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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402898

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402898

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, M. B A, représenté par Cap Avocats, Me Presle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2024, par lequel la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour, par lequel la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, lui a fait obligation de se présenter tous les lundis et jeudis auprès du commissariat de Vichy et lui a fait interdiction de sortir des limites du département de l'Allier sans autorisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 15 000 euros (sic) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté portant refus de titre et obligation de quitter le territoire pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen, dès lors en particulier que la circonstance qu'il s'est effectivement présenté à la convocation du 13 mars 2024 en préfecture n'a pas été prise en compte ; il est bien intégré en France, réside avec son épouse qui est en situation régulière et propriétaire de son logement ; ses frères résident également en France ; il n'est fait état d'aucun de ces éléments dans la motivation de l'arrêté contesté ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés ;

Sur l'absence de délai de départ volontaire :

- il a sollicité un titre de séjour mais n'a pas reçu de réponse ;

- il justifie de garanties de représentation, dès lors que son épouse réside en France, qu'il vit avec elle et justifie ainsi d'une adresse effective et permanente, qu'il possède des documents d'identité, qu'il a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées et s'est soumis à toutes les demandes formulées par les services de gendarmerie ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- " elle s'impose comme étant subséquente à celle de la mesure d'obligation de quitter le territoire français " (sic) ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- " bien qu'ayant un caractère automatique en cas d'obligation de quitter le territoire sans délai, l'interdiction de retour sur le territoire ne doit pas pour autant être automatique " (sic) ; il ne ressort pas de la motivation de la décision que la préfète aurait pris en compte les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; pourtant, il est présent sur le territoire français depuis 4 ans et la préfète admet elle-même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux faits de l'espèce et aux conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur sa " recevabilité à introduire une demande exceptionnelle au séjour " :

- il vit en France depuis 4 ans, est marié avec une femme en situation régulière, bénéficie d'une promesse d'embauche et a déposé une demande d'autorisation de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Trimouille pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Trimouille a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 décembre 2024 à 14h00, en présence de Mme Llorach, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 novembre 2024, la préfète de l'Allier a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, ressortissant turc, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 3ans. Par un autre arrêté du même jour, elle l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les arrêtés pris dans leur ensemble :

2. Les arrêtés attaqués comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, il y est fait état des précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, de sa promesse d'embauche, de sa demande de titre de séjour déposée en juillet 2023, et de sa situation familiale, en particulier de son mariage en France et de la présence de ses frères sur le territoire français. La circonstance qu'il produit à l'instance son acte de mariage, en juillet 2024, avec une ressortissante turque en situation régulière et des attestations de ses frères indiquant résider en France, mais dont la situation au regard du droit au séjour n'est au demeurant pas précisée pour deux d'entre eux, ne suffit pas à faire regarder la préfète de l'Allier comme ayant insuffisamment motivé les décisions en litige ni insuffisamment examiné la situation du requérant. Il en est de même pour le courrier, rédigé par Mme C sur papier libre, qui atteste avoir accompagné M. A à un rendez-vous en préfecture le 13 mars 2024, ainsi que de son courriel aux services préfectoraux.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En se bornant à alléguer être bénéficiaire d'une promesse d'embauche et à faire état de son mariage, très récent, avec une ressortissante turque en situation régulière en France, et à la présence, récente elle aussi et sans précision sur leur situation au regard du droit au séjour pour deux d'entre eux, de ses frères sur le territoire français, M. A n'apporte pas d'éléments suffisants pour contester le refus de titre de séjour dont il fait l'objet. De même, s'il se prévaut d'une présence de quatre années en France et d'une bonne intégration au sein de la société française, en particulier " d'amis français ", il n'en apporte pas de preuve.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En se bornant à faire référence, pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, aux éléments de contestation qu'il dirige contre la motivation et l'examen de sa situation par la préfète de l'Allier, M. A n'apporte pas d'élément suffisant à établir que celle-ci aurait à tort pris la décision contestée.

Sur l'absence de délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, M. A ne saurait se prévaloir de l'absence de réponse à sa demande de titre de séjour pour contester la décision en litige, dès lors que l'arrêté du 12 novembre 2024 qu'il conteste porte également refus de cette demande.

6. En second lieu, les circonstances qu'il justifie de garanties de représentation et d'une adresse effective et permanente, qu'il a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées et s'est soumis à toutes les demandes formulées par les services de gendarmerie ne sont pas de nature à établir que c'est à tort que la préfète de l'Allier aurait refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, dès lors qu'il ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français, s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement en 2022 et avoir déclaré aux services de gendarmerie s'opposer à un retour dans son pays d'origine. Dès lors, la préfète de l'Allier pouvait légalement, en se fondant notamment sur les 4° et 5° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. A supposer que M. A ait entendu soulever le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que ce moyen ne saurait être accueilli.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

10. Ainsi qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué et des pièces produites par M. A, celui-ci ne se prévaut d'une présence sur le territoire français que depuis le mois de novembre 2020, sur lequel il est entré au demeurant de façon irrégulière. Son mariage avec une ressortissante turque en situation régulière, en juillet 2024, est très récent, de même que l'entrée en France de ses frères, qui déclarent pour deux d'entre eux être arrivés sur le territoire après lui et dont la situation au regard du droit au séjour est au demeurant inconnue. Si la préfète de l'Allier considère dans l'arrêté en litige que M. A ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ressort néanmoins des termes de celui-ci qu'il s'est déjà soustrait à une précédente, et récente, mesure d'éloignement. Ces éléments sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre par la préfète de l'Allier pour une durée de trois ans.

11. En second lieu, et pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux faits de l'espèce et aux conséquences sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté, y compris, en conséquence, ses demandes formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La magistrate désignée,

C. TRIMOUILLE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402898

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