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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402433

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402433

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDMMJB AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la commune de Saint-Julien-de-Coppel visant à enjoindre à la société Orange de remettre en état un poteau et des câbles de télécommunication endommagés. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas remplie, les câbles ne présentant pas de danger pour la sécurité publique et la société Orange ayant déjà engagé des démarches pour des travaux alternatifs. La solution retenue s'appuie sur l'appréciation de l'utilité et de l'urgence à la date de la décision, sans qu'il soit nécessaire de trancher la question de compétence soulevée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 16 octobre 2024, la commune de Saint-Julien-de-Coppel, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Juilles, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative,

1°) d'enjoindre à la société Orange de remettre en état le poteau et les câbles de télécommunication endommagés situés au lieudit Le Cerfeuil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de la société Orange une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient au juge administratif d'enjoindre aux exploitants de réseaux ouverts au public de déplacer les ouvrages qui présentent un risque pour la sécurité publique ;

- l'urgence s'apprécie à la date d'introduction de la requête et elle est établie dès lors que la sécurité publique est compromise ; le poteau appartenant à la société Orange étant au sol depuis octobre 2023, les véhicules circulent quotidiennement sur ces câbles et sont accessibles aux enfants ;

- la mesure présente une utilité dès lors qu'elle permettra de sécuriser le passage des usagers de la voie communale et de rétablir une connexion téléphonique et internet de qualité ;

- la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11, 16 et 17 octobre 2024, la SA Orange, représentée par la SELARL ISEE, Me Delay, conclut au rejet de la requête et que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la commune de Saint-Julien-de-Coppel en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le juge administratif est incompétent pour statuer sur la demande ;

- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies dès lors que les câbles de téléphonie et d'internet ne sont pas dangereux, que le poteau en bois qui était tombé a été évacué et que la circonstance que les deux habitants desservis par les lignes en litige soient obligés d'intervenir pour rétablir la liaison ne caractérise pas en soi en situation d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- le 11 octobre 2024, les techniciens ont estimé qu'il était plus simple de renoncer à la pose d'un nouveau poteau et de tirer des câbles souterrains jusqu'à la chambre ; elle a sollicité une nouvelle permission de voirie auprès de la commune qui est en cours d'instruction ; par suite, il n'y a pas lieu de lui enjoindre de réaliser des travaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme A, en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Llorach greffière d'audience le 18 octobre à 11h45, Mme A a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Juilles, représentant la commune de Saint-Julien-de-Coppel, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans ses écritures, et a indiqué que le juge administratif était compétent pour statuer sur sa demande et que l'urgence était établie ;

- et de Me Delay, représentant la SA Orange, qui a repris ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours du mois d'octobre 2023, une entreprise agissant pour le compte de la société Enedis a fait tomber un poteau supportant un câble de télécommunication appartenant à la société Orange et desservant deux habitations au lieudit Cerfeuil situé à Saint-Julien-de-Coppel. Contacté téléphoniquement le 5 mars 2024, la société Orange a indiqué au maire " déclencher une intervention pour le remplacement de cet appui et la reprise du câble qui traîne à terre () ". En l'absence de toute intervention, le maire a réitéré sa demande les 30 mai et 27 juin 2024. Par un courrier du 9 août 2024, la commune de Saint-Julien-de-Coppel a, en vain, mis en demeure la société Orange " de prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier à ce désordre sous quinzaine ". La commune de Saint-Julien-de-Coppel demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la société anonyme Orange de remettre en état le poteau et les câbles de télécommunication endommagés situés au lieudit Le Cerfeuil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".

3. Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prononcer toute mesure, à condition que l'urgence le justifie, qu'elle soit utile et ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. L'utilité de la mesure sollicitée, tout comme son urgence, s'apprécient à la date à laquelle le juge des référés est appelé à statuer.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

4. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () ". L'établissement et l'entretien des voies publiques en vue d'en assurer la sûreté et la commodité du passage incombent normalement à la commune. Par suite, et dès lors que la commune de Saint-Julien-de-Coppel invoque la nécessité d'assurer la sécurisation du passage des usagers sur la voie communale en litige, la juridiction administrative n'est manifestement pas incompétente pour connaître des conclusions présentées par la commune de Saint-Julien-de-Coppel contre la société Orange sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur l'urgence et l'utilité de la mesure sollicitée :

5. Il est constant qu'en août 2024, après que l'entreprise sous-traitante agissant pour le compte de la société Orange s'est déplacée, le poteau en bois qui était tombé a été enlevé. Si le câble de télécommunication, qui était initialement aérien car supporté par des poteaux, court depuis octobre 2023 au travers de la voie publique, il n'est pas contesté que, le 11 octobre 2024, la société Orange a renoncé à la pose d'un nouveau poteau en raison de la présence à moins de trois mètres d'une ligne électrique " Haute Tension A " (HTA) pour privilégier une solution consistant à " tirer des câbles souterrains " entre un poteau existant et la chambre et a procédé à l'enlèvement du poteau de remplacement, que cette même société a déposé une demande de permission de voirie qui a été accordée par le maire de la commune le 14 octobre 2024 et a procédé à la déclaration de travaux. L'entreprise sous-traitante de la société Orange a déposé une déclaration d'intention de commencement de travaux le 16 octobre 2024. Enfin, la société Orange s'engage à ce que son sous-traitant réalise ou fasse réaliser les travaux de génie civil et de câblage au plus tôt le 28 octobre 2024 et au plus tard le 6 novembre 2024. Par suite, les conditions d'urgence et d'utilité prévues par les dispositions précitées ne peuvent être regardées comme étant remplies en l'espèce.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la commune de Saint-Julien-de-Coppel doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des parties les sommes demandées au titre des frais exposés par elles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune de Saint-Julien-de-Coppel est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SA Orange sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Saint-Julien-de-Coppel, à la société anonyme Orange et à la société anonyme Orange - unité clients et industrielle.

Fait à Clermont-Ferrand, le 18 octobre 2024.

La juge des référés,

R. A

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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