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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402161

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402161

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402161
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Allier a refusé un titre de séjour à M. B, ressortissant brésilien, et l'a obligé à quitter le territoire. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie pour contester le refus de séjour, et que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour étaient irrecevables en raison du caractère suspensif du recours en annulation. La requête a donc été rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Alvarenga, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'agissant de la condition tenant à l'urgence, elle est remplie dès lors que l'arrêté en litige le place dans une situation irrégulière, si bien qu'il est porté une atteinte à sa vie privée, familiale et sociale ; sa plainte en tant que victime de traite d'être humain étant en cours d'investigation, l'arrêté en litige l'empêche de faire valoir ses droits ; l'arrêté en litige fait obstacle à la poursuite de son contrat de travail et aura pour conséquence de le priver de toute ressource ;

- s'agissant du doute sérieux quant à l'arrêté en litige, il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ; il est insuffisamment motivé ; l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'un contrôle de proportionnalité ; l'arrêté méconnait les articles L. 425-1 et L. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il est entré en France irrégulièrement alors que tel n'était pas le cas ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation au regard de son droit au respect de la vie privée et familiale ; il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

Vu :

- la requête enregistrée le 2 septembre 2024 sous le n° 2402160 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant brésilien, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. / A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. D'une part, eu égard au caractère suspensif qui s'attache à une requête en annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B n'est pas recevable à demander la suspension de l'exécution des décisions de la préfète de l'Allier du 9 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

4. D'autre part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision portant refus de titre de séjour, M. B se prévaut de ce que cette décision le place en situation irrégulière, si bien qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. Toutefois, cette circonstance, à elle seule, ne saurait caractériser une situation d'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige. Par ailleurs, le requérant se prévaut de ce que le refus de séjour en litige fait obstacle à ce qu'il poursuive son contrat de travail, le privant de toute ressource, et fait obstacle à ce qu'il puisse faire usage de ses droits en qualité de victime de traite d'être humain. Toutefois, et alors que M. B a la possibilité de se faire représenter par un avocat dans le cadre de cette procédure, le requérant n'établit pas que son contrat de travail a été suspendu ni qu'il se trouve dans une situation de précarité financière. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas de circonstances particulières de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'il conteste soit suspendue.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, les conclusions de M. B, y compris celles aux fins d'injonction, d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Clermont-Ferrand, le 5 septembre 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2402161JC

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