jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2500153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FAURE-CROMARIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire, enregistré les 20 janvier 2025 et 4 février 2025, M. A C D, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet du Cantal l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Cantal, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement ;
5°) d'enjoindre au préfet du Cantal de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient en l'état de ses dernières écritures que :
- les décisions contestées ont été prises par une autorité incompétente dès lors que la compétence du signataire n'est pas établie ;
* Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France et du fait qu'il y a poursuivi sa scolarité ainsi que de ses attaches familiales et de sa parfaite intégration, cette décision a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;
* Sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il existe des circonstances particulières pour ne pas prononcer cette mesure puisqu'il dispose d'une résidence effective et qu'il a remis volontairement aux services de police son passeport en cours de validité ;
* Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne pouvait être retenu qu'il avait vécu dans son pays jusqu'à l'âge de 23 ans alors qu'il l'avait quitté en 2002 à l'âge de 6 ans ;
- pour l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. B L'hirondel, vice-président, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 février 2025 à 10h00, en présence de Mme Llorach, greffière :
- le rapport de M. L'hirondel,
- et les observations de Me Drobniak représentant M. C D, qui reprend les moyens de la requête et insiste, après avoir rappelé les faits, sur les circonstances de sa venue en France métropolitaine qui était destinée à poursuivre ses études commencées à Mayotte. Il a créé des liens intenses en France pour avoir conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française et compte tenu, également, de la présence de toute sa famille en France métropolitaine ou à Mayotte alors qu'il n'a plus de contact avec son père depuis 2002. Il n'est plus rentré aux Comores depuis cette dernière année. S'il a été condamné récemment, il s'agit d'un cas isolé pour lequel il a reconnu les faits et sa peine d'emprisonnement sera aménagée. L'arrêté attaqué porte ainsi atteinte au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, en fixant les Comores comme pays de destination, le préfet du Cantal n'a pas examiné la possibilité de le renvoyer à Mayotte.
Le préfet du Cantal n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C D, né le 1er février 1996 et de nationalité comorienne, a déclaré être entré en France en janvier 2019. A la suite d'un contrôle d'identité effectué le 16 janvier 2025 à l'occasion duquel M. C D n'a pas été en mesure de justifier de son entrée régulière sur le territoire français, ni la régularité de son séjour, le préfet du Cantal, par deux arrêtés du 17 janvier 2025, lui a, par le premier, fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, par le second, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Dans la présente instance, M. C D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () / 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté () ".
3. Aux termes de l'article 36 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " à l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée, sans préjudicie de l'application des articles L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée ". Aux termes de l'article 39 de ce même décret : " Lorsque l'avocat est commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat, il saisit le bureau d'aide juridictionnelle au nom de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée et formule la demande d'aide selon les modalités prévues à l'article 37. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide ".
4. Dès lors que M. C D bénéficie de l'assistance d'une avocate commise d'office, cette dernière est dispensée de déposer une demande d'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées. Ainsi la demande tendant à ce que le requérant soit admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle est dépourvue d'objet et ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :
5. Par un arrêté du 11 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Cantal a donné délégation de signature à M. Hervé Demai, secrétaire général de la préfecture et signataire des arrêtés contestés, aux fins de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cantal, notamment pour les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. () " Les Comores figurent au nombre des Etats dont les ressortissants sont assujettis à l'obligation de visa au franchissement des frontières extérieures des Etats membres. Par ailleurs, sous la qualification de " visa ", les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département, à moins qu'il ne soit dispensé, par le dernier paragraphe de cet article, de solliciter à cet effet une telle autorisation.
8. M. C D soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale en faisant valoir l'ancienneté de son séjour en France pour avoir vecu à Mayotte depuis 2002 alors qu'il était âgé de 6 ans où il a suivi sa scolarité et obtenu son baccalauréat en juillet 2016 puis en France métropolitaine depuis janvier 2019, ses attaches familiales pour entretenir une relation de couple avec une ressortissante France avec laquelle il réside ensemble depuis juin 2023 et a conclu un pacte civil de solidarité le 24 juin 2024 et compte tenu de présence de membres de sa famille, notamment sa sœur, de nationalité française, qui vit à Lyon et de sa belle-famille et enfin de sa parfaite intégration sur le territoire français.
9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que la vie commune avec une ressortissante française a débuté, selon les termes de sa concubine, " depuis au moins un an " et est ainsi récente à la date de l'arrêté contesté. Le couple est, par ailleurs, sans enfant. Les attestations produites, qui sont insuffisamment circonstanciées, ne permettent pas, par ailleurs, d'établir, alors que l'intéressé est arrivé en France métropolitaine en 2019 à l'âge de 23 ans, l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille résidant en France métropolitaine, notamment sa sœur, sa mère demeurant, au surplus à Mayotte et son père aux Comores. M. C D ne saurait alléguer de l'ancienneté de son séjour en France pour avoir vécu à Mayotte dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un séjour à Mayotte ne peut être regardé comme autorisant un séjour en France métropolitaine. Enfin, si le requérant affirme, sans l'établir, ne plus avoir de liens avec son pays d'origine, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour effet de fixer le pays de destination et n'implique pas, par elle-même, un retour aux Comores. Au surplus, il résulte des procès-verbaux d'audition des 16 et 17 janvier 2025 qu'il a déclaré être entré seul en France en janvier 2019 en provenance des Comores, via la Tanzanie, après que l'administration française lui eût refusé la délivrance d'un visa. Ainsi, et dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que la décision en litige portant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut être qu'écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
13. Ainsi qu'il a été dit, M. C D est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans avoir sollicité la régularisation de sa situation administrative. Ainsi par application des dispositions précitées, il doit être regardé comme présentant un risque qu'il se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, justifiant alors qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit accordé. Les circonstances qu'il dispose d'une résidence effective et qu'il ait remis volontairement aux services de police son passeport en cours de validité ne sauraient être regardés, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme constituant des circonstances particulières justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
16. En second lieu, M. C D n'établit pas disposer d'un titre de séjour en cours de validité prévu par les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'autorisant à résider à Mayotte. Par ailleurs, par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, la décision fixant le pays de destination n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision prononçant une interdiction du territoire français doit être écarté.
19. En deuxième lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué que le préfet a retenu que si l'intéressé alléguait être présent sur le territoire français de Mayotte depuis 2002 et y être resté jusqu'en 2019 après y avoir fait toute sa scolarité, il n'en apportait pas la preuve. Si, dans la présente instance, M. C D produit un titre de séjour valable du 23 août 2018 au 22 août 2019 délivré par le représentant de l'Etat à Mayotte et un certificat de scolarité le concernant pour l'année 2018-2019 portant une adresse à Ouangani (Mayotte), il n'établit pas davantage avoir quitté les Comores dès 2002. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 9, le requérant a reconnu être présent aux Comores en 2019 où il a sollicité la délivrance d'un visa. Il suit de là que le requérant n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur de fait en indiquant qu'il avait vécu jusqu'à l'âge de 23 ans aux Comores. Par suite, le moyen doit être écarté.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
21. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
22. La décision contestée du préfet du Cantal comporte l'indication des considérations de droit en citant notamment les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de fait fondant, tant en son principe qu'en sa durée, la décision de faire interdiction à M. C D de retour sur le territoire français pendant trois ans. Pour fixer cette durée, le préfet s'est ainsi fondé sur les circonstances tirées de son entrée irrégulière en France et de son maintien en situation irrégulière depuis plus de six ans, de sa détention de stupéfiants avec intention de revendre, de l'absence de liens anciens, intenses et stables en France, compte tenu notamment que le requérant a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 23 ans où il déclare notamment avoir de la famille, en particulier son père. Cette motivation, qui permet au requérant à sa seule lecture de comprendre les motifs de cette interdiction, atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la décision portant interdiction de retour est régulièrement motivée et n'est pas entachée d'erreur de droit.
23. En quatrième lieu, par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement et eu égard également aux faits d'usage illicite et de détention non autorisée de stupéfiants, faits reconnus par l'intéressé et qui ont donné lieu à une peine de huit moins d'emprisonnement délictuel à titre de peine principale par une ordonnance du tribunal judiciaire d'Aurillac du 17 janvier 2025, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant interdiction du territoire français pendant une durée de trois ans doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité des décisions portant assignation à résidence :
25. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant assignation à résidence doit être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. C D doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que le conseil de M. C D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet du Cantal.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
Le magistrat désigné,
M. E
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 18
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026