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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2403099

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2403099

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2403099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAILLY-COLLIARD JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Bailly-Colliard, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour la durée de 18 mois ;

2°) de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que la décision attaquée :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Bailly-Colliard, représentant M. A, qui a repris les moyens de la requête et a en outre soutenu que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 18 janvier 2023, la préfète de la Loire a interdit le retour sur le territoire français de M. A, ressortissant albanais, pour la durée de six mois. Par une décision en date du 3 décembre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé cette interdiction pour la durée supplémentaire de 18 mois. Le requérant demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de la prolongation de l'interdiction de retour :

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de la prolongation d'interdiction de retour en litige, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

6. M. A fait valoir que le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est retourné en Albanie au mois d'avril 2023 en partance de l'Italie où il est revenu ensuite le 26 mai 2023 pour entrer en France à l'expiration de son interdiction de retour et que, s'il a indiqué aux enquêteurs être entré en France le 27 septembre 2011, il s'agit de sa première entrée sur le territoire français et non de sa dernière entrée qui date, quant à elle, de fin 2023. Pour appuyer ses allégations, le requérant se prévaut d'attestations selon lesquelles il aurait séjourné en Italie et en Albanie au cours des mois d'avril et mai 2023 ainsi que des mentions figurant sur son passeport. Toutefois, d'une part, les attestations produites par le requérant sont dépourvues de précisions et d'éléments circonstanciés. D'autre part, les mentions portées sur le passeport de M. A permettent seulement d'établir qu'il a quitté le territoire italien par voie de mer le 17 avril 2023 et y est à nouveau entré le 29 mai 2023 dans les mêmes conditions. Dès lors, ni les attestations, ni le passeport dont se prévaut le requérant, ne tendent à corroborer qu'il aurait exécuté la mesure d'éloignement décidée à son égard le 18 janvier 2023 par la préfète de la Loire et qu'il aurait quitté le territoire français dans le délai qui lui était imparti à cet effet pour n'y retourner qu'au mois de mai 2023. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition de retenue administrative, établi le 2 décembre 2024, que M. A a déclaré séjourner en France depuis le 27 septembre 2011. Or, les attestations ainsi que le passeport produits par M. A ne suffisent pas à contredire ces déclarations alors en outre, contrairement à ce qu'il a exposé lors de l'audience, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait mépris sur le sens de la question qui lui était posée par l'officier de police judiciaire en charge de son audition et qu'il aurait ainsi été amené à formuler des déclarations erronées concernant les dates de son séjour sur le territoire français. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, par la décision attaquée, le préfet du Puy-de-Dôme a relevé que M. A s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. M. A fait valoir que ses trois enfants résident en France où les deux plus jeunes sont nés et où les deux aînés sont scolarisés depuis leur plus jeune âge ; qu'ils vivent avec leur mère, qui est son épouse, laquelle a demandé sa régularisation et reste à ce jour dans l'attente de la réponse de l'autorité préfectorale ; que ses enfants n'ont jamais vécu en Albanie, pays qu'ils ne connaissent pas et ont l'intégralité de leurs attaches et de leur vie privée et familiale en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué par M. A qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. En outre, la scolarisation de ses enfants à C alors qu'il n'est pas établi, ni même allégué, qu'ils ne pourraient pas être scolarisés dans leur pays d'origine, ne fait pas, par elle-même et à elle seule, obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de M. A hors de France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est au demeurant pas allégué par le requérant que son épouse séjournerait régulièrement sur le territoire français. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de M. A ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en décidant de prolonger son interdiction de retour sur le territoire français pour la durée de 18 mois, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

G. JURIE

La greffière,

C. HUMEZ

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403099

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