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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2403288

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2403288

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2403288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 décembre 2024 et le 15 janvier 2025, M. A, représenté par Me Loiseau, avocate désignée d'office, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 décembre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, et de lui remettre dans l'attente un récépissé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 15 janvier 2025 à 10h en présence de M. Morelière, greffier d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport, a communiqué en cours d'audience le mémoire et les pièces produits pour le requérant datés du 15 janvier 2025 en version papier, et a entendu les observations de Me Loiseau, avocate désignée d'office, qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France au cours de l'année 2018 selon ses déclarations. Par un arrêté du 8 septembre 2022, le préfet du Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois. Il s'est marié à une ressortissante française le 17 juin 2023. Par deux arrêtés du 13 novembre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par un arrêté du 25 décembre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé la mesure d'assignation à résidence dont M. A faisait l'objet. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

3. Il ressort de la décision attaquée que, pour justifier la mesure de renouvellement d'assignation en litige, le préfet du Puy-de-Dôme s'est référé à l'obligation de quitter le territoire français prise le 8 septembre 2022 et s'est borné à affirmer que l'éloignement de M. A demeurait une perspective raisonnable tout en indiquant qu'il était nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire pour mettre à exécution cet éloignement. Toutefois, il est constant que la précédente mesure d'assignation n'a pas permis de l'éloigner à destination de l'Algérie et le préfet n'apporte aucun élément de nature à justifier de l'avancée des mesures mises en œuvre afin d'organiser l'éloignement du requérant. Par ailleurs, le requérant produit des articles de presse faisant état de la dégradation importante et continue des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie depuis juillet 2024, ayant fait obstacle à l'exécution de mesures d'éloignement prises à l'encontre des ressortissants algériens. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 25 décembre 2024 est entaché d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 4 août 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution.

Sur les frais d'instance :

6. L'avocat désigné d'office dans le cadre de la procédure prévue par les dispositions des articles L. 922-2 et R. 922-11du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 qu'à la condition que la personne qu'il assiste ait, soit directement soit par son entremise, en application de l'article 19 de cette loi, sollicité et obtenu l'aide juridictionnelle. La désignation d'office ne peut, par elle-même, valoir demande et admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle au profit de cette personne et lui ouvrir droit au bénéfice de ces dispositions. Il s'ensuit qu'il appartient à l'avocat désigné d'office qui entend obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante de formuler expressément, au besoin dans ses écritures, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle à son client si celui-ci ne l'a pas fait. Le juge ne peut décider que les sommes mises à la charge de la partie perdante seront versées à cet avocat dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans avoir, au préalable, admis son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, sans préjudice de la décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle.

7. En l'espèce, ni M. A, qui a bénéficié de l'assistance d'un avocat désigné d'office, ni Me Loiseau, désignée d'office, n'ont sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 500 euros à verser au conseil du requérant sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 25 décembre 2024 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La magistrate désignée,

M. JAFFRÉLe greffier

D. MORELIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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