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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402388

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402388

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLKJ AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a examiné le recours en excès de pouvoir de Mme F H contre les décisions du préfet du Puy-de-Dôme refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour de deux ans et l'assignant à résidence. La requérante invoquait notamment une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, en raison de la présence de ses enfants scolarisés en France, dont deux en situation de handicap. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision de refus de titre de séjour n'était pas entachée d'erreur de droit et que l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaissait pas les stipulations conventionnelles invoquées. En conséquence, la requête a été rejetée, confirmant la légalité des arrêtés préfectoraux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, Mme F H, représentée par la Selarl Lkj avocats, Me Léonid Gninafon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, sa demande de titre de séjour ;

4°) dans tous les cas, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un récépissé sans délai à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

* Sur la légalité de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente, faute pour l'administration d'établir la délégation de signature consentie à l'auteur de ces décisions ;

* Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit et a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ; en effet, le préfet ne pouvait se fonder sur le critère de l'ancienneté de son séjour en France, qu'elle justifie de surcroît, ni sur le " critère de justificatifs variés " ; il devait, par ailleurs, être tenu compte de la présence en France de ses enfants qui sont scolarisés et dont elle sera séparée alors que deux d'entre eux sont en situation de handicap ; il ne peut lui être fait grief de n'avoir effectué aucune démarche en vue de s'insérer professionnellement alors que toutes ses demandes de régularisation ont été rejetées ; elle ne peut enfin refaire sa vie en Guinée en raison des violences et des traitements inhumains et dégradants qu'elle y subirait ;

* Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en l'absence de communication du procès-verbal d'audition, il n'est pas possible de vérifier qu'elle aurait effectivement affirmé ne pas vouloir se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; en outre, elle dispose de garanties de représentation suffisantes ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 anvier 1990 relative aux droits de l'enfant pour les mêmes motifs que précédemment développés ;

* Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de conditions humanitaires compte tenu de ses liens familiaux anciens intenses et fiables en France, du fait de la présence de son conjoint et de ses trois enfants ;

* Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. L'hirondel, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article R. 776-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024 à 10h 00, en présence de Mme Blanc, greffière d'audience :

- le rapport de M. L'hirondel,

- et les observations de Me Savoye, représentant Mme H qui a repris le contenu de ses écritures en rappelant qu'elle répond aux conditions prévues par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour eu égard à la culture française de ses enfants, du handicap de deux de ses enfants qui ne pourront pas être pris en charge en Guinée en raison des sévices dont elle fait l'objet dans ce pays ; elle a également des motifs personnels de vouloir rester en France malgré des conditions de subsistance difficiles dès lors qu'elle a été victime d'excision dans son pays d'origine et qu'elle connaît une profonde dépression.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, Mme F H, née le 7 octobre 1992 et de nationalité guinéenne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période de trois ans. Par la même requête, elle demande également au tribunal d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions en litige :

2. Par un arrêté du 30 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation de signature à Mme I B, directrice de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture du Puy-de-Dôme et signataire de l'arrêté contesté, aux fins de signer " tous actes administratifs () relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité ", laquelle comprend le service de l'immigration et de l'intégration et le bureau du séjour, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " ; qu'il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. D'une part, pour rejeter la demande de régularisation formée par Mme H sur le fondement de ces dispositions, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les motifs tirés de ce que la requérante ne justifiait pas, au regard des pièces qu'elle avait produites, résider en France depuis 2018, et donc de résider en France de manière habituelle et continue depuis cette dernière date. Il a également pris en compte la circonstance que le concubin déclaré de Mme H, M. L C, faisait également l'objet d'une décision de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français pris par un arrêté du 10 septembre 2024 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français et que les intéressés avaient déjà vécu ensemble en Guinée entre 2008 et 2012. Il a également examiné la situation familiale de l'intéressée qui est mère de trois enfants mineurs, J A, D E et G, nés respectivement les 25 juin 2019, 10 juillet 2020 et 27 décembre 2021 à Clermont-Ferrand de son union avec M. C dont les demandes de reconnaissance du statut de réfugié ont toutes été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile et de deux autres enfants, également mineurs, âgés de 15 et 13 ans, restés en Guinée. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme a estimé que la requérante n'établissait pas avoir en France des liens personnels et familiaux intenses, stables et anciens, ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans, dans lequel résident ses sœurs et où elle n'établit pas être dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale.

7. Le préfet a, ensuite, examiné la situation de Mme H au regard de son activité professionnelle et de son insertion sociale en considérant que l'intéressée ne justifiait d'aucune démarche d'insertion professionnelle, ne produisait aucun élément attestant de son intégration sociale et ne justifiait pas d'une maîtrise élémentaire de la langue française alors qu'elle était hébergée dans un logement temporaire mis à sa disposition par une association et qu'elle bénéficiait de la solidarité.

