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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402980

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402980

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre, 13 décembre et 17 décembre 2024, M. A B, représenté par l'Aarpi Ad'vocare, Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'annuler la décision du 21 octobre 2024 par laquelle la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

6°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de mettre fin sans délai à la mesure de surveillance le concernant ;

7°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder sans délai à la restitution de son passeport.

8°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- la décisions attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de forme en ce que l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été visé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète de l'Allier n'a pas examiné s'il justifiait de circonstances particulières ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a été édictée en vue de favoriser son départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se fonde sur une version de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile abrogée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bollon, première conseillère, pour statuer sur le litige ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les observations de Me Bourg.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 25 mai 1985, demande au tribunal d'annuler d'une part, l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et d'autre part, la décision du même jour par laquelle la préfète de l'Allier l'assigne à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger assigné à résidence dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Demars a été désigné d'office pour représenter M. B. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par la préfète de l'Allier par un arrêté du 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer un certain nombre de décisions administratives à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () Cet avis mentionne les éléments de procédure. () ". Aux termes de l'article 8 du dit arrêté : " L'avis du collège est transmis, sans délai, au préfet, sous couvert du directeur général de l'Office ".

7. D'une part, en se bornant à affirmer " qu'il appartient au préfet de justifier de la régularité de la procédure d'instruction ", et notamment " qu'il n'est pas établi que la procédure prévue par le CESEDA et l'arrêté du 27 décembre 2016 a été respectée ", " que l'autorité préfectorale ne justifie ni du nom, du prénom, de la spécialité du médecin instructeur () ", que " l'administration ne justifie pas non plus des noms, prénoms et qualités des médecins composant ce collège ", " qu'il n'est pas établi que l'avis comporte la mention des éléments de la procédure () ", " qu'il n'est pas établi que les médecins composant le collège étaient compétents à cet effet ", le requérant ne peut être regardé comme soumettant au juge des allégations suffisamment étayées et ne le met pas à même de se prononcer sur l'existence du vice de procédure allégué.

8. D'autre part, si l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 prévoit que l'avis doit mentionner " les éléments de procédure ", cette mention renvoie, ainsi qu'il résulte du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté, à l'indication que l'étranger a été, ou non, convoqué par le médecin ou par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à celle que des examens complémentaires ont été, ou non, demandés et à celle que l'étranger a été conduit, ou non, à justifier de son identité. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réalisation d'examens complémentaires, la convocation de l'intéressé et la justification de son identité devant les membres du collège auraient été jugées nécessaires. Par suite, la circonstance que l'avis du collège de médecins du 6 septembre 2024 produit dans le cadre de l'instance ne comporte pas " les éléments de procédure " n'a exercé aucune influence sur le sens de l'avis et n'a privé l'intéressé d'aucune garantie.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision portant refus de titre de séjour ni d'aucune autre pièce que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée par rapport à l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, il ne ressort pas des éléments du dossier que le préfet disposait d'autres éléments que cet avis pour motiver la décision de refus de titre de séjour au titre de l'état de santé du requérant. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète de l'Allier se serait estimée en situation de compétence liée et aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision du 21 octobre 2024 attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. B au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, pour refuser d'accorder à M. B le titre de séjour demandé, la préfète de l'Allier s'est appuyée notamment sur l'avis émis le 6 septembre 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lequel indique que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque.

12. Pour contredire la décision attaquée, M. B, qui a levé le secret médical, produit des certificats médicaux indiquant qu'il souffre d'une affection démyélinisante chronique du système nerveux central traitée par des injections sous cutanées régulière de Tsybari et une attestation d'un pharmacien tunisien indiquant que le traitement n'est pas disponible en Tunisie. Toutefois, cette seule attestation, qui est au demeurant très peu circonstanciée, n'est pas suffisante pour remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et l'appréciation portée par la préfète de l'Allier.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " et aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). "

14. D'une part et ainsi qu'il a été dit au point 12, M. B ne justifie pas qu'il ne pourrait pas avoir accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. D'autre part, par les pièces qu'il produit, M. B ne justifie pas entretenir en France des liens personnels et familiaux stables, anciens et d'une particulière intensité alors qu'il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que son épouse, ses enfants, ses parents, un frère et trois sœurs vivent dans son pays d'origine où il a demeuré jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. En outre, M. B ne justifie pas d'une insertion significative en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Allier aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant la décision contestée.

15. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit soulevés dans la requête sommaire de M. B ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à M. B doit être écarté.

17. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

18. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative au séjour conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du même code. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit par suite être écarté.

19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit soulevés dans la requête sommaire de M. B ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

23. En troisième lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

24. En quatrième lieu, si M. B soutient que la préfète de l'Allier n'a pas visé l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.

25. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas, avant de prendre la décision portant refus de délai de départ volontaire en litige sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3, examiné si M. B pouvait être regardé comme justifiant de circonstances particulières au sens des dispositions de ce dernier article. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur de droit doit être écarté.

26. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit soulevés dans la requête sommaire de M. B ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

27. La décision attaquée ne fait aucune mention des considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Il s'ensuit que la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée et doit être annulée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

28. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.

29. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

30. En troisième lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

31. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

32. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 12 et 14, M. B ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire. Par ailleurs, et nonobstant l'absence de menace à l'ordre public, la mesure en litige n'apparaît pas disproportionnée au regard de ce qui a été dit précédemment. Par suite, et compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète de l'Allier n'a pas, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans, fait une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

33. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit soulevés dans la requête sommaire de M. B ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

34. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence.

35. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

36. En troisième lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

37. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

38. Si la décision en litige cite l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur antérieurement au 28 janvier 2024 et aux termes de laquelle " l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais sont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ", cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de l'assignation à résidence contestée.

39. En cinquième lieu, la circonstance que la décision indique que " M. B est informé qu'il sera procédé à l'organisation de son éloignement s'il ne manifeste aucune volonté de quitter le territoire français pendant la durée de son assignation à résidence " est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

40. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit soulevés dans la requête sommaire de M. B ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

41. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête et d'ordonner la communication de son entier dossier médical, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2024 en tant qu'il fixe le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

42. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

43. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 octobre 2024 fixant le pays de renvoi est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé L. BOLLON Le greffier,

Signé P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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