jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Presle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'annuler la décision du 10 octobre 2024 par laquelle la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 15 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- le préfet n'a pas motivé suffisamment sa décision au regard des critères cumulatifs fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observation en défense, mais des pièces, enregistrées le 21 octobre 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Jaffré a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue le 30 octobre 2024 à 10h, en présence de Mme Petit, greffière d'audience et à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en 2021. Par une décision du 10 octobre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par une décision du même jour, la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée cite le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par ailleurs, elle indique des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et comporte une appréciation faite par l'autorité préfectorale sur ces éléments. Cette décision comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. En troisième lieu, M. B allègue, sans produire aucune pièce, qu'il est entré en France en 2021, à l'âge de 19 ans et réside depuis lors avec sa compagne, ressortissante algérienne en situation régulière, en exerçant la profession de coiffeur. Toutefois, à les supposer établies, ces circonstances sont insuffisantes pour démontrer que l'intéressé a développé une vie privée et familiale en France telle que la mesure d'éloignement prise à son encontre serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
5. En premier lieu, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. B, qui ne justifie pas être entré régulièrement en France, n'a pas effectué de démarches pour régulariser sa situation, a déclaré son intention de ne pas se conformer à la décision d'éloignement en litige et est démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, la décision litigieuse, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de départ volontaire.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
9. Pour motiver son refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur le fait que le requérant, entré irrégulièrement en France, n'a engagé aucune démarche pour régularisation, qu'il a déclaré son intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement et qu'il était dépourvu de document de voyage en cours de validité et de résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. M. B produit la copie d'un passeport en cours de validité et une attestation d'une personne attestant l'héberger. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'audition de retenue du 9 octobre 2024 que l'intéressé n'a pas exprimé une intention de ne pas exécuter une éventuelle mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre mais a simplement déclaré ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine. Ainsi, la décision litigieuse est entachée d'erreurs de fait. Toutefois, il est constant que M. B n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait régulièrement, pour ce seul motif, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui indique que M. B de nationalité tunisienne, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, comprend l'énoncé des considérations en droit et en fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
11. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l'interdiction de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Pour édicter la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les circonstances que M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière faisant obstacle au prononcé d'une telle mesure, est entré en France en 2021 et ne dispose pas de liens anciens, intenses et stables sur le territoire français. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'est pas tenu, pour motiver sa décision, de mentionner une appréciation sur chacun des éléments à prendre en compte, cités par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que pour édicter la décision en litige, le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
16. En dernier lieu, si M. B se prévaut d'éléments de sa situation personnelle mentionnée au point 4 ci-dessus, de l'absence de précédente mesure d'éloignement et du fait qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre publique, ces circonstances sont insuffisantes pour démontrer l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
17. En premier lieu, l'assignation à résidence en litige vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle vise également la décision du 10 octobre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prononcé une mesure d'éloignement à l'encontre de M. B, et indique qu'il existe une perspective raisonnable à son éloignement. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
18. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. B doivent être rejetées et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Puy-de-Dôme et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La magistrate désignée,
M. JAFFRÉLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme et à la préfète de l'Allier, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402552JC
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