8. Il suit de là que pour instruire la demande de titre de séjour formée par Mme H, le préfet a examiné les deux critères tels que rappelés au point 5 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. D'autre part, Mme H ne conteste pas utilement les énonciations de l'arrêté attaqué selon lesquelles elle est mère de cinq enfants mineurs, nés de son union avec M. C, également de nationalité guinéenne dont deux résident toujours en Guinée. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que son concubin, M. C, a fait l'objet d'une décision de refus d'admission au séjour et d'obligation de quitter le territoire français pris le 10 septembre 2024 par le préfet du Puy-de-Dôme et que le recours pour excès de pouvoir exercé par l'intéressé à l'encontre de cette décision a été rejeté par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand par un jugement n° 2402317 du 3 octobre 2024. Si Mme H fait valoir le handicap de deux de ses enfants, il ressort des pièces du dossiers que le jeune J A D rencontre d'importantes difficultés de langage orale, tant en production qu'en compréhension orale nécessitant un suivi orthophonique associé à un suivi de psychomotricité alors que le jeune D E souffre d'un retard du développement et d'un retard du langage, nécessitant une prise en charge individuelle en psychomotricité et en orthophonie. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation sur les violences et les traitements inhumains et dégradants qu'elle subirait dans son pays d'origine, ce qui ne saurait résulter d'un simple certificat médical établi par un médecin généraliste constatant des cicatrices sur le corps de la requérante, alors que, de plus, sa demande de statut de réfugié a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 février 2021. Elle n'établit pas, ce qui ne ressort pas davantage des pèces du dossier, que l'état de santé de ses enfants nécessiterait un traitement dont ils ne pourraient bénéficier effectivement dans leur pays d'origine, notamment, compte tenu de ce qu'il vient d'être dit, en raison des sévices qu'elle subirait dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas davantage que la scolarité de ses enfants ne pourrait pas se poursuivre dans son pays d'origine. Enfin, il est constant que la requérante est sans emploi.

10. Il résulte de ce qui précède, alors même qu'elle justifierait d'une présence en France depuis 2018, que Mme H n'établit aucune considération humanitaire ni aucun motif exceptionnel permettant son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, aucun élément du dossier ne fait obstacle à ce qu'elle puisse poursuivre en Guinée, son pays d'origine avec son concubin qui a la même nationalité qu'elle et qui fait l'objet également d'une obligation de quitter le territoire français et ses trois enfants résidant en France, une vie privée et familiale normale où vivent, de plus, deux de ses autres enfants mineurs. Le préfet du Puy-de-Dôme n'a donc pas méconnu les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme H. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant , qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment exposés aux points 9 et 10 du présent jugement.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si Mme H soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, de telles circonstances ne peuvent être utilement soulevées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit précédemment, elle ne produit aucun élément probant de nature à établir le bien fondé de ses allégations.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

16. Il résulte des énonciations de l'arrêté attaqué, qui ne sont pas utilement contestées, que Mme H est démunie de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité, ayant déclaré au cours de son audition du 19 septembre 2024, mais sans le justifier n'avoir "jamais eu de passeport ou de carte d'identité ". Il n'est également pas contesté qu'elle réside dans un hébergement temporaire, qui ne présente pas de caractère de stabilité, mis à sa disposition par une association. Dans ces conditions, le fait, ainsi qu'elle le précise dans ses écritures, qu'elle a " une famille en France qu'elle ne souhaite pas abandonner " ainsi que des enfants scolarisés dont certains ont besoin de soins ne saurait caractériser, au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de garanties de représentation suffisantes. Par suite, par application combinée de ces dispositions et du 3° de l'article L. 612-2 du même code, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait, à bon droit, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. La circonstance, à la supposer établie, qu'elle n'aurait pas déclaré lors de son audition devant les services de police ne pas vouloir quitter le territoire français, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme aurait pris la même décision en se fondant sur le seul défaut de garanties suffisantes.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

18. Pour contester la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, Mme H allègue justifier de circonstances humanitaires compte tenu de ses liens familiaux anciens intenses et fiables en France, du fait de la présence de son conjoint et de ses trois enfants. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions attaquées n'interdisent pas que la cellule familiale puisse se recomposer dans son pays d'origine où vivent également deux autres enfants mineurs de la requérante. Par suite le moyen ne peut être qu'écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'assignation à résidence :

19. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à Mme H ayant été écartés, cette dernière n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision l'assignant à résidence.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme H doivent être rejetées

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que le conseil de Mme H demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. K

La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,18

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