jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402497 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 octobre 2024 et le 23 octobre 2024, M. A C B, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 9 août 2024, portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 14 août 2024, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions à l'exception de l'assignation à résidence :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
Sur le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la précédente mesure d'éloignement non exécutée ne peut pas, à elle seule, motiver légalement le refus de de titre de séjour ;
- il est entaché d'erreurs d'appréciation ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français :
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 octobre 2024 à 10h00 :
- le rapport de M. Debrion,
- et les observations de Me Gauché qui a repris le contenu de ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, ressortissant tunisien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 9 août 2024, portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ainsi que l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 14 août 2024, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées à l'exception de l'assignation à résidence :
2. Les décisions contestées ont été signées par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui disposait d'une délégation accordée par un arrêté n° 1550/2023 pris par la préfète de l'Allier le 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer un certain nombre d'actes administratifs à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; / 2° Les agents individuellement désignés et spécialement habilités des services spécialisés de renseignement mentionnés à l'article R. 234-2 du code de la sécurité intérieure ; / 3° Les agents du service à compétence nationale dénommé " service national des enquêtes administratives de sécurité ", individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur général de la police nationale ; / 4° Les agents du service à compétence nationale dénommé " Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire ", individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur général de la gendarmerie nationale ; / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorable sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ".
4. M. B soutient que l'autorité préfectorale n'a pas saisi les services compétents de police judiciaire ou ceux du procureur de la République d'une demande d'information sur les suites judiciaires le concernant, conformément aux dispositions du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Toutefois et en tout état de cause, il résulte des dispositions précitées du 5°du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale que la saisine préalable pour complément d'information instituée par ces dispositions concerne exclusivement la consultation du traitement d'antécédents judiciaires. Or, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée, ni des autres éléments du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant, la préfète de l'Allier aurait tenu compte de mentions figurant au traitement d'antécédents judiciaires alors que, selon les motifs de cette décision, elle s'est bornée à relever que l'intéressé était connu défavorablement des services de police pour des faits de recel de biens provenant d'un vol et de conduite sans permis. Dans ces conditions, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le refus de titre de séjour en litige serait fondé sur des éléments recueillis à la suite de la consultation du fichier de traitement d'antécédents judiciaires. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixe notamment les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. Il ressort d'une lecture de la décision contestée que la préfète de l'Allier a notamment apprécié la situation professionnelle de M. B avant de refuser de l'admettre au séjour à titre exceptionnel. Par suite, et quand bien même la préfète n'aurait pas indiqué littéralement qu'elle n'entendait pas faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la représentante de l'Etat dans le département de l'Allier n'a pas examiné sa demande de titre de séjour en qualité de salarié dans le cadre du pouvoir général d'appréciation de l'administration.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas d'une lecture de la décision en litige que la préfète de l'Allier se serait fondée sur l'inexécution d'une précédente mesure d'éloignement pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant.
8. En quatrième lieu, il ne ressort pas d'une lecture de la décision contestée que pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, la préfète se serait fondée, d'une part, sur le seul fait qu'il était défavorablement connu des services de police, d'autre part, sur le fait que le comportement du requérant représentait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation sur ce point doit être écarté.
9. En dernier lieu, si M. B, né en 1991, est entré en France de manière régulière le 29 décembre 2016 sous couvert d'un visa de type C autorisant un séjour maximum de 15 jours, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le
23 juin 2020 qu'il n'a pas été exécutée malgré la confirmation de sa légalité par le tribunal dans un jugement du 8 juin 2021 puis par la cour administrative d'appel de Lyon dans un arrêt du 9 novembre 2022. Il a travaillé en France essentiellement de manière illégale depuis qu'il y réside. Son mariage avec une ressortissante tunisienne a été célébré le 30 décembre 2022 et était donc récent à la date de la décision en litige. Ils n'avaient pas d'enfant à la date de la décision en litige et si son épouse est titulaire d'un titre de séjour, ce titre de séjour lui a été délivré pour la poursuite d'études en France, de sorte qu'elle n'a pas vocation à s'installer durablement en France. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation sur ce point doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi :
13. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
15. En deuxième lieu, la décision contestée vise en droit les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En fait, cette décision indique les conditions d'entrée de M. B sur le territoire français, la nature de ses liens sur le territoire français et le fait qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Si la décision ne fait pas apparaître si le comportement du requérant représente ou non une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait entendu faire de cette circonstance un des motifs de sa décision. Dans ces conditions, cette décision doit être regardée comme comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen attentif de la situation du requérant avant de prendre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige.
17. En dernier lieu, dans des paragraphes consacrés à un moyen intitulé " Sur les erreurs d'appréciation ", M. B invoque les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et soutient qu'il peut se prévaloir de circonstances humanitaires tenant à son mariage, à la vie commune avec son épouse et au fait qu'elle est enceinte. Toutefois, le moyen intitulé " Sur les erreurs d'appréciation " doit être écarté aux motifs que son mariage est récent, et que son épouse, également de nationalité tunisienne, n'a pas vocation à s'installer durablement en France dès lors qu'elle est titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiant.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant assignation à résidence :
18. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
J-M. DEBRION
Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026