lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2402866 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Habiles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2) d'annuler la décision du 7 novembre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les modalités d'application de l'assignation à résidence ont été prises dans le but de favoriser son départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle l'oblige à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Clermont-Ferrand alors que l'intéressé à un enfant à charge dont il s'occupe ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à sa vie privée et familiale dès lors qu'il est père d'un enfant mineur et vit en France avec son épouse et son enfant.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Nivet, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 novembre 2024 à 10h00, en présence de Mme Petit, greffière :
- le rapport de M. Nivet,
- Me Habiles, représentant M. A, qui fait valoir qu'il n'y a pas de perspective raisonnable d'éloignement de M. A et qu'il est père d'un enfant portugais.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Le 5 janvier 2023, M. A, ressortissant guinéen, a fait l'objet d'une décision du préfet du Puy-de-Dôme de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par une décision du 7 novembre 2024, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision du 7 novembre 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision contestée a été adoptée par Mme C B, adjointe à la cheffe de service, qui disposait d'une délégation de signature établie par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision portant assignation à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
7. Le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de droit car la mesure d'assignation à résidence vise à favoriser son départ volontaire et que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable. Il n'apporte toutefois aucune précision en fait et en droit à ce moyen qui permettrait d'en établir le bien-fondé alors qu'il ressort des termes de la décision en litige que, si M. A est dépourvu de document de voyage en cours de validité, sa nationalité ne fait pas de débat et qu'un laissez-passer doit être obtenu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En quatrième lieu, la décision contestée contraint M. A à se présenter tous les jours à 8h30 à l'hôtel de police. En se bornant à soutenir qu'il a un enfant mineur à charge dont il s'occupe, il n'apporte aucune précision permettant d'établir l'erreur d'appréciation alléguée.
9. En cinquième lieu, la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer le requérant de son épouse et de son enfant. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. D A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
C. NIVETLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402866
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