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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402293

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402293

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B A. Ce dernier demandait la suspension des délibérations du jury d'examen du troisième cycle court des études odontologiques de l'Université Clermont Auvergne prononçant son ajournement pour le premier semestre 2023-2024. Le tribunal a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. A pouvait soutenir sa thèse et que l'ajournement n'empêchait pas la poursuite de son projet professionnel. La requête a donc été rejetée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens relatifs à la légalité des décisions contestées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Rothdiener, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des délibérations du jury d'examen du troisième cycle court des études odontologiques de l'Université Clermont Auvergne prononçant son ajournement au titre du 1er semestre de l'année universitaire 2023-2024 ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'Université Clermont Auvergne et au jury, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative de prononcer la validation de son " stage clinique global S1 " au titre du 1er semestre de l'année universitaire 2023-2024 dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'Université Clermont Auvergne et au jury, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder au réexamen de sa situation et notamment de son " stage clinique global S1 ", dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Université Clermont Auvergne une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est établie dès lors que l'ajournement du stage clinique global du premier semestre fait échec à la validation de sa sixième et dernière année de chirurgie dentaire et entraîne son redoublement; l'ajournement fait échec à la soutenance de sa thèse et à l'obtention du diplôme en fin d'année 2024 ; l'ajournement implique d'effectuer un nouveau stage clinique au cours du premier semestre de la nouvelle année universitaire et d'attendre sa validation qui interviendra au plus tôt au cours du mois de février 2025 ; son retour à l'UCA serait uniquement justifié par la validation de l'unité d'enseignement portant sur le stage clinique ;

- en cas de doute sérieux sur la légalité des délibérations du jury et en cas d'admission, il est en droit de prétendre à participer en temps voulu à une session de soutenance et à l'obtention de son diplôme à la fin de l'année 2024 ;

- l'ajournement et l'invalidation de sa sixième année impliquent la rupture de son contrat à durée indéterminée conclu et l'abandon du projet de reprise d'un cabinet dentaire ; les démarches auprès du comptable et de l'avocat, afin de racheter la patientèle et de créer la société, ont déjà débuté ; les décisions contestées lui imposent de revenir suivre la formation à l'UCA en vue d'effectuer à nouveau un stage clinique au titre du semestre 1, de sorte qu'il ne pourra plus travailler au cabinet dentaire et reprendre cette structure à la fin de l'année 2024 ;

- il fait l'objet d'un arrêt maladie depuis qu'il a appris son ajournement et l'invalidation de sa 6ème année de chirurgie dentaire ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence à défaut de composition régulière du jury et en méconnaissance de l'article 11 de l'arrêté ministériel du 8 avril 2013 ; les extraits des PV du jury du 3 septembre 2024 ont été communiqués mais comportent uniquement l'identité et la signature du président du jury ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en méconnaissance des articles 8, 9 et 18 de l'arrêté du 8 avril 2013 relatif au régime des études en vue du diplôme d'état de docteur en chirurgie dentaire et des modalités de contrôles des connaissances et des compétences (MCCC) de l'UCA au titre de l'année 2023-2024, pour le 3ème cycle court des études en sciences odontologiques ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de quelques retards mineurs et des cinq jours d'absence justifiés par son état de santé qui ne sauraient entraîner son ajournement et son redoublement sans aucune possibilité de rattrapage ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et sont illégales par voie d'exception ; les MCCC en cause ont été signées par une autorité incompétente en méconnaissance des articles 6 alinéa 2 et 11 de l'arrêté du 8 avril 2013 relatif au régime des études en vue du diplôme d'état de docteur en chirurgie dentaire ; les MCCC sont illégales et inopposables en l'absence du respect des formalités de publications suffisantes de la délibération du CFVU ; aucune épreuve orale et aucune session 2 ne lui ont été proposées afin de valider le " stage clinique global S1 " en méconnaissance des MCCC ; il n'a été destinataire d'aucune fiche de dysfonctionnement à l'issue de son stage effectué lors du second semestre et pouvait ainsi prétendre à une validation des unités d'enseignement portant sur le stage clinique des deux semestres ; il a demandé en vain la transmission de la fiche de dysfonctionnement ;

- elles méconnaissent les règles de compensation prévues par les MCCC.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 et 30 septembre 2024, l'université Clermont Auvergne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

Sur l'urgence :

- elle n'est pas caractérisée en ce qui concerne le lieu de vie de M. A dès lors que ce dernier n'a aucune obligation de réaliser son stage à Clermont-Ferrand et peut le réaliser à Dijon où il réside ;

- elle n'est pas caractérisée en ce qui concerne la soutenance et la validation de sa thèse d'exercice dès lors qu'il a toujours la possibilité de la soutenir ; sa soutenance est fixée au 10 octobre 2024 ;

- elle n'est pas caractérisée en ce qui concerne le rachat d'un cabinet dentaire dès lors que son diplôme n'est conditionné qu'à la soutenance de sa thèse prévue en octobre 2024 et à la validation de son stage hospitalier du premier semestre ; la validation du stage et la délibération du jury prononçant l'admission sont prévues en février 2025 ; il n'est pas frappé d'une interdiction d'exercice de la profession en qualité de collaborateur salarié comme il la pratique actuellement ; la décision attaquée retarde la reprise d'une activité libérale pendant moins de deux mois ;

- M. A aggrave sa situation personnelle en ne donnant aucune suite à son ajournement et son redoublement ; il n'a entamé aucune démarche pour réaliser un nouveau stage hospitalier durant le premier semestre et valider définitivement sa sixième année d'études odontologiques ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de ma décision attaquée :

- la composition du jury ayant prononcé la décision attaquée est régulière ;

- le jury avait compétence pour apprécier les mérites de M. A ;

