jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402482 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LULÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2024 et le 16 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Lulé, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 2 octobre 2024, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'annuler la décision du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 2 octobre 2024, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder, sans délai, à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou à son profit une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est disproportionnée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 15 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 octobre 2024 à 10h00 :
- le rapport de M. Debrion,
- et les observations de Me Lulé qui a repris le contenu de ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, demande l'annulation de la décision du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 2 octobre 2024, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ainsi que de la décision préfectorale du même jour portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
3. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Mme D B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de son service, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée vise en droit les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En fait, cette décision indique les conditions d'entrée de M. A sur le territoire français, la nature de ses liens sur le territoire français, le fait qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ainsi que le fait que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et quand bien même elle ne mentionnerait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, cette décision doit être regardée comme comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. A est entré en France en décembre 2018, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 juillet 2020 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2020 et il ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour avant que soit pris à son encontre, le 4 novembre 2023, par le préfet du Rhône, un arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon en date du 8 février 2024. Le requérant ne justifie pas de l'ancienneté de la relation qu'il entretient avec une ressortissante guinéenne et s'il a eu un enfant avec cette dernière en juin 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Guinée, quand bien même sa compagne est titulaire d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable jusqu'au 21 juillet 2026. Dans ces conditions, et dès lors que M. A ne justifie pas être dépourvu de tous liens dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les affectant de manière suffisamment directe et certaine.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant n'a pas été une considération primordiale de l'autorité administrative lorsqu'elle a pris sa décision. De plus, comme il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale de M. A ne pourrait pas se reconstituer en Guinée. Par suite la décision en litige n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations citées au point précédent.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
9. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Mme D B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de son service, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence et, à Paris, le préfet de police ". Selon l'article L. 732-2 de ce code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire prononcée en tout point du territoire de la République peut, quel que soit l'endroit où il se trouve, être assigné à résidence dans des lieux choisis par l'autorité administrative sur l'ensemble du territoire de la République ".
11. Il ne résulte pas des dispositions de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet compétent pour assigner un ressortissant étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 du même code est celui du département dans lequel ce ressortissant justifie résider.
12. Ainsi, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A en décidant de l'assigner à résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand quand bien même le requérant justifierait résider dans le département du Rhône. Au surplus, il résulte des dispositions l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut choisir le lieu d'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet, à l'instar de M. A, d'une peine d'interdiction du territoire français, sans que ce lieu soit nécessairement celui de son domicile habituel.
13. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux deux points précédents, la mesure d'assignation prise à l'encontre de M. A ni ne présente un caractère disproportionné, ni n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du
Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
J-M. DEBRION
Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026