mardi 15 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2500863 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2025, M. B A, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler les décisions du 19 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre ans et l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'exécution de la mesure d'éloignement est impossible eu égard à la situation géopolitique actuelle en Algérie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est disproportionnée et non justifiée ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- elle est disproportionnée ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- la décision d'astreinte journalière au domicile de 6 heures à 8 heures ne se justifie pas et apparaît disproportionnée eu égard à l'obligation de pointage tous les jours à 8 heures 30 au commissariat de Clermont-Ferrand ;
- l'exécution de la mesure d'éloignement n'est pas une perspective raisonnable eu égard aux relations diplomatiques conflictuelles entre la France et l'Algérie.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 29 mars 2025.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 27 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bentejac, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 avril 2025 :
- le rapport de Mme Bentejac, magistrate désignée,
- et les observations de Me Loiseau pour M. A qui s'en remet à ses écritures et précise qu'aucune preuve de la menace à l'ordre public que sa présence en France représente n'est apportée, que toute la famille du requérant réside en France malgré leur situation administrative irrégulière, qu'il n'a plus de lien dans son pays d'origine et que l'absence de délai de départ volontaire n'est justifiée ni par une précédente mesure d'éloignement ni par une menace à l'ordre public.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né en 2005, déclare être entré en France avec ses parents et ses quatre frères et sœurs en juillet 2022. Par une décision du 19 mars 2025, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans. Par une décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours avec l'obligation pour ce dernier de demeurer à l'adresse où il est assigné tous les jours entre 6h00 et 8h00 et de se présenter tous les jours aux services de la police nationale de Clermont-Ferrand. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation présentées à titre principal :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :
2. Les actes en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. D'une part, en se bornant à évoquer la probable impossibilité d'exécuter la décision portant obligation de quitter le territoire du fait de la situation géopolitique actuelle en Algérie, le requérant ne soulève aucun moyen de légalité opérant à l'encontre de cette décision.
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Le requérant fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale dès lors qu'il n'a plus aucune attache dans son pays d'origine, que ses parents et sa fratrie sont présents sur le territoire français et qu'il a été scolarisé en France de sorte qu'il a nécessairement noué des liens amicaux .Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A réside en France avec ses parents et ses quatre frères et sœurs depuis le mois de juillet 2022. L'ensemble des membres de la famille vit en situation irrégulière depuis cette date. Le requérant ne démontre pas l'intensité des liens dont il se prévaut en France. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, la décision n'a pas porté au droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont donc pas été méconnues.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code, " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
7. M. A soutient que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est disproportionnée et non justifiée dès lors qu'il établit être domicilié chez ses parents, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, que ses attaches sont en France et qu'il ne peut lui être reproché de ne pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour eu égard à sa qualité de jeune majeur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le requérant est défavorablement connu des services de police pour de multiples faits commis entre le 5 février 2023 et le 12 février 2025 de sorte que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. En outre, M. A, malgré une majorité acquise depuis presque deux ans à la date de la décision en litige, n'a effectué aucune démarche administrative en vue de régulariser sa situation. Il a également déclaré, lors de son audition par les services de la police de Gerzat le 18 mars 2025 son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Enfin, il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes à défaut de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est disproportionnée ou injustifiée.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
9. D'une part, il résulte de ce qui précède sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire que M. A n'est pas fondé à exciper de leur illégalité.
10. D'autre part, si le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour est disproportionnée au regard des liens qu'il a noués en France et de l'absence de mesure d'éloignement antérieure, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le requérant est entré récemment en France, qu'il ne justifie pas y entretenir de liens d'une particulière intensité et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A, le préfet du Puy-de-Dôme est bien fondé à prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans qui n'apparaît pas en l'espèce disproportionnée.
En ce qui concerne la légalité de la décision assignant à résidence M. A :
11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
12. D'une part, il résulte de ce qui précède sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire que M. A n'est pas fondé à exciper de leur illégalité.
13. D'autre part, en se bornant à faire valoir que la décision d'astreinte journalière au domicile de 6 heures à 8 heures ne se justifie pas et apparaît disproportionnée dès lors qu'il est également tenu de pointer tous les jours à 8 heures 30 au commissariat de Clermont-Ferrand, le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance de nature à démontrer pour lui l'impossibilité d'exécuter les mesures prescrites.
14. Enfin, la circonstance selon laquelle l'exécution de la mesure d'éloignement n'est pas une perspective raisonnable eu égard aux relations diplomatiques conflictuelles entre la France et l'Algérie est sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence.
Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :
15. Il résulte de ce qui a été exposé au point 10 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à solliciter, à titre subsidiaire, une réduction de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
16. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 19 mars 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
17. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
18. Il résulte des points précédents que les conclusions présentées par M. A, présentées de manière stéréotypée et dépourvues de tout élément circonstancié, sont manifestement infondées. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.
La magistrate désignée,
C. BENTEJAC La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2500863
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2604340
03/08/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2604159
03/08/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2602717
03/08/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2610374
01/07/2026