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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2500768

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2500768

mardi 8 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2500768
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFAURE-CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2025 et un mémoire enregistré le 1er avril 2025, M. E F, représenté par Me Faure-Cromarias, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à son effacement du système d'information Schengen sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui restituer son passeport sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour, mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à tout le moins, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir en lui délivrant un récépissé assorti d'une autorisation de travail sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Faure-Cromarias en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les arrêtés pris en leur ensemble :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains ; il vit en France depuis mars 2023 ; il est titulaire d'une promesse d'embauche et doit commencer à travailler le 14 avril 2025 ; il est intégré en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les articles L. 612-8 et L. 610-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable à mettre à exécution d'office l'obligation de quitter le territoire français et de le reconduire en Algérie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 29 mars 2025.

M. F a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 18 mars 2025.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 avril 2025 à 10h en présence de Mme Petit, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Faure Cromarias, avocate désignée d'office, assistée par M. B, interprète en langue arabe, qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, est entré en France en mars 2023, selon ses déclarations. Le 12 mars 2025, il a été interpellé et placé en retenue administrative par les services de la police aux frontières du Puy-de-Dôme à la suite d'un contrôle effectué sur réquisition du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand. Par deux décisions du 13 mars 2025, le préfet du Puy-de-Dôme a, d'une part, obligé M. F à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de présentation quotidienne à 8h30, y compris les dimanches et les jours fériés auprès des services de la police nationale de Clermont-Ferrand. Par la présente requête, M. F demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions litigieuses :

3. Les décisions attaquées du 13 mars 2025 ont été signées par Mme D A, directrice de la citoyenneté et de la légalité qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 5 février 2025 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le même jour, au recueil des actes administratifs spéciale de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. F, ressortissant algérien, entré en France en mars 2023, est célibataire et que les membres de sa famille résident en Algérie. Par conséquent, le requérant n'établit pas avoir une vie privée et familiale en France au sens des stipulations de l'article 8 précité. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé suit des cours de français et s'inscrit dans une démarche d'insertion professionnelle, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant l'interdiction de retour sur le territoire français ne peut être qu'écarté.

8. En deuxième lieu, la décision litigieuse du 13 mars 2025 cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, mentionne que l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français sans justifier d'aucune circonstance particulière. En outre, la décision fait état de l'ancienneté du séjour en France du requérant et de l'absence de liens stables, anciens et intenses dans le territoire national. Il ressort ainsi des motifs de la décision litigieuse que le préfet du Puy-de-Dôme a pris en compte l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour apprécier tant le principe que la durée de la prolongation d'interdiction de retour. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

9. En troisième lieu, le requérant a déclaré être entré en France en mars 2023 et que les membres de sa famille résident en Algérie. Eu égard à l'ancienneté et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, et alors même que ce dernier disposerait d'une promesse d'embauche, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des circonstances de sa situation personnelle.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains doit être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

13. Il ressort de la décision attaquée que, pour justifier la mesure d'assignation à résidence en litige, le préfet du Puy-de-Dôme s'est référé à l'obligation de quitter le territoire français prise le 13 mars 2025, a indiqué que M. F était titulaire d'un passeport en cours de validité et a affirmé que l'éloignement de l'intéressé demeurait une perspective raisonnable. Pour contester cette appréciation, le requérant soutient que l'Algérie refuse de réadmettre ses ressortissants contraints à quitter la France. Si la dégradation importante des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie depuis plusieurs mois est de notoriété publique, le requérant ne démontre pas par ses allégations non assorties de pièces, que des ressortissants algériens titulaires d'un passeport algérien en cours de validité se seraient vus privés du droit de retourner dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à solliciter l'annulation des arrêtés du 13 mars 2025. Ses conclusions formées en ce sens doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2025.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500768zr

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