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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402532

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402532

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402532
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête en référé suspension de M. B, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur du 29 août 2024 lui notifiant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas démontré que la privation de son permis mettait en péril son activité professionnelle de gérant de restaurant. En outre, la décision attaquée répond à des exigences impérieuses de sécurité routière, compte tenu de la gravité des infractions commises, notamment une conduite en état alcoolique en 2021. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Franck, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision 48SI du 29 août 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié la perte d'un point et l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est caractérisée dès lors que l'exécution de la décision attaquée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation professionnelle et personnelle ; qu'il est gérant et chef d'un restaurant et que son permis lui est nécessaire pour se déplacer et rencontrer ses fournisseurs ;

- les infractions du 8 janvier 2021 et du 29 juillet 2024 ne s'inscrivent pas dans le cadre d'une conduite dangereuse ; il n'a pas été informé de l'infraction du 25 juillet 2021 et n'a pas entrepris de stage de récupération de points ; il ne s'est pas lui-même placé dans une situation d'urgence ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'obligation d'information prévue par ces dispositions en qui concerne l'infraction du 25 juillet 2021.

Vu :

- l'ensemble des pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 octobre 2024 sous le n° 2402531 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision 48SI du 29 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié à M. B un retrait d'un point sur son permis de conduire et l'a informé de la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. B soutient qu'en tant que chef et gérant d'un restaurant, son permis lui est nécessaire pour rencontrer ses fournisseurs. Toutefois, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait pas être conduit à ses rendez-vous, notamment par ses salariés. Au demeurant, il n'établit ni n'allègue que son absence lors de ces rendez-vous pourrait mettre en péril son restaurant. Par ailleurs, s'il ressort de la décision attaquée que M. B a perdu un point en raison d'une infraction à la circulation le 29 juillet 2024, il résulte de l'instruction qu'il a également perdu huit points le 25 juillet 2021 pour avoir conduit sous l'empire d'un état alcoolique et circulé en sens interdit malgré la signalisation. Dans ces circonstances, eu égard à la gravité des infractions commises, au regard de la perte du nombre de points qu'elles ont entraînée, la décision dont la suspension de l'exécution est demandée répond à des exigences évidentes et impérieuses de sécurité routière. Par suite, M. B ne saurait être regardé comme justifiant de la situation d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B, y compris celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Clermont-Ferrand, le 15 octobre 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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