Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante ivoirienne, qui demandait qu’il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour ou un récépissé. Le juge a estimé qu’il ne pouvait ordonner la délivrance d’un titre de séjour, cette mesure n’étant pas provisoire. S’agissant du récépissé, la demande s’est heurtée à une contestation sérieuse, la requérante n’ayant pas justifié avoir déposé un dossier complet de demande de titre de séjour. La condition d’urgence n’a pas été examinée, le rejet étant fondé sur le caractère manifestement mal fondé de la requête en application de l’article L. 522-3 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 octobre 2025, Mme B... A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de « mettre à la charge de l’administration les éventuels dépens ».
Elle soutient que :
- l’urgence est manifeste dès lors que l’absence de titre de séjour ou de récépissé la prive de « toute possibilité de travailler, de percevoir des revenus et d’accéder à [ses] droits fondamentaux » ; sa situation financière et sa santé psychologique se dégradent ; elle risque d’être expulsée de son logement ;
- la carence du préfet du Puy-de-Dôme a lui délivrer un titre de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour constitue une « abstention fautive » ;
- elle n’a plus accès, en l’absence de document justifiant de la régularité de son séjour, à ses droits sociaux et se trouve menacée d’expulsion de son logement ; elle ne peut pas se soigner correctement ; elle « souffre par ailleurs d’un état psychologique très dégradé en raison de cette situation de blocage administratif, qui [l’empêche] de stabiliser [sa] vie personnelle et professionnelle ».
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante ivoirienne, dont le titre de séjour mention « étudiant » a expiré le 7 octobre 2025, déclare avoir déposé une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme. Par la présente requête, Mme A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, un récépissé de demande de titre de séjour.
D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ». Il résulte de ces dispositions que le juge des référés, saisi d’une demande sur le fondement de ces dispositions, peut prescrire toutes mesures ayant un caractère provisoire ou conservatoire, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l’urgence, ne fassent obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.
En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
D’autre part, aux termes de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu’il précise. (…) ».
Sur la demande visant à enjoindre au préfet de délivrer un titre de séjour :
Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire (…) ».
Il n’appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, qui ne peut prononcer que des mesures provisoires ou conservatoires, d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à Mme A... un titre de séjour. Par suite, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
Sur la demande visant à enjoindre au préfet de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour :
Si dans son mémoire, Mme A... soutient avoir déposé une demande de titre de séjour, dont elle ne précise pas le fondement juridique, le 1er août 2025, en se bornant à produire un avis de réception tamponné par les services de la préfecture du Puy-de-Dôme le 8 août 2025, elle ne justifie ni avoir effectivement déposé une demande de titre de séjour ni qu’elle aurait fourni un dossier complet à l’appui de sa prétendue demande. Dans ces conditions, les mesures sollicitées par la requérante se heurtent à une contestation sérieuse au sens de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A..., y compris celles à fin d’astreinte et celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées en application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....
Fait à Clermont-Ferrand, le 6 novembre 2025.
La présidente,
Juge des référés
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.