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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402299

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402299

vendredi 7 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSADEK SALIHA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. A..., ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral du 19 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment celui tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, en validant la délégation de signature du secrétaire général de la préfecture. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 6 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 juillet 2024 par lequel la préfète de l’Allier l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l’Allier de réexaminer sa situation sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l’arrêté :
la notification de la retenue et de l’arrêté est irrégulière en l’absence d’un interprète à ses côtés ;
l’arrêté est signé par une autorité incompétente ;
il n’est pas motivé ;
il a été pris sans qu’il ait pu bénéficier du droit d’être entendu avec l’assistance d’un interprète ;



Sur l’obligation de quitter le territoire français sans délai :
il n’a pas été mis en mesure de demander un titre de séjour ;
l’interprète en langue arabe ne s’est pas déplacé ;
le préfet n’a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
dès lors qu’il pouvait prétendre à la délivrance d’un titre de plein droit portant la mention « saisonnier », il ne pouvait faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français ;
la décision méconnaît le 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le défaut d’octroi d’un délai de départ volontaire apparaît disproportionné ;
la décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :
cette décision est privée de base légale dès lors que l’obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans :
la décision est privée de base légale dès lors qu’elle est fondée sur une mesure d’éloignement elle-même illégale ;
elle méconnaît l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est disproportionnée et excessive ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2025, le préfet de l’Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 mai 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mai 2025.

M. B... A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Caraës.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant marocain né le 26 mai 1998, est entré en France en octobre 2022 sous couvert d’un visa valable du 15 septembre au 14 décembre 2022 à visée professionnelle selon ses déclarations. A la suite de son interpellation, la préfète de l’Allier l’a, par un arrêté du 19 juillet 2024, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l’arrêté en litige :

L’arrêté en litige a été signé par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l’Allier, qui bénéficiait d’une délégation de signature consentie par la préfète de l’Allier par un arrêté du 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l’effet de signer un certain nombre de décisions administratives à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté sans qu’il y ait lieu de justifier de l’absence ou de l’empêchement de la préfète de l’Allier.

Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ».

L’arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sans que la préfète de l’Allier soit tenue de mentionner l’ensemble des éléments de la situation de M. A.... La seule circonstance que l’arrêté en litige ne vise pas l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 est sans incidence sur sa légalité. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

M. A... ne peut utilement se prévaloir des conditions de notification de la retenue pour vérification du droit au séjour ni de celles de l’arrêté attaqué qui sont sans incidence sur sa légalité. En tout état cause, le procès-verbal du 19 juillet 2024 précise que la notification de l’arrêté en litige a été traduit par un interprète de langue arabe. Par suite, le moyen tiré de ce que la notification de la retenue et de l’arrêté en litige est irrégulière en l’absence d’un interprète aux côtés de M. A... doit être écarté.

Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui‑ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

Aux termes de l’article L. 141-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ».

Le requérant soutient qu’il a été dans l’impossibilité de présenter ses observations préalablement aux mesures en litige notamment en l’absence d’un interprète. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A... a été auditionné par les services de la gendarmerie nationale à la suite de son interpellation le 19 juillet 2024 et interrogé sur sa situation par le truchement d’un interprète en langue arabe, peu important à cet égard la circonstance que l’interprète ne soit intervenu que téléphoniquement. Ainsi, M. A... a été mis en mesure de présenter ses observations notamment sur les raisons qui l’ont conduit à entrer en France ainsi que sur sa situation familiale et professionnelle. En outre, M. A... ne démontre pas qu’il aurait été privé de la possibilité de faire valoir des observations qui auraient été de nature à influer sur le sens des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être écarté.

Sur les moyens relatifs à la légalité de l’obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (…) ».

La préfète de l’Allier a obligé M. A... à quitter le territoire sur le fondement du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en indiquant que si l’intéressé a obtenu un visa à visée professionnelle valable du 15 septembre au 14 décembre 2022, il n’a pas regagné le Maroc à l’issue de son séjour en France et n’a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Ces motifs justifient l’édiction de la mesure d’éloignement en litige sur le fondement des dispositions précitées.



Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l’Allier n’aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation personnelle de M. A... et la circonstance qu’il avait entrepris des démarches en vue de déposer une demande de titre de séjour est sans incidence sur la légalité de l’arrêté en litige.

Par ailleurs, si M. A... soutient qu’il n’a pas été mis en mesure de déposer une demande de titre de séjour, il ressort des pièces du dossier qu’il n’a, dans les faits, entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation antérieurement à l’édiction de la mesure d’éloignement.

Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».

