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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000073

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000073

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSCPA COUDEVYLLE-LABAT-BERNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 13 janvier 2020 et le 12 août 2020, M. A C, représenté par Me Heder, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2019 par laquelle le maire de la commune de Mouchan a fixé l'adressage de son habitation au 735 route de Chassaigne à Mouchan ;

2°) d'enjoindre à la commune de Mouchan de fixer son adresse à Lieu-dit Ramounet, rue Françoise Hoddé 32330 à Mouchan, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mouchan une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive et qu'elle n'est pas dirigée contre une décision confirmative ;

- en l'absence de production de la délibération du conseil municipal autorisant son maire à représenter la commune, son mémoire en défense est irrecevable ;

- la décision du 29 juillet 2019 qui fixe l'adressage de sa maison au 735 route de Chassaigne n'a été prise ni par délibération du conseil municipal (pour l'adresse), ni par arrêté municipal (pour le numéro) en méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-29 et du 5° de L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales ;

- le droit de passage, sur lequel s'appuie la commune pour justifier l'adressage de sa maison au 735 Route de Cassaigne, n'est pas perpétuel mais cessera d'exister au moment de la vente du bien immobilier ; il a bien accès à la rue Françoise Hoddé ainsi que le montre le constat d'huissier du 30 juillet 2020 ; cette rue qui passe contre sa maison est goudronnée ; le revêtement goudron s'arrête peu après sa maison puis la voie continue vers l'Est avec un revêtement empierré ; sa propriété cadastrée Section A n°408, n°845, n°943, n°388, n°847 et n°389 est d'un seul tenant ; la maison d'habitation sur la parcelle n°408 est en bordure de la rue Françoise Hoddé ; entre la parcelle n°408 au Sud et la route de Cassaigne il y a les parcelles cadastrées n°407, n°685 et n°392 appartenant aux époux B et les parcelles dont il est propriétaire ne sont pas bordées par la route de Cassaigne RD 208 ;

- la décision attaquée porte une atteinte au principe d'égalité de traitement garanti par l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans la mesure où l'immeuble situé en face de sa maison de l'autre côté de la rue Françoise Hoddé dispose d'une numérotation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juillet 2020 et le 29 septembre 2021, la commune de Mouchan, représentée par Me Bernal, qui produit la délibération du conseil municipal en date du 11 mars 2020 autorisant le maire à représenter la commune devant le tribunal, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, et à titre subsidiaire au fond, et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 200 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car tardive d'une part, et faute de décision faisant grief d'autre part ;

- aucun moyen de légalité interne n'ayant été présenté dans le délai de recours contentieux, le moyen d'illégalité interne du refus opposé est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Un mémoire présenté pour M. A C a été enregistré le 18 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madelaigue, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Laborde, substituant Me Heder, représentant M. C,

- et les observations de Me Bernal, représentant la commune de Mouchan.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 4 juillet 2019, le conseil municipal de la commune de Mouchan a procédé à une opération de dénomination des rues de la commune et a approuvé le système de numérotage métrique. Par un courrier du 11 juillet 2019, M. C propriétaire des parcelles cadastrées section A n° 408, 388, 845 et 389 d'une surface totale de 812 m2 s'est plaint auprès du maire de la commune de Mouchan de l'adresse qui lui avait été attribuée, au 735 route de Cassaigne à Mouchan, et a demandé à ce qu'elle soit modifiée. Par un courrier en réponse du 29 juillet 2019, le maire de Mouchan a indiqué à M. C les motifs de cet adressage et lui a demandé d'installer sa boite aux lettres route de Cassaigne pour respecter le nouvel adressage. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 29 juillet 2019 par laquelle le maire a rejeté sa demande d'adressage rue Françoise Hoddé à Mouchan.

Sur l'absence d'habilitation du maire de Mouchan à représenter la commune en justice :

2. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ".

