jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402178 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, Mme A B, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au département du Puy-de-Dôme ou, à titre subsidiaire, au préfet du Puy-de-Dôme, de l'orienter vers un lieu d'hébergement d'urgence dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Puy-de-Dôme ou de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est dépourvue d'hébergement depuis le 20 août 2024 ; elle est confrontée à des problèmes de santé physique liés au manque d'hygiène, ainsi qu'à des problèmes psychologiques en raison d'un sentiment d'insécurité permanent ; elle se trouve dans une situation de vulnérabilité dès lors qu'elle est enceinte de quatre mois ; elle se trouve dans une situation de précarité :
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- le droit de ne pas subir de carence caractérisée dans le cadre de l'hébergement d'urgence constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- elle n'a bénéficié d'aucune orientation vers un lieu d'hébergement malgré ses courriels adressés au conseil départemental du Puy-de-Dôme et au SIAO de Clermont-Ferrand ; l'incapacité du département et du SIAO de lui proposer un lieu d'hébergement d'urgence manifeste une carence caractérisée dans l'accomplissement de la tâche qui leur a été confiée par le législateur ; il n'est pas établi que les services du département ni du SIAO ont procédé à une évaluation médicale, psychique et sociale de sa situation alors qu'il s'agit d'une exigence imposée par le code de l'action sociale et des familles ;
- la condition de gravité des atteintes portées est remplie dès lors qu'elle est confrontée à des problèmes de santé physiques liés au manque d'hygiène ainsi qu'à des problèmes psychologiques ; elle justifie d'une situation de vulnérabilité dès lors qu'elle est enceinte de quatre mois ; elle se trouve dans une situation de précarité dès lors qu'elle dispose d'un accès limité aux ressources de base en matière d'alimentation, d'hygiène et de soins.
Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 4 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme B, ressortissante ivoirienne, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au département du Puy-de-Dôme ou, à titre subsidiaire, au préfet du Puy-de-Dôme, de l'orienter vers un lieu d'hébergement d'urgence.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. D'une part, s'il résulte des dispositions du code de l'action sociale et des familles que sont en principe à la charge de l'Etat les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement des personnes qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques ou de logement, ainsi que l'hébergement d'urgence des personnes sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, la prise en charge, qui inclut l'hébergement, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes ou des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département en vertu de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L. 345-2 du même code et si l'Etat ne pourrait légalement refuser à ces femmes un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent.
4. D'autre part, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Pour justifier de l'urgence à enjoindre la mesure sollicitée à l'encontre du département du Puy-de-Dôme ou de l'Etat, Mme B se prévaut de ce qu'elle est dépourvue d'hébergement depuis le 20 août 2024, qu'elle est confrontée à des problèmes de santé physiques et psychologiques, qu'elle se trouve dans une situation de précarité, et qu'elle est enceinte. S'il ressort en effet des pièces versées au dossier que Mme B est enceinte de quatre mois, et qu'ainsi, sa prise en charge relève en principe de la compétence du département du Puy-de-Dôme, et à titre supplétif, des services de l'Etat, elle ne produit toutefois aucun élément faisant état d'une vulnérabilité particulière. Par ailleurs, si Mme B établit avoir contacté le 115 pour obtenir un hébergement d'urgence les 2, 3 et 4 septembre 2024, elle n'établit pas avoir contacté le 115 postérieurement au courriel du 4 septembre 2024 par lequel le département du Puy-de-Dôme a affirmé que la requérante sera prise en charge par le 115 le soir même et qu'elle doit, pour ce faire, contacter le 115, qui l'accueillera, quand bien même il avait été précisé à la requérante précédemment qu'aucune place n'était disponible. Dans ces conditions, Mme B ne justifie pas d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête doivent être rejetées selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre la requérante à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Clermont-Ferrand, le 5 septembre 2024.
La présidente du tribunal,
juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
No 2402178JC
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