- le jury n'a commis aucune irrégularité en sanctionnant l'acquisition des connaissances pratiques et des compétences cliniques dans le cadre des stages et de la formation pratique et clinique suivis par M. A au regard de l'invalidation du stage prononcé par le Doyen-directeur de l'UFR d'odontologie et de l'avis motivé du chef de service d'odontologie l'ayant recueilli ;

- le carnet de stage prévu par la réglementation applicable au troisième cycle court des études odontologiques existe bien et sa mise en place n'est entachée d'aucun vice de procédure ;

- l'activité salariée de M. A est sans lien avec la décision attaquée ou avec son cursus universitaire ; le jury n'avait pas la possibilité d'en prendre en compte ni matériellement ni sans violer ses obligations ;

- la validation du stage hospitalier sur la grille d'évaluation n'a qu'un caractère d'avis et seule l'université est compétente pour juger de la validation ou non des acquis pédagogiques de l'étudiant durant le stage ;

- la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur ; il est avéré des problèmes de ponctualité de M. A qui ne trouvaient pas leur origine dans des arrêts maladies ; il était attendu de M. A une attention à la ponctualité et à un investissement particulier dans ses missions ;

- M. A ne peut se prévaloir de l'inopposabilité des modalités de contrôle des connaissances ayant fondé la décision attaquée au regard des modalités de publicité suffisantes de la délibération concernée ;

-M. Kultu ne saurait bénéficier du dispositif de compensation prévu par les MCCC pour obtenir la validation du stage hospitalier du premier semestre dès lors que les acquis relatifs au stage relèvent d'une importance particulière et ne sauraient être assimilés aux unités d'enseignement théoriques qui ne peuvent s'y substituer dans le cadre d'un dispositif tel que la compensation ;

- M. A ne peut se prévaloir d'une rupture d'égalité entre les étudiants dès lors qu'il a bien fait l'objet d'une fiche de dysfonctionnement du 4 juillet 2024.

Vu :

- la requête enregistrée le 13 septembre 2024 sous le n° 2402292 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision en litige ;

- l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme E, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 1er octobre 2024 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Rigault substituant Me Rothediener représentant M. A qui réitère ses observations écrites ;

- Mme C et M. D, représentant l'université Clermont-Auvergne qui réitèrent leurs observations.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des délibérations du jury d'examen du troisième cycle court des études odontologiques de l'Université Clermont Auvergne prononçant son ajournement au titre du 1er semestre de l'année universitaire 2023-2024.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Il résulte de l'instruction que M. A a suivi des études odontologiques à l'université Clermont-Auvergne et était inscrit au troisième cycle court des études odontologiques au titre de l'année universitaire 2023-2024 en vue de l'obtention de son diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire. Au cours de cette sixième année d'études, il a intégralement validé les unités d'enseignement à l'exception du stage hospitalier du premier semestre de l'année. Cette invalidation a entraîné son ajournement et son redoublement nécessitant une nouvelle inscription de l'étudiant au titre de l'année universitaire 2024-2025 pour l'obtention de son diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre les délibérations en cause, M. A fait tout d'abord valoir que son ajournement et son redoublement font échec à la soutenance et la validation de sa thèse qui était prévue au mois d'octobre 2024. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'ajournement de M. A ne fait pas obstacle à la soutenance puis la validation de sa thèse, toujours prévue au mois d'octobre 2024 dès lors que celle-ci constitue une inscription administrative distincte du reste de la formation odontologique de troisième cycle court suivie par le requérant. M. A indique ensuite que cet ajournement implique son retour pour une année à Clermont-Ferrand alors qu'il n'y dispose plus d'un hébergement. Toutefois, l'ajournement de M. A implique seulement qu'il effectue un nouveau stage clinique au cours du premier semestre de la nouvelle année universitaire dès lors qu'il a validé l'intégralité des autres unités d'enseignement et non de suivre la totalité de la formation. Ainsi, M. A n'a, contrairement à ce qu'il soutient, aucune " obligation " de revenir suivre sa formation à Clermont-Ferrand dès lors qu'il peut, comme il l'a d'ailleurs effectué s'agissant du stage clinique de 1er semestre de l'année universitaire 2023-2024, effectuer son stage à proximité de son domicile actuel. Enfin, M. A indique que, du fait de son ajournement, son projet de reprise d'une patientèle qui devait être concrétisé en décembre 2024 doit être abandonné alors que les démarches comptables, juridiques et financières ont été entamées. L'exercice de la profession de chirurgien-dentiste en qualité de professionnel de santé est conditionné à la validation du troisième cycle court, à l'obtention du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire et à la soutenance, avec succès, d'une thèse d'exercice de chirurgie dentaire. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'ajournement de M. A implique uniquement qu'il effectue un nouveau stage clinique durant le 1er semestre de la nouvelle année universitaire, la validation de celui-ci et la délibération du jury sur son admission devant intervenir au cours du mois de février 2025. Ainsi, l'obtention du diplôme de M. A n'a vocation, à la date des délibérations en cause, à être différée du fait de son ajournement que jusqu'à la validation de son stage clinique du 1er semestre prévue au cours du mois de février 2025. Ces deux mois de décalage ne sauraient, au vu des circonstances de l'espèce, constituer une situation d'urgence alors d'autant plus que M. A, malgré une réinscription à l'université n'a, à la date de la présente ordonnance, entamé aucune démarche pour réaliser un nouveau stage hospitalier et ainsi, valider sa sixième année d'études odontologiques de sorte qu'il met lui-même en péril la possibilité d'achever son cursus au cours du mois de février 2025. Par suite, il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence n'est pas démontrée. La requête en référé suspension de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'université Clermont-Auvergne.

Fait à Clermont-Ferrand, le 9 octobre 2024.

La juge des référés,

C. E

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402293AA

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