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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402265

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402265

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402265
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour opposée à Mme B par le préfet du Puy-de-Dôme. La requérante, de nationalité marocaine, sollicitait un changement de statut vers la mention "salarié" et invoquait l'urgence liée à la perte de son contrat de travail et de ses ressources. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le contrat de travail actuel étant distinct de celui ayant fondé la demande de titre de séjour initiale, rendant la suspension sans incidence sur sa situation. La requête a été rejetée sans examen du doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Fréry, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 12 octobre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement au fond, dans un délai de cinq jours à compter de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son renoncement à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- elle justifie d'une présence régulière sur le territoire depuis le 19 septembre 2020 ;

- elle a bénéficié de deux précédents titres de séjour, en tant qu'étudiante puis en tant qu'étranger en recherche d'emploi ;

- elle dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 22 juillet 2024 qu'elle risque de perdre dès lors que la préfecture n'a pas renouvelé son dernier récépissé arrivé à expiration le 28 août 2024 ; la suspension de son contrat de travail aurait pour conséquence de la priver d'un salaire, seule ressource financière dont elle dispose pour faire face à ses charges courantes.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 11 septembre 2024.

Vu :

- la requête enregistrée le 11 septembre 2024 sous le n° 2402262 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision implicite portant refus de titre de séjour, Mme B, qui demande un changement de statut et non le renouvellement d'un titre de séjour antérieur, se prévaut de la perte de son contrat de travail et de la privation de ressources qui en résulte. Toutefois, il résulte de l'instruction que son contrat de travail actuel, conclu le 22 juillet 2024, n'est pas celui pour lequel sa demande de titre de séjour a été déposée le 12 juin 2023, de sorte que suspendre le refus implicite né en 2023 concernant son ancien contrat de travail serait dépourvu d'incidence sur sa situation actuelle.

5. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ni de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que les conclusions de Mme B, y compris celles aux fins d'injonction, d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Clermont-Ferrand, le 13 septembre 2024.

La juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

No 2402265

AC

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