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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402924

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402924

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. F, ressortissant turc, contestant les décisions du préfet du Puy-de-Dôme l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans et une assignation à résidence. Le tribunal a estimé que M. F n'apportait pas d'éléments suffisants pour établir la réalité de sa relation amoureuse et de ses projets de mariage avec une ressortissante turque en situation régulière, ni l'aide qu'il lui apportait. En conséquence, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ont été écartés. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2024, M. B F, représenté par Me Bingol Coskun, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 novembre 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour :

- Elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie être hébergé chez sa fiancée, ressortissante turque en situation régulière sur le territoire français, qu'il accompagne à ses rendez-vous médicaux ;

- Il remplit les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- Elles méconnaissent l'article 8 de la même convention, dès lors qu'il vit avec sa fiancée et qu'un mariage est prévu lorsque la santé de celle-ci le permettra.

Le préfet du Puy-de-Dôme a transmis des pièces, enregistrées le 2 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Trimouille pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 décembre 2024 14h00, en présence de Mme Llorach, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Trimouille ;

- les observations de Me Bingol Coskun, avocat de M. F, qui reprend les termes de ses écritures et ajoute que le mariage du requérant avec Mme E était prévu pour l'été dernier mais n'a pu se faire en raison de l'accident dont elle a été victime. Elle précise que l'état de santé de Mme E ne permet toujours pas la célébration du mariage, et qu'elle manque de pièces pour justifier de la situation de M. F et demander sa régularisation aux services préfectoraux eu égard à la courte durée de sa présence en France. Elle ajoute enfin qu'il disposait d'une excellente situation professionnelle et financière en Turquie ;

- les observations de Me F, assisté de Mme A, interprète en langue turque, qui indique se rapporter aux conclusions de son avocate ; à sa demande, une personne se présentant comme étant Mme E indique être divorcée depuis une dizaine d'années.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant turc, est entré en France de façon irrégulière en juin 2024, selon ses déclarations. A la suite d'un contrôle d'identité, il a été placé en retenue administrative et a fait l'objet, par deux arrêtés du 15 novembre 2024, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans et d'une assignation à résidence. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de ces décisions.

2. A l'appui de sa requête, M. F produit une attestation d'hébergement signée par Mme D E épouse C, ressortissante turque titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, un justificatif de domicile au nom de cette personne et le dossier médical de celle-ci, faisant état d'un grave accident de la route dont elle a été victime en mai 2024. Toutefois, alors qu'il ressort de ces pièces que l'intéressée est mariée - ou du moins l'était à la date de la délivrance de sa carte de résident, en 2016 - et mère de deux enfants, M. F n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de leur relation amoureuse, ni des projets de mariage qu'il allègue, ni de l'aide qu'il déclare lui apporter dans le cadre du traitement médical des suites de son accident. A cet égard, les comptes rendus du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ne mentionnent que l'époux de Mme E et font au contraire état de difficultés à mettre en œuvre le traitement au cours de l'été 2024, en raison de l'isolement de la patiente.

3. Dans ces conditions, M. F ne saurait sérieusement faire valoir le sérieux et le caractère intime de sa relation avec Mme E pour soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis à son égard une erreur manifeste d'appréciation et aurait méconnu l'article 8 de la même convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français et en lui interdisant le retour pour une durée de deux ans. De la même façon, il ne saurait se prévaloir de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne au demeurant le droit au séjour et qui n'est pas en cause dans la présente instance, dès lors qu'il n'établit, ni même n'allègue, avoir déposé une demande de titre de séjour.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. F, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La magistrate désignée,

C. TRIMOUILLE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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