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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2500110

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2500110

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2500110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 28 janvier 2025, Mme B C, représentée par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 janvier 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler la décision du 9 janvier 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence pour une durée supplémentaire de quarante-cinq jours avec obligation de présentation ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que toute sa famille proche réside en France, notamment ses enfants dont l'un est scolarisé en France et l'autre né sur le territoire français ; elle est très impliquée dans la vie associative ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ne vit pas en état de polygamie et justifie de motifs exceptionnels tenant à la présence de son enfant sur le territoire national ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle fait l'objet d'un suivi médical en France dont elle ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine ; elle justifie avoir noué sur le territoire français des liens personnels stables d'une particulière intensité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- l'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

- cette mesure est contraignante et disproportionnée au regard des buts recherchés ; elle doit se présenter tous les jours à 9h au commissariat de police alors qu'elle doit amener son fils à l'école pour 8h35.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2025 :

- le rapport de Mme D,

- Me Shveda, avocate de Mme C, présente et assistée d'une interprète qui s'en rapporte à ses écritures et précise que Mme C suit des cours de langue française depuis octobre 2024, qu'elle est bénévole au sein du Secours Catholique depuis 2022 et qu'elle a sollicité une demande de régularisation de son séjour.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante albanaise, a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 28 avril 2022 adoptée par le préfet du Puy-de-Dôme, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par deux décisions du 9 janvier 2025, le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter tous les jours à 9h00, pendant le même délai, auprès des services de la police nationale à Clermont-Ferrand. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, les décisions en litige sont signées par Mme A, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la direction de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait d'une délégation de signature à l'effet de signer l'acte attaqué, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme C n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :

/ () / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même dispose que " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Mme C fait valoir que l'ensemble de sa famille proche réside en France où son plus jeune enfant est né et où son aîné est scolarisé. Elle soutient également qu'elle justifie avoir noué sur le territoire français des liens personnels stables d'une particulière intensité et qu'elle est très impliquée dans la vie associative. Toutefois, Mme C n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. De plus, si elle fait valoir qu'elle fait l'objet d'un suivi médical en France, elle n'établit pas que son état de santé nécessiterait des soins dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'elle ne pourrait avoir accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, la scolarisation d'un de ses enfants en France, alors qu'il n'est pas établi ni même allégué, qu'il ne pourrait pas être scolarisé dans son pays d'origine, ne fait pas, par elle-même, obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de Mme C hors de France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est au demeurant pas allégué par la requérante que son époux séjournerait régulièrement sur le territoire français. Dans ces conditions, la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de Mme C ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en décidant de prolonger son interdiction de retour sur le territoire français, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

11. Le préfet du Puy-de-Dôme a assigné à résidence Mme C dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant quarante-cinq jours et l'a obligée à se présenter tous les jours, mêmes les jours fériés, à 9h00 auprès des services de la police nationale à Clermont-Ferrand.

12. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que l'assignation à résidence prononcée à son encontre est illégale en raison de l'illégalité dont serait entachée la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français.

13. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que l'assignation à résidence " est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets " sur sa situation personnelle, Mme C n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.

14. En troisième lieu, Mme C soutient que cette mesure est contraignante et disproportionnée dès lors qu'elle doit amener son fils à l'école pour 8h35 et qu'elle souhaite être régularisée et mener une vie familiale normale. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à faire regarder l'assignation à résidence et les modalités de pointage fixées par cette décision comme disproportionnées au regard des finalités poursuivies. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête entraîne, par voie de conséquences, celui des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme C sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La présidente,

S. D La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2500110AC

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