3. Si le requérant soutient que le maire de la commune ne dispose pas d'une habilitation lui permettant de représenter la commune en justice dans la présente instance, il ressort des pièces du dossier que le maire de Mouchan a reçu délégation, par une délibération du 11 mars 2020, du conseil municipal pour agir en justice au nom de la commune ainsi que pour la défendre. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 29 juillet 2019, qui rejette la demande d'adressage de M. C rue Françoise Hoddé à Mouchan doit être regardée comme fixant l'adressage de sa maison au 735 route de Chassaigne et ne constitue pas un refus du maire de fixer un adressage en exécution de la délibération du 4 juillet 2019 du conseil municipal de la commune qui a validé le principe général de dénomination et de numérotation des voies de la commune. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-29 et du 5° du L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales ne peut dès lors, et en tout état de cause, être utilement invoqué et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2213-28 du code général des collectivités territoriales : " Dans toutes les communes où l'opération est nécessaire, le numérotage des maisons est exécuté par arrêté du maire. L'entretien du numérotage est à la charge du propriétaire qui doit se conformer aux instructions ministérielles ".

6. Il résulte de ces dispositions que le numérotage des maisons constitue une mesure de police générale que le maire peut prescrire en vertu des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. Toute mesure de numérotage, qu'il s'agisse d'une mesure d'attribution ou de modification, doit reposer sur des motifs d'intérêt général correspondant aux objectifs en vue desquels un tel pouvoir de police lui a été conféré par la loi et notamment pour des considérations tirées de l'intérêt de la voirie, du bon ordre ou de la sécurité publique. Au nombre de ces motifs d'intérêt général figure celui d'assurer une numérotation cohérente et une identification claire des accès donnant sur la voie. Les administrés ne disposent d'aucun droit acquis au maintien de la numérotation antérieure.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui disposait d'un accès sur sa propriété sur le chemin rural qui est devenu aujourd'hui la rue Françoise Hoddé, a fait procéder à la construction sur son fonds d'une véranda qui ne lui permet plus d'accéder à la voie située au Nord de sa propriété. Après avoir fait procéder à un bornage qui délimite notamment ses parcelles cadastrées section A nos 408 et 845 du chemin rural appartenant à la commune et sur lequel il disposait d'un accès, il a construit un mur sur la totalité de la limite séparative de son fonds avec le chemin rural. Ainsi, le seul accès pour son véhicule personnel ou pour les visites, livraisons et secours ne peut se faire que par la servitude de passage sur le fonds appartenant à M. et Mme B sur lequel s'est fondée la commune pour attribuer l'adressage de M. C. Si la propriété de M. C n'est pas riveraine de la RD 208, à laquelle il ne peut accéder que du fait de l'existence d'une servitude de passage sur la parcelle voisine, riveraine de cette voie, il ne justifie pas, par les éléments qu'il produit à l'appui de sa requête, et en tout état de cause, qu'il serait dans l'impossibilité d'emprunter cet accès et la circonstance que le droit de passage, sur lequel s'appuie la commune de Mouchan, pour justifier l'adressage au 735 Route de Cassaigne, n'est pas perpétuel puisqu'il cessera d'exister au moment de la vente du bien immobilier, est sans incidence. Le maire de la commune a donc pu, dans l'intérêt de la voirie et en prenant en considération l'impératif de facilitation du repérage et de l'adressage rappelé dans la délibération du 4 juillet 2019, refuser de lui attribuer un numéro sur la rue Françoise Hoddé, cette voie publique ne desservant pas directement sa propriété compte tenu de la construction d'une véranda. A cet égard, M. C ne peut se prévaloir utilement de la circonstance que l'extrait du cadastre mentionne cette même rue. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2213-28 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, M. C soutient que la commune aurait fait preuve à son égard d'agissements discriminatoires et qu'il aurait été traité différemment de son voisin dans la mesure où l'immeuble situé en face de sa maison de l'autre côté de la rue Françoise Hoddé dispose d'une numérotation, en méconnaissance du principe d'égalité garanti par l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. C aurait subi un traitement différent de voisins se trouvant placés dans la même situation. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée révélerait une rupture d'égalité à son égard doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Mouchan, que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du maire de la commune de Mouchan doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Les conclusions à fin d'annulation de M. C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mouchan, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Mouchan et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 1 000 euros à la commune de Mouchan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Mouchan.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

F. MADELAIGUEL'assesseure,

signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE :

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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