lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 août 2024, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Bourg, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 7 août 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
3°) d'annuler la décision du 7 août 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) d'ordonner la communication de l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises ainsi que l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII ;
5°) d'ordonner la communication de tous les éléments relatifs à la possibilité de bénéficier d'un accès effectif aux soins, examens et traitement prescrits en Géorgie ainsi que ceux relatifs aux conditions financières d'accès à ces actes et à ce traitement au regard du système de santé géorgien, le cas échéant, après avoir consulté les services consulaires français en Géorgie, ou l'ambassade de Géorgie en France ;
6°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui remettre une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement et de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
7°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncement par son conseil de sa rétribution au titre de l'aide juridictionnelle ou, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée de vices de procédure en méconnaissance des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'administration ne justifie pas des noms, prénoms et qualités des médecins composant le collège ; il n'est pas établi qu'un rapport médical a été rendu préalablement à l'édiction de la décision portant refus de séjour contestée ni que ce rapport a été rédigé conformément à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'autorité préfectorale s'est crue en situation de compétence liée et qu'elle a estimé à tort qu'il constituait une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut pas accéder au traitement et au suivi médical nécessaire à son état de santé dans son pays d'origine ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'autorité préfectorale s'est crue en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle dès lors que l'octroi d'un délai raisonnable est nécessaire afin de trouver une solution de substitution à son suivi médical en cours dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une extrême gravité ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, ce qui est constitutif d'un traitement inhumain ou dégradant ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a cumulé plus de cinq années d'interdiction de retour sur le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il dispose de liens familiaux anciens et stables sur le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que son fils peut prétendre à une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " de plein droit en application des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé nécessite l'utilisation d'une machine d'oxygénothérapie quotidiennement, qui n'est pas accessible en Géorgie ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son éloignement n'est pas une perspective raisonnable, comme le démontre l'absence d'éloignement en 2023 malgré l'édiction de deux précédentes décisions portant assignation à résidence ; son état de santé ne permet pas d'organiser l'exécution de la mesure d'éloignement.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations en défense mais a communiqué des pièces enregistrées le 23 août 2024.
M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 8 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 août 2024 à 9h30 en présence de Mme Petit, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Bourg, en présence de M. B assisté par Mme C, interprète, qui reprend ses écritures.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, est entré sur le territoire français en 2018 d'après ses déclarations, accompagné de sa famille. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 septembre 2019 confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 28 juin 2019. M. B a obtenu la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étranger malade valable du 2 février 2022 au 31 juillet 2022 et a demandé le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour pour les mêmes motifs. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 17 décembre 2023 qui a été annulée par la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 22 décembre 2023. Le requérant a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 16 avril 2024. Par un arrêté du 7 août 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, applicable dans le cas de l'examen d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 6 de ce même arrêté, applicable dans le cas de l'examen d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que le préfet a examiné le droit au séjour du requérant sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a précédé l'édiction du refus de titre de séjour litigieux, n'a pas été rendu au vu d'un rapport médical, en méconnaissance de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 7 août 2024 de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour du 7 août 2024 doit être annulée. Par voie de conséquences, l'ensemble des décisions contestées doivent être annulées.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les arrêtés en date du 7 août 2024 du préfet du Puy-de-Dôme doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. L'exécution du présent jugement, compte tenu du motif de l'annulation qu'il prononce, implique que la situation du requérant soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
9. Il y a également lieu, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant M. B à travailler, à compter de la notification du présent jugement.
10. Eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, le présent jugement implique également que le préfet du Puy-de-Dôme procède sans délai à la suppression du signalement de M. B aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen.
11. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
12. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de la décision à intervenir du bureau d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant, de la somme de 1000 euros, ce versement valant, conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du 7 août 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit de retourner sur le territoire français et l'a assigné à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le Système d'Information Schengen.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à l'avocate du requérant une somme de mille euros (1000 euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de mille euros (1000 euros) sera versée à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.
La magistrate désignée,
M. JAFFRÉLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401987AA
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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