embauche, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants.

10. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, la mesure en litige n'apparaît pas disproportionnée. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile en décidant de prolonger d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. D pour une durée de trois ans ni entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

11. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel.

12. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir des moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 245-7 du code de l'action sociale et des familles, il ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre d'une décision prolongeant une interdiction de retour sur le territoire français.

13. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier la portée.

14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du code précité : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. "

15. La décision assignant M. D à résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pour une durée de quarante-cinq jours prévoit l'obligation pour l'intéressé de se présenter tous les jours à 8h30, y compris les dimanches et jours fériés, à l'hôtel de police. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de résider à l'adresse où il est assigné et les modalités de pointage fixées par cette décision ne seraient pas proportionnées aux finalités qu'elle poursuit, l'intéressé n'invoquant aucune difficulté particulière pour se rendre à l'hôtel de police. Dans ces conditions, l'assignation à résidence ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le requérant n'établit pas davantage que les modalités d'exécution de la décision d'assignation à résidence méconnaîtraient l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et seraient entachées d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

16. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de l'assignation à résidence n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier la portée.

17. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 5 août 2024 par lesquels le préfet de Puy-de-Dôme a prolongé de deux ans la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre et l'a assigné à résidence. Par suite, la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction et celles relatifs aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2024.

La magistrate désignée,

R. CARAËS

La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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