mercredi 2 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2500705 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | REMEDEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2025 et le 24 mars 2025, M. B C, représenté par Me Remedem, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 11 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de deux ans, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a interdit sa circulation sur le territoire français, l'a assigné à résidence et a procédé à sa " remise Schengen " ;
3°) d'annuler la décision du 11 mars 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour la durée supplémentaire de deux ans ;
4°) de suspendre les décisions par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de deux ans, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a interdit sa circulation sur le territoire français, l'a assigné à résidence et a procédé à sa " remise Schengen " ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information " Schengen " ;
6°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
7°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que
les décisions attaquées :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont entachées d'un défaut de motivation ;
- n'ont pas été précédées d'un examen réel et complet de sa situation ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la prolongation d'interdiction de retour :
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que son placement en retenue administrative était injustifié et irrégulier ;
- lui a été notifiée irrégulièrement ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
l'assignation à résidence : est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la prolongation d'interdiction de retour ;
l'obligation périodique de présentation : porte une atteinte excessive à sa liberté individuelle et à sa liberté d'aller et de venir.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevé d'office, tirés de :
l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions du 11 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. C à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a interdit sa circulation sur le territoire français et a procédé à sa " remise Schengen ", dès lors que ces décisions sont matériellement inexistantes ;
l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension, dès lors que celle-ci ne relèvent pas de l'office du juge saisi en application des dispositions des article L. 776-1 du code de justice administrative et des dispositions des articles L. 614-1 et suivants et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations de Me Remedem, représentant M. C, qui a :
abandonné l'intégralité des conclusions à fin de suspension introduites initialement ;
abandonné les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 11 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. C à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a interdit sa circulation sur le territoire français et a procédé à sa " remise Schengen " ;
et qui a repris les moyens de la requête et a, en outre soutenu que la durée totale d'interdiction à laquelle M. C est soumis est supérieure à cinq ans en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a précisé que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas examiné sérieusement sa situation avant de prolonger son interdiction de retour dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour le 6 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par des décisions en date du 11 mars 2025, le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de M. C, ressortissant tunisien. Par une décision distincte datée du même jour, l'autorité préfectorale a assigné l'intéressé à résidence pour la durée de 45 jours et a fixé les modalités d'application de cette mesure. Le requérant demande l'annulation ainsi que la suspension de ces décisions. Le requérant demande également l'annulation et la suspension de décisions du 11 mars 2025 par lesquelles le préfet du
Puy-de-Dôme l'aurait obligé à quitter le territoire français, y aurait interdit son retour pour la durée de deux ans, aurait fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, aurait refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, aurait interdit sa circulation sur le territoire français et aurait procédé à sa " remise Schengen ".
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le désistement :
4. Lors de l'audience, M. C a expressément abandonné l'intégralité des conclusions à fin de suspension introduites dans sa requête ainsi que ses conclusions, également présentées dans sa requête, tendant à l'annulation des décisions du 11 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a interdit sa circulation sur le territoire français et a procédé à sa " remise Schengen ". Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme s'étant désisté de l'intégralité desdites conclusions. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur la légalité de la prolongation de l'interdiction de retour :
5. La décision en litige est signée par Mme A, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 5 février 2025 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à effet de signer tous actes administratifs, documents financiers et correspondances, relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les prolongations d'interdiction de retour des ressortissants étrangers sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
6. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a prolongé l'interdiction de retour de M. C comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
7. M. C produit un formulaire intitulé " dossier de demande de titre de séjour ", renseigné par ses soins, qu'il a adressé aux services de la préfecture du Puy-de-Dôme qui en ont accusé réception. Toutefois, ce formulaire ne suffit pas, par lui-même et à lui seul, à corroborer que l'intéressé aurait déposé un dossier complet de demande de titre de séjour susceptible d'être instruit par l'autorité préfectorale. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme ne se serait pas prononcé sur une demande de titre de séjour avant d'édicter la prolongation de l'interdiction de retour de M. C. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de la prolongation d'interdiction de retour en litige, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté
8. Aux termes de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger doit être en mesure de présenter les pièces ou documents sous le couvert desquels il est autorisé à circuler ou à séjourner en France à toute réquisition d'un officier de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale et, sur l'ordre et sous la responsabilité de celui-ci, des agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés à l'article 20 et au 1° de l'article 21 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues à la présente section ". Aux termes de l'article L. 812-2 du même code : " Les contrôles des obligations de détention, de port et de présentation des pièces et documents prévus à l'article L. 812-1 peuvent être effectués dans les situations suivantes : / 1° En dehors de tout contrôle d'identité, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger ; ces contrôles ne peuvent être pratiqués que pour une durée n'excédant pas six heures consécutives dans un même lieu et ne peuvent consister en un contrôle systématique des personnes présentes ou circulant dans ce lieu ; / 2° A la suite d'un contrôle d'identité effectué en application des articles 78-1 à 78-2-2 du code de procédure pénale, selon les modalités prévues à ces articles, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger ; / 3° En application de l'article 67 quater du code des douanes, selon les modalités prévues à cet article ".
