jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402494 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, enregistrée le 7 octobre 2024, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 3 octobre 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 3 octobre 2024, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un récépissé dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- elles ont été prises en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2024, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, conclut aux mêmes fins que sa requête.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 octobre 2024 à 10h00 :
- le rapport de M. Debrion,
- et les observations de Me Gauché qui a, en réponse à une question posée par le magistrat désigné, déclaré abandonner les moyens soulevés dans sa requête sommaire et ne conserver que les moyens soulevés dans son mémoire intitulé " Mémoire n° 1 " et qui a, par suite, repris le contenu de ce mémoire.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais, demande l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 3 octobre 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ainsi que l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 3 octobre 2024, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :
2. Les décisions contestées ont été signées par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui disposait d'une délégation accordée par un arrêté n° 1550/2023 pris par la préfète de l'Allier le 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer un certain nombre d'actes administratifs à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. A, né en 1989, et célibataire et sans enfant, est entré en France le
28 janvier 2022, soit récemment. Il a été débouté du droit d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 décembre 2022. Sa relation avec une ressortissante algérienne, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en octobre 2031, a débuté en juin 2024 et était donc extrêmement récente à la date de la décision en litige. L'autorisation de travail dont il se prévaut a été obtenue le 8 octobre 2024, soit postérieurement à la date de la décision en litige dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction, et le contrat de travail qu'il a produit n'est ni daté, ni signé. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre l'a été en méconnaissance des stipulations citées au point précédent.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
5. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier se serait estimée liée par le rejet de la demande d'asile présentée par M. A pour fixer son pays de destination.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si M. A soutient avoir subi des persécutions en Albanie du fait de son engagement en politique, il ne l'établit pas. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi a été prise en méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point précédent.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
11. En deuxième lieu, dans des paragraphes consacrés à un moyen intitulé " Sur l'erreur de fait ", d'une part, M. A soutient qu'une erreur manifeste d'appréciation a été commise eu motif qu'il vit avec une ressortissante algérienne depuis juin 2024 et bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée ainsi que d'une autorisation de travail. Toutefois, la relation amoureuse dont il se prévaut était extrêmement récente à la date de la décision en litige, le contrat de travail produit n'est ni daté, ni signé, et l'autorisation de travail dont il bénéficie est postérieure à la date de la décision contestée. D'autre part, dans les paragraphes précités, M. A soutient également que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée. Toutefois, il n'explicite les raisons pour lesquelles la durée de trois ans retenue par la préfète pour cette interdiction serait entachée de disproportion. Par suite, le moyen intitulé " Sur l'erreur de fait " doit être écarté.
12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
J-M. DEBRION
Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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