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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-1901776

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-1901776

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-1901776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAZAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août et le 11 septembre 2019, sous le n° 1901776, la société Vermilion REP, représentée par Me Lazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur des finances publiques des Landes a rejeté sa demande du 18 mars 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de faire droit à cette demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, qui applique la loi de finances rectificative pour 2017, porte atteinte à ses droits fondamentaux garantis par la Convention européenne des droits de l'Homme ; elle constitue une ingérence dans son droit au respect des biens garanti par l'article 1er du 1er protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l'Homme, en augmentant de façon significative la redevance progressive des mines, en contradiction avec le principe de l'arrêt progressif de l'exploitation d'hydrocarbures décidé par le législateur dans la loi du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures, sans justification objective et raisonnable au sens de la Convention européenne des droits de l'Homme ;

- cette atteinte aux biens résultant de la décision attaquée est soudaine, disproportionnée et n'est pas justifiée par un objectif d'intérêt général ;

- la loi de finances rectificative pour 2017, qui fonde la décision attaquée, ne répond pas à l'exigence de prévisibilité au sens de la Convention européenne des droits de l'Homme, en l'absence de réelle étude d'impact.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août et le 11 septembre 2019, sous le n° 1901778, la société Vermilion REP, représentée par Me Lazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande du 18 mars 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de faire droit à cette demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, qui applique la loi de finances rectificative pour 2017, porte atteinte à ses droits fondamentaux garantis par la Convention européenne des droits de l'Homme ; elle constitue une ingérence dans son droit au respect des biens garanti par l'article 1er du 1er protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l'Homme, en augmentant de façon significative la redevance progressive des mines, en contradiction avec le principe de l'arrêt progressif de l'exploitation d'hydrocarbures décidé par le législateur dans la loi du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures, sans justification objective et raisonnable au sens de la Convention européenne des droits de l'Homme ;

- l'atteinte aux biens résultant de la décision attaquée est soudaine, disproportionnée et n'est pas justifiée par un objectif d'intérêt général ;

- la loi de finances rectificative pour 2017, qui fonde la décision attaquée, ne répond pas à l'exigence de prévisibilité au sens de la Convention européenne des droits de l'Homme, en l'absence de réelle étude d'impact.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Constitution ;

- le code minier ;

- la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 ;

- la loi n° 2017-1839 du 30 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Vermilion REP, spécialisée dans le domaine de la production d'hydrocarbures et titulaire à cette fin de plusieurs concessions d'exploitation, notamment à Parentis, Lucats-Cabeil et Mothes dans le département des Landes et à Vic-Bilh dans les Pyrénées-Atlantiques, est soumise, dans chacun de ces départements, au paiement de la redevance à taux progressif sur la production, dite redevance progressive des mines (RPM). Au titre des mois de février à décembre 2018, la société Vermilion REP a payé des acomptes mensuels correspondant à ces deux RPM pour un montant de 2 098 074 euros dans les Landes et de 722 430 euros dans les Pyrénées-Atlantiques. Estimant qu'elle avait subi une augmentation illégale du montant de cette redevance, par deux courriers du 18 mars 2019, la société Vermilion REP a demandé au directeur départemental des finances publiques des Landes d'une part et à celui des Pyrénées-Atlantiques d'autre part la restitution de ces acomptes. Le silence gardé par les directeurs départementaux des finances publiques des Landes et des Pyrénées-Atlantiques sur ces deux demandes a fait naître deux décisions implicites de rejet le 20 mai 2019. Par les présentes requêtes, la société Vermilion REP demande l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 1901776 et 1901778, ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Il y a, dès lors, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 1 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ". L'imposition ou taxation d'une personne ne saurait être regardée comme portant par elle-même atteinte au respect des biens au sens de l'article 1 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales. Toutefois, l'obligation financière née du prélèvement d'un impôt ou d'une taxe peut porter une telle atteinte si elle revêt un caractère confiscatoire ou si elle impose une charge manifestement disproportionnée par rapport à l'objectif poursuivi.

