Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2601003

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2601003
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP TEILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une protestation, enregistrée le 17 mars 2026, Mme A... D... doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la candidature et l’élection de M. E... ;

2°) d’ordonner la suspension de l’élection de M. C... E... avant l’élection du maire, la fixation du nombre d’adjoints et l’élection des adjoints, lors des élections municipales qui se sont déroulées, le 15 mars 2026, à Gerzat ;

3°) d’enjoindre à M. B..., tête de liste élue, de désigner un autre candidat en remplacement de M. E... et, plus globalement de « sortir » ce dernier de sa liste.

Elle soutient que :
- la fonction de conseiller municipal et la profession de notaire ne sont pas compatibles ;
- M. E... s’est rendu coupable de divers manquements lors du précédent mandat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2026, M. C... E..., représenté par la SCP Teillot et associés, Me Marion, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu’il soit mis à la charge de Mme D... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les conclusions tendant à ce qu’il soit ordonné au préfet d’annuler sa candidature, qu’il soit enjoint à M. B... d’évincer M. E... de sa liste et de désigner un remplaçant et qu’il soit enjoint de sanctionner une infraction pénale sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par Mme D... ne sont pas fondés.

Vu :
• la décision du 1er juillet 2026 de la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques relative au compte de campagne de M. B... ;
• les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code électoral ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Perraud,
- les conclusions de M. Duvanel, rapporteur public,
- et les observations de Mme D..., et de Me Marion, représentant M. E....


Considérant ce qui suit :


1. Mme A... D... demande au tribunal d’annuler la candidature et l’élection de M. E... à l’occasion des élections municipales qui se sont déroulées, le 15 mars 2026, à Gerzat, de suspendre l’élection de M. C... E... avant que le conseil municipal ne procède à l’élection du maire ainsi que la fixation du nombre d’adjoints et l’élection des adjoints, ainsi que d’enjoindre à M. B..., tête de liste élue, de désigner un autre candidat en remplacement de M. E... et, plus globalement, de « sortir » ce dernier de sa liste.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne la suspension de l’élection de M. E... avant que le conseil municipal ne procède à l’élection du maire, la fixation du nombre d’adjoints et l’élection de ces derniers, annule la candidature de M. E... et enjoigne à M. B..., tête de liste élue, de désigner un autre candidat en remplacement de M. E... et, plus globalement de « sortir » ce dernier de sa liste, ne relèvent pas de l’office du juge de l’élection. Par suite, il y a lieu d’accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions à fin d’annulation des opérations électorales :

3. En premier lieu, les dispositions des articles L. 237 à LO. 238-1 et de l’article L. 46 du code électoral fixent de manière limitative la liste des fonctions qui sont incompatibles avec celles de conseiller municipal. Les fonctions de notaire, exercées par M. E..., ne comptent pas au nombre de celles qui sont incompatibles avec celles de conseiller municipal et, par suite, d’adjoint au maire. Il s’ensuit que Mme D... n’est pas fondée à soutenir que l’élection de M. E... en qualité de conseiller municipal serait illégale en raison d’une incompatibilité.

4. En second lieu, le grief tiré de l’existence de divers manquements de M. E... dans l’exercice de son précédent mandat ne peut être utilement invoqué à l’appui d’une protestation électorale, dès lors qu’il n’est pas établi que les manquements reprochés auraient été de nature à altérer la sincérité du scrutin. Au demeurant, Mme D... n’assortit pas son grief des précisions suffisantes pour permettre au juge d’en apprécier le bien-fondé.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme D... la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. E... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.

Article 2 : Mme D... versera à M. E... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... D..., à M. C... E... et à la préfète du Puy-de-Dôme.

Copie en sera adressée, pour information, à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.



Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


Le rapporteur,





G. PERRAUD







La présidente,





C. BENTÉJAC




La greffière,




C. PETIT


La République mande et ordonne à la préfète du Puy-de-Dôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.