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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402842

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402842

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés le 13 novembre 2024 et le 22 novembre 2024, M. B C, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et associés, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 6 novembre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement au sein du système d'information Schengen ;

3°) d'annuler la décision du 6 novembre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure faute pour le préfet d'établir le caractère régulier de l'interpellation et du contrôle effectué par les services de police judiciaire ;

- il n'est pas établi que la notification de l'arrêté contesté a été réalisée par une personne compétente ;

- il n'apparaît pas que la décision soit justifiée par un besoin social impérieux et que ses conséquences ne seraient pas disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il souhaite se conformer à l'obligation de quitter le territoire français, qu'il est titulaire d'un document d'identité et qu'il peut justifier d'un domicile et que le préfet a fait preuve de déloyauté ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est manifestement disproportionnée ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté individuelle ; le fait de lui imposer une obligation de présentation avec des horaires fixes n'est pas justifiée ni nécessaire au but poursuivi par la mesure d'assignation de résidence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas apprécié avec exactitude sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces, enregistrées le 21 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Nivet, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 novembre 2024 à 10h00, en présence de Mme Petit, greffière :

- le rapport de M. Nivet,

- Me Remedem, représentant M. C, qui fait valoir que la procédure d'interpellation et de retenue administrative est irrégulière, que la vie privée et familiale de M. C se situe en France dès lors que ses parents sont décédés et qu'il a occupé un emploi sur le territoire français, que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il n'y a pas de risque de soustraction du requérant et que les autorités disposaient de son passeport, que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est manifestement disproportionnée et que les mesures prises dans le cadre de la décision d'assignation à résidence sont également disproportionnées par rapport à l'objectif poursuivi.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, déclare être entré sur le territoire français en janvier 2022. Il a été interpellé par les services de la police aux frontières du Puy-de-Dôme le 5 novembre 2024. Par deux décisions du 6 novembre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, l'a informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement au sein du système d'information Schengen et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme D A, cheffe de service, qui disposait d'une délégation de signature établie par arrêté du préfet du 30 mai 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la décision est entachée d'un détournement de procédure faute pour le préfet d'établir le caractère régulier de l'interpellation et du contrôle effectués par les services de police judiciaire, le requérant n'assortit son moyen d'aucune précision en fait et en droit permettant d'en apprécier le bien-fondé. Un tel moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que la notification de la décision a été réalisée par une personne incompétente, n'a aucune incidence sur la légalité de la décision.

8. En cinquième lieu, le requérant soutient que la décision méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'apparaît pas que la décision est justifiée par un besoin social impérieux et que ses conséquences ne seraient pas disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale. En l'absence de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, ce moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant algérien, est né le 12 septembre 1994 et qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français en janvier 2022, à l'âge de 28 ans. S'il déclare avoir exercé le métier de plombier et n'avoir plus aucune attache dans son pays d'origine, il ne justifie d'aucun lien suffisamment ancien, intense et stable en France. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en décidant de son éloignement, ni commis d'erreur d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le droit au respect de la vie privée et familiale de M. C doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. La décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés. Au demeurant, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir que son retour en Algérie serait susceptible de l'exposer à des actes de torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradant. En conséquence, le préfet n'avait pas à motiver sa décision au regard des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Selon les dispositions de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : " 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () ".

13. Si le requérant soutient que la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il souhaite se conformer à l'obligation de quitter le territoire français, qu'il est titulaire d'un document d'identité, qu'il peut justifier d'un domicile et que le préfet a fait preuve de déloyauté, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur l'unique circonstance que le requérant ne pouvait pas justifier être entré régulièrement en France comme le prévoit le 1° de l'article L. 612-3 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, M. C a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de son interpellation et de son audition par les services de la police aux frontières. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. La décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle relève notamment que M. C n'est présent en France que depuis 2022 et qu'il ne dispose d'aucuns liens sur le territoire français. Par suite, la décision est suffisamment motivée et n'est pas entachée de disproportion manifeste et de tels moyens doivent être écartés.

Sur la décision d'assignation à résidence :

17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de l'exception de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision d'assignation à résidence doit être écarté.

18. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que cette décision porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et que l'horaire qui lui est imposé est trop restreint, il n'apporte pas d'éléments de nature à apprécier le bien-fondé du moyen soulevé.

19. Enfin, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle n'est pas assortit des éléments de nature à en apprécier le bien-fondé.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. NIVETLa greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402842

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