Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. C..., ressortissant géorgien, contestant les décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 13 octobre 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour de trois ans et l'assignant à résidence. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation concernant l'état de santé du requérant. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et les conventions internationales applicables.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés les 20 octobre et 4 novembre 2025, M. A... C..., représenté par Me Shveda demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler la décision du 13 octobre 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d’annuler la décision du 13 octobre 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa demande de régularisation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et dans l’attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5°) d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d’information « Schengen » ;
6°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;
- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;
- elles sont entachées d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans :
- elle méconnaît les dispositions de l’article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;
- il bénéficie de circonstances humanitaires lui permettant d’être admis au séjour et il présente des garanties de représentation suffisantes ;
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n’a pas produit de mémoire mais des pièces enregistrées le 28 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B... pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A... C..., ressortissant géorgien né le 10 août a été interpellé et placé en rétention administrative le 13 octobre 2025 par les services de la police aux frontières. Par des décisions du 13 octobre 2025, dont le requérant demande l’annulation, le préfet du Puy-de-Dôme l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : « La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : (…) 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; (…) ». L’article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, dispose que : « Par exception, l’avocat commis ou désigné d’office en matière d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat dans le cadre d’une procédure mentionnée à l’article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d’aide. ».
Il résulte de ces dispositions que la rétribution d’un avocat désigné d’office pour représenter devant le tribunal un étranger assigné à résidence dans une instance relative à sa procédure d’éloignement n’est pas subordonnée au dépôt d’une demande d’aide juridictionnelle. En l’espèce, Me Shveda a été désigné d’office pour représenter M. C.... Par suite, il n’y a pas lieu d’admettre le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait d’une délégation de signature selon un arrêté du 1er octobre 2025 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de ladite préfecture à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l’exception d’actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour des ressortissants étrangers et à leur éloignement. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
En troisième lieu, il ne ressort ni des décisions attaquées, ni des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n’aurait pas procédé à un examen réel et personnalisé de la situation du requérant avant d’édicter les décisions en litige.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui » et aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ».
M. C... soutient qu’il est présent en France depuis 2016, que sa femme et ses deux enfants sont également présents sur le territoire français et qu’il a noué des liens d’amitié sur la métropole clermontoise. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C... est entré en France en 2016 pour y solliciter l’asile et que sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 26 avril 2017. M. C... se maintient depuis lors irrégulièrement sur le territoire français et a fait l’objet de deux mesures d’éloignement qu’il n’a pas exécutées. Son épouse, de même nationalité, se trouve également en situation irrégulière en France. Par ailleurs la fille aînée de l’intéressé née en 2004 est majeure et n’a donc plus vocation à vivre avec lui. En outre, par les pièces qu’il produit M. C..., qui ne justifie d’aucune intégration professionnelle, n’établit pas avoir noué des liens d’une particulière intensité en France. Ainsi, et alors que rien ne fait obstacle à ce que M. C... et son épouse accompagnés de leur fils mineur né en 2009 retournent dans leur pays d’origine, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’en édictant les décisions attaquées le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
En dernier lieu, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées méconnaissent le principe du respect des droits de la défense et sont entachées d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d'appréciation ne sont assortis d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils doivent être écartés.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
M. C... soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale. Toutefois, le requérant ne justifie pas que son état de santé nécessiterait des soins dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité ni qu’il ne pourrait avoir accès à un traitement approprié dans son pays d’origine. Par suite le moyen tiré de l’« erreur de fait » et de l’« erreur manifeste d'appréciation » doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
Pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations précitées de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. C... soutient qu’il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants dès lors qu’il faisait partie des minorités déplacés en Géorgie et qu’il risque d’être une cible. Toutefois, il n’apporte aucun élément de nature à étayer ses affirmations quant à la réalité de risques actuels qu’il encourrait en cas de retour dans son pays d’origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. »
Ainsi qu’il a été dit au point 8 M. C... ne peut se prévaloir d’aucune circonstance humanitaire. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme n’a pas, en prononçant une mesure d’interdiction de retour sur le territoire d’une durée de trois ans, fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l’illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
La circonstance que M. C... puisse se prévaloir de circonstances humanitaires, ce qui n’est au demeurant pas établi ainsi qu’il a été dit aux points 8 et 13 du présent jugement et qu’il présenterait des garanties de représentation suffisantes est sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence.
Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions du 13 octobre 2025 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, la requête de M. C... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celle présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du
Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2025.
La magistrate désignée,
L. B...
Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.