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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402528

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402528

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNGAMENI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 10 octobre 2024, M. D B demande au tribunal d'annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme, en date du

1er octobre 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de circulation sur le territoire français prise à son encontre pour une durée de trois ans.

Il soutient que les décisions sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 10 octobre 2024 et le 22 octobre 2024.

Par un mémoire, enregistré le 18 octobre 2024, M. D B, représenté par Me Ngameni, conclut aux mêmes fins que sa requête et demande en outre :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de résident citoyen de l'Union européenne à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient en outre que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles ont été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 251-1, L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 octobre 2024 à 10h00 et à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Riom, demande l'annulation des décisions du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 1er octobre 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de circulation sur le territoire français prise à son encontre pour une durée de trois ans

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger assigné à résidence dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Ngameni a été désigné d'office pour représenter M. B. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, les décisions en litige ont été prises par Mme C A, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de son service, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions contestées visent en droit les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En fait, ces décisions comportent les motifs retenus par le préfet pour les prendre. Dans ces conditions, les décisions doivent être regardées comme comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du

Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de M. B avant de prendre les décisions en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. A supposer que M. B, né en 2000, puisse être regardé comme étant entré en France en 2009 et ayant séjourné de manière continue sur le territoire français depuis qu'il y est entré, il ne justifie pas de son intégration dans ce pays au vu des multiples et récentes condamnations dont il a fait l'objet par les juridictions françaises et des faits à raison desquels ces condamnations ont été prononcées, tels que rappelés dans les décisions en litige. Il ne justifie pas non plus d'un séjour régulier sur le territoire français à la date à laquelle les décisions contestées ont été prises. Par ailleurs, il ne justifie pas de l'intensité des liens entretenus avec sa mère, qui séjourne en France de manière régulière, ou avec d'autres membres de sa famille dont il allègue la présence en France sans toutefois l'établir. En outre, sa relation avec sa compagne a débuté en avril 2023 et était donc très récente à la date d'édiction des décisions contestées. Enfin, M. B n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, au soutien de son moyen intitulé " Sur l'erreur de droit ", le requérant se prévaut de la notion d'intérêt fondamental de la société et du fait que cette notion peut être assimilée au concept d'intérêt fondamental défini par les dispositions de l'article 410-1 du code pénal. Toutefois, outre le fait que le préfet ne s'est pas fondé sur ces dispositions pour prendre les décisions contestées, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En dernier lieu, si M. B soutient que les décisions en litige ont été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 251-1, L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il " est évident que la décision du Préfet viole les textes susvisés ", ces moyens ne peuvent être écartés que comme n'étant pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

J-M. DEBRION

Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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