lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402105 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 août 2024, M. B A, représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet de la Lozère a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de deux mois.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est remplie dès lors que la décision préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle notamment professionnelle et sociale ; son permis de conduire lui est indispensable dans le cadre de son activité professionnelle itinérante de gérant d'une société spécialisée dans les activités de plomberie, chauffage et climatisation ; il est contraint d'effectuer des déplacements permanents ; aucun transport n'est possible et adapté à sa situation professionnelle ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 et suivants du code de la route ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'autorité préfectorale ne soutient ni n'allègue que le requérant a déjà fait l'objet d'une suspension ou d'un retrait de points ou de tout autre type d'infraction ; la situation d'urgence au regard des risques graves, qu'il aurait fait courir, pour lui-même ou pour les tiers, n'est pas suffisamment caractérisée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 alinéa 3 du code de la route ; en retenant une vitesse autorisée règlementairement sans autre précision quant au lieu précis de l'infraction, l'autorité préfectorale ne permet pas au tribunal de vérifier le respect de ces dispositions ;
- elle est irrégulière dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense et des dispositions des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; aucune urgence n'est caractérisée eu égard à l'infraction commise et dès lors que l'autorité préfectorale n'établit ni n'allègue qu'il aurait commis d'autres infractions de conduite ; il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pouvait présenter des observations écrites ou orales préalablement à la décision contestée.
Vu :
- l'ensemble des pièces du dossier ;
- la requête n° 2402070 enregistrée le 22 août 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Et en vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.
3. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence, M. A fait valoir qu'il est gérant d'une société spécialisée dans les activités de plomberie, chauffage et climatisation et que son permis de conduire lui est nécessaire afin d'exercer cette activité professionnelle qui le contraint à effectuer de nombreux déplacements. Il fait également valoir qu'il ne peut honorer ses responsabilités professionnelles au moyen des transports en commun. Au soutien de ses allégations, M. A se borne à produire une attestation d'un expert-comptable mentionnant que l'intéressé " intervient au titre de son activité professionnelle dans la France entière avec un véhicule autorisé nécessitant le permis B ". Toutefois, ce document, à lui seul, ne permet pas d'établir la nécessité pour le requérant de disposer de son permis de conduire durant la période de suspension en litige d'une durée de deux mois. Enfin, si M. A soutient ne pas avoir commis d'autres infractions au code de la route, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, tel que par exemple son relevé d'information intégral tandis qu'il ne conteste pas avoir commis l'infraction grave relevée à son encontre. Dans ces conditions, et eu égard à l'intérêt public qui s'attache aux objectifs de sécurité routière, la condition d'urgence invoquée par le requérant ne saurait être regardée comme remplie.
4. Par suite, et sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Clermont-Ferrand, le 2 septembre 2024.
La présidente du tribunal,
Juge des référés
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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