9. Les mesures de contrôle et de retenue que prévoient ces dispositions sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet interdit le retour d'un ressortissant étranger sur le territoire français et décide de l'assigner à résidence. Dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle et de la retenue qui ont, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière, les conditions dans lesquelles M. C a été contrôlé en application des dispositions précitées des articles L. 812-1 et L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont sans incidence sur la légalité de la prolongation d'interdiction de retour en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la retenue administrative de M. C est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
10. Les conditions de notification de la prolongation d'interdiction de retour en litige, dans la mesure notamment où elles sont postérieures à son édiction, sont en tout état de cause sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de notification de la décision attaquée est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
11. Le requérant soutient que la prolongation d'interdiction de retour en litige a été édictée en méconnaissance du principe des droits de la défense. Toutefois, M. C n'expose pas dans ses écritures en quoi consisterait concrètement la méconnaissance des droits de la défense dont il fait état. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.
12. Le requérant fait valoir que la prolongation de l'interdiction de retour à laquelle il est soumis méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, la décision par laquelle l'autorité préfectorale a prolongé l'interdiction de retour de M. C sur le territoire français n'a pas pour objet ou pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Le requérant fait valoir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; qu'il est présent sur le territoire français depuis le mois de mai 2017 et ne dispose plus d'aucun membre de sa famille dans son pays d'origine. Toutefois, M. C ne conteste pas les mentions de la prolongation d'interdiction de retour en litige desquelles il ressort qu'il est célibataire et sans enfant à charge sur le territoire français et que s'il a indiqué qu'un de ses frères réside en France il n'en a pas moins déclaré que sa mère et deux de ses frères résident en Tunisie. En outre, il ressort des mentions de la décision en litige non sérieusement contestées par le requérant, que ce dernier est défavorablement connu des services de police pour des faits de violation de domicile, de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui avec entrée par effraction, d'usage de faux documents en écriture. Dès lors, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du
Puy-de-Dôme a pu fixer à deux ans la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français à laquelle M. C est soumis.
15. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".
16. Lorsqu'un étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour qui n'a pas été exécutée, l'autorité administrative peut, sur le fondement de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que ne soit intervenue une nouvelle obligation de quitter le territoire, prolonger la durée de cette interdiction dans la limite maximale de cinq ans, limite ne pouvant être dépassée qu'en cas de menace grave pour l'ordre public. Toutefois, si l'autorité administrative prend une nouvelle décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français et décide, à l'issue du réexamen de sa situation, d'assortir à nouveau cette obligation d'une mesure d'interdiction de retour, elle doit être regardée comme ayant prononcé une nouvelle interdiction de retour, en lieu et place des précédentes décisions ayant le même objet, qui sont ainsi implicitement mais nécessairement abrogées.
17. Il ressort des pièces du dossier que par une décision en date du 26 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. C à quitter le territoire français et, par une décision du 21 juin 2022, a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour d'une durée de douze mois. Il ressort également des pièces du dossier que, par une décision en date du 31 janvier 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a une nouvelle fois obligé M. C à quitter le territoire français et que, par une décision du même jour, il a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme doit être regardé comme ayant prononcé une nouvelle interdiction de retour qui a implicitement mais nécessairement abrogé l'interdiction de retour édictée le 21 juin 2022 pour la durée de douze mois. Dès lors, la durée totale d'interdiction de retour de M. C décidée le 31 janvier 2023 et prolongée par la décision en litige du 11 mars 2025 n'excède pas une durée totale de cinq ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par la prolongation d'interdiction de retour en litige, l'autorité préfectorale aurait porté la durée totale de son interdiction de retour au-delà de cinq ans.
18. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 14 du présent jugement, la prolongation d'interdiction de retour en litige ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en prenant la décision susmentionnée, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
19. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 14 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision de prolonger son interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
20. M. C s'est initialement prévalu d'une " erreur de droit ". Toutefois, ce moyen qui n'était pas assorti dans ses premières écritures des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, n'a pas été développé, complété ou précisé dans ses écritures ultérieures. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de l'assignation à résidence :
21. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité d'une obligation de quitter le territoire français et de la prolongation de l'interdiction de retour soulevé contre l'assignation à résidence doit être écarté.
22. Pour les mêmes motifs que ceux respectivement énoncés aux points 5, 6, 7, 11 et 20 du présent jugement, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que l'assignation à résidence est entachée d'incompétence, est entachée d'un défaut de motivation, n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de la situation du requérant, méconnaît les droits de la défense et est entachée d'une " erreur de droit ".
23. Les circonstances invoquées par M. C à l'encontre de la prolongation de son interdiction de retour, tirées de la durée de sa présence en France, de l'existence de liens privés et familiaux sur le territoire français et de son insertion professionnelle et sociale, ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à caractériser une atteinte à son droit à sa vie privée et familiale par l'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que cette mesure méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
24. M. C soutient que l'assignation à résidence méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, le requérant n'indique pas dans ses écritures en quoi consisterait le risque de traitement inhumain ou dégradant auquel l'exposerait cette mesure. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, ainsi, qu'être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de présentation périodique :
25. Le requérant soutient que l'obligation de se présenter tous les jours même les dimanches et les jours fériés auprès des services de la police nationale constitue une atteinte excessive à sa liberté individuelle et à sa liberté d'aller et de venir. Toutefois, M. C n'expose pas dans ses écritures en quoi consisteraient concrètement les atteintes dont il fait état au regard de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de l'assignation à résidence n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est donné acte du désistement de l'intégralité des conclusions de M. C aux fins de suspension ainsi que des conclusions de ce dernier à fin d'annulation des décisions du 11 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a interdit sa circulation sur le territoire français et a procédé à sa " remise Schengen ".
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
Le greffier,
D. MORELIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2500705
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.
01/06/2026