4. Aux termes de l'article L. 132-16 du code minier, dans sa rédaction issue de l'article 41 de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finances rectificative pour 2017 : " Les titulaires de concessions de mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux, à l'exception des gisements en mer, sont tenus de payer annuellement à l'Etat une redevance à taux progressif et calculée sur la production. Cette redevance est due rétroactivement au jour de la première vente des hydrocarbures extraits à l'intérieur du périmètre qui délimite la concession. () / Le barème de la redevance est fixé comme suit : Nature des produits, en pourcentage de la valeur de la production au départ du champ. : Huile brute : /Par tranche de production annuelle (en tonnes) : /: inférieure à 1 500 : 0% : égale ou supérieure à 1 500 : 8%. / Gaz : Par tranche de production annuelle (en millions de mètres cubes) : inférieure à 150 : 0% ; égale ou supérieure à 150 : 30%. /() ".

5. En premier lieu, s'il n'est pas contesté par la ministre de la transition écologique que l'augmentation de la RPM constitue une ingérence dans la jouissance des biens de la société requérante, la société Vermilion REP n'établit pas pour autant que cette augmentation contrevient nécessairement au principe d'un arrêt progressif de l'activité d'exploitation d'hydrocarbures, tel que prévu par la loi du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures. Cette augmentation ne permet pas à elle seule d'établir le caractère manifestement disproportionné de la charge supplémentaire à supporter par la société requérante, qui doit être apprécié au regard des redevances dues pour l'ensemble de sa production. La société requérante, qui ne produit aucune pièce probante à l'appui de ses allégations relatives à l'impact des nouvelles dispositions législatives sur sa profitabilité, voire sa viabilité économique, sa capacité à faire face aux coûts de réparation et sur l'emploi, n'est ainsi pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 132-16 du code minier dont il a été fait application porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect des biens garanti par l'article 1er du 1er protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l'Homme et le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la modification apportée par la loi du 28 décembre 2017 aux dispositions dont il a été fait application, consistant notamment à abaisser le seuil de production jusqu'auquel est applicable un taux de 0 % et à modifier les taux de la RPM, a conduit à une augmentation du montant de ces redevances. Il ressort des pièces du dossier que le but de cette mesure est d'atteindre l'objectif d'intérêt général de limiter le réchauffement climatique par la remise en cause d'un régime d'imposition favorable aux entreprises spécialisées dans la production d'hydrocarbures. Ainsi, la loi du 28 décembre 2017, qui a établi le barème litigieux, a pour objet de mettre fin à la fiscalité incitative dont bénéficiaient les titulaires de concessions de mines d'hydrocarbures liquides depuis la loi du 30 décembre 1980 de finances pour 1981. La société Vermilion REP ne produit aucun élément de nature à établir que cette augmentation de redevance, qui s'inscrit dans le cadre global de l'interdiction de la recherche et de l'exploitation des hydrocarbures et leur arrêt progressif, a été de nature, par elle-même, à bouleverser son activité, en lui imposant de modifier ses projets et sa stratégie, entraînant notamment l'absence de tout nouvel investissement permettant de renouveler sa base productive et l'arrêt de l'exploitation de gisements devenus non rentables. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle subit une augmentation brutale et non justifiée par un objectif d'intérêt général et le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, si la société requérante fait valoir que les nouvelles dispositions de l'article L. 132-16 du code minier ont été adoptées par voie d'amendement parlementaire, sans étude d'impact préalable ni consultation des entreprises potentiellement concernées par l'augmentation de la redevance progressive des mines, avec un exposé des motifs sommaire et une application seulement quelques jours après leur promulgation, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces circonstances sont de nature à caractériser une méconnaissance de l'exigence de prévisibilité des effets de la réforme de la redevance progressive des mines.

8. Il résulte de ce qui a été dit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de la méconnaissance des stipulations de l'article 1 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par les dispositions de l'article L. 132-16 du code minier doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions par lesquelles les directeurs des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques et des Landes ont rejeté ses demandes tendant à la restitution des acomptes dont elle s'est acquittée pour le mois de février à décembre 2018 au titre de la redevance progressive des mines doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Vermilion REP n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par cette dernière doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société Vermilion REP au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 1901776 et 1901778 de la société Vermilion REP sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Vermilion REP et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Schor, première conseillère,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

E. SCHORLa présidente,

signé

M. A

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

Nos 1901776

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