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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000183

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000183

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSCP SCHNERB-CHATEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 janvier 2020, le 30 septembre 2021 et le 2 septembre 2022, Mme F G et M. C B, représentés par Me Chateau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées leur a infligé une amende administrative d'un montant de 2 012,83 euros ;

2°) d'annuler le titre de recettes émis à leur encontre le 17 décembre 2019 par le département des Hautes-Pyrénées en vue du recouvrement de cette amende ;

3°) de mettre à la charge du département des Hautes-Pyrénées la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pas eu connaissance des éléments de l'enquête réalisée par la caisse d'allocations familiales et la mutualité sociale agricole (MSA) ;

- le département échoue à démontrer que M. B aurait fourni un travail à M. A de manière dissimulée ; aucune suite n'a été donnée à l'enquête de gendarmerie.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 juillet 2020, le 28 juillet 2022 et le 5 octobre 2022, le département des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les enquêtes de l'administration ont donné lieu à des entretiens et des réunions contradictoires avec les requérants si bien qu'ils ont eu connaissance des éléments de l'enquête ;

- la décision de classement sans suite ne s'impose pas à l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 20 octobre 2022 à 15 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Blanche, représentant les requérants.

Le département des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent, ni représenté à l'audience, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G et M. B sont bénéficiaires du revenu de solidarité active. A la suite d'un contrôle de la ferme équestre où ils sont domiciliés, réalisé le 27 septembre 2017 et qui a donné lieu à un rapport établi le 14 août 2018, la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées a considéré que M. B effectuait un travail dissimulé depuis le 1er octobre 2015 pour le propriétaire de cette ferme et a décidé de récupérer un indu de revenu de solidarité active pour un montant de 20 128,28 euros portant sur la période de janvier 2016 à mai 2018. Par une décision du 22 novembre 2019, le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées leur a ensuite infligé une amende d'un montant de 2 012,83 euros qui a fait l'objet d'un titre exécutoire en date du 17 décembre 2019 afin d'en obtenir le recouvrement. Par la présente requête, Mme G et M. B demandent au tribunal d'annuler la décision du 22 novembre 2019, ainsi que le titre de recettes émis le 17 décembre 2019.

2. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative. / Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans, ni lorsque la personne concernée a, pour les mêmes faits, déjà été définitivement condamnée par le juge pénal ou a bénéficié d'une décision définitive de non-lieu ou de relaxe déclarant que la réalité de l'infraction n'est pas établie ou que cette infraction ne lui est pas imputable. () ".

Sur la procédure contradictoire :

3. Aux termes du sixième devenu septième alinéa et de la seconde phrase du onzième devenu douzième alinéa du I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits, dans la limite de deux fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. Tