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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2500624

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2500624

mardi 18 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2500624
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 5 mars 2025, Mme E F épouse A, représentée par Me Shveda, demande au tribunal

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'a décision du 26 février 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre sans délai au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elle l'oblige à se présenter tous les jours auprès des services de la police nationale situés à Clermont-Ferrand alors qu'elle doit accompagner ses enfants à l'école tous les matins à 8h30 ;

- sa famille éprouve des craintes en cas de retour en Albanie ;

- cette décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 mars 2025 à 10h10, en présence de Mme Sudre, greffière :

- le rapport de M. Panighel,

- et les observations de Me Shveda, représentant Mme A, qui reprend le contenu de ses écritures,

- et les observations de Mme A, assistée de Mme C, interprète en langue albanaise, qui dit qu'elle vit depuis 7 ans en France, pays dans lequel ses enfants sont scolarisés.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions du 14 janvier 2025, le préfet du Puy-de-Dôme a prononcé à l'encontre de Mme E F épouse A, de nationalité albanaise, une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence. Par une décision du 26 février 2025, le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours l'assignation à résidence de Mme A. Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige est signée par Mme D B, adjointe à la cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la direction de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait d'une délégation de signature à l'effet de signer l'acte attaqué, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 5 février 2025 publié le même jour au recueil des administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comprend les considérations en droit et en fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article

L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

6. Si Mme A entend soutenir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable dans la mesure où elle craint être exposée à des persécutions en cas de retour en Albanie, alors que ses parents et son frère bénéficient de la protection internationale en France, le seul exposé de ces craintes et la production de photographies d'une maison incendiée ne permettent pas d'établir à elles seules la réalité de ces menaces. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institution publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. La décision litigieuse a seulement pour effet d'obliger Mme A, qui vit à

Clermont-Ferrand, de demeurer dans l'arrondissement de cette même commune pendant 45 jours, de l'interdire de sortir du département du Puy-de-Dôme sans autorisation préalable et de l'obliger à se présenter tous les jours à 9h30 auprès des services de la police nationale situés 106 avenue de la République à Clermont-Ferrand. Si la requérante soutient qu'elle ne dispose pas du temps nécessaire pour se rendre auprès des services de police dès lors qu'elle accompagne ses enfants à l'école les matins à 8h30, elle ne produit que des certificats de scolarité de ses enfants dans une école de la commune de Cébazat au titre de l'année scolaire 2018-2019. Dans ces conditions, en l'absence de production d'éléments contemporains à la date de la décision attaquée, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à se présenter tous les jours auprès des services de police nationale situés à Clermont-Ferrand.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 février 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2025.

Le magistrat désigné,

L. PANIGHELLe greffier,

I. SUDRE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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