M. A... se prévaut de l’ancienneté de son séjour en France, de ce qu’il a obtenu un titre de séjour portant la mention « saisonnier » et de ses liens avec la France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé est entré en France pour la dernière fois le 2 octobre 2022, soit moins de deux ans avant l’édiction de la décision en litige. Il n’est pas dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où vivent son épouse et son enfant. La seule circonstance qu’il a bénéficié d’un titre de séjour portant la mention « saisonnier » n’est pas suffisante pour manifester une intégration socio-professionnelle particulière en France. Par suite, la préfète de l’Allier n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. La préfète n’a ainsi pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en l’obligeant à quitter le territoire français.

Aux termes de l’article L. 425-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a déposé plainte le 19 juillet 2024 contre son employeur pour des faits d’emploi d’un étranger non muni d’une autorisation de travail salarié. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir qu’il aurait dû bénéficier, de plein droit, d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n’est pas davantage fondé à soutenir qu’il bénéficiait d’un droit au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile compte tenu de ce qui a été énoncé au point 14 du jugement ou d’un titre de séjour portant la mention « saisonnier » faute de toute précision à ce sujet.

Sur les moyens relatifs à la légalité de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :

Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. » et aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.».

Pour refuser d’octroyer un délai de départ volontaire sur le fondement du 2° et du 8° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la préfète de l’Allier a relevé que l’intéressé se maintenait irrégulièrement sur le territoire français sans avoir effectué de démarches en vue de régulariser sa situation et qu’il était démuni de document transfrontière.

Si M. A... soutient qu’il a entrepris des démarches pour régulariser sa situation auprès de la préfecture de l’Aude et a obtenu un rendez-vous le 21 avril 2023 pour une demande « de premier titre de séjour » de telle sorte que l’autorité administrative ne saurait lui opposer le 2° de l’article L. 612-3 du code précité, le préfet de l’Allier indique, sans être contesté, qu’aucun dépôt de dossier n’a été enregistré consécutivement à ce rendez-vous. Par suite, M. A... doit être regardé comme s'étant maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour conformément au 2° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Les circonstances qu’il n’a jamais troublé l’ordre public, qu’il a déjà bénéficié d’un titre de séjour et qu’il n’a pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Il s’ensuit que, pour ce seul motif, la préfète de l’Allier était fondée à refuser l’octroi d’un délai de départ volontaire.

Si M. A... se prévaut du caractère disproportionné de cette décision, il n’invoque aucune circonstance particulière permettant de regarder le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile comme non établi.

Sur les moyens relatifs à la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

L’obligation de quitter le territoire français sans délai n’étant pas illégale, la décision fixant le pays de renvoi n’est pas privée de base légale et ne saurait donc faire l’objet d’une annulation par voie de conséquence.

La circonstance que l’administration a édicté une mesure sans s’enquérir de sa faisabilité est sans incidence sur la légalité de cette mesure.




Sur les moyens relatifs à la légalité de l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans :

L’obligation de quitter le territoire français sans délai n’étant pas illégale, l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans n’est pas privée de base légale et ne saurait donc faire l’objet d’une annulation par voie de conséquence.

Aux termes de l’article L. 612‑6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. » Aux termes de l’article L. 612‑10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612‑6 et L. 612‑7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

Pour prononcer à l’encontre de M. A... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans, la préfète de l’Allier a retenu le caractère irrégulier de son séjour en France, l’absence de démarche pour régulariser sa situation administrative, le fait qu’il travaille illégalement en France, l’absence de liens personnels et familiaux suffisamment stables, anciens et intenses et l’absence de menace à l’ordre public. Si M. A... se prévaut de ce qu’il réside en France depuis plus de trois ans, de ce qu’il a bénéficié d’un titre de séjour portant la mention « saisonnier », qu’il a travaillé de façon légale en étant déclaré, qu’il cherche à régulariser sa situation administrative, ces circonstances ne peuvent être regardées comme des circonstances humanitaires justifiant qu’il ne fasse pas l’objet d’une interdiction de retour sur le territoire français. Ces mêmes circonstances ne sauraient suffire à elles-seules à établir le caractère disproportionné de la mesure en litige et ce alors que M. A... réside irrégulièrement en France depuis la date de sa dernière entrée, de ce qu’il n’a pas cherché à régulariser sa situation administrative conformément à ce qui a été dit au point 19 du jugement et qu’il n’établit pas avoir tisser des liens personnels et familiaux en France. Pour ces mêmes motifs, la décision en litige n’est pas entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la situation de M. A....

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 19 juillet 2024 par lequel la préfète de l’Allier l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Par suite, la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.







D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de l’Allier.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,
Mme Bollon, première conseillère,
Mme Michaud, conseillère,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2025.





La présidente-rapporteure,





R. CARAËS





L’assesseure la plus ancienne,




L. BOLLON
La greffière,





F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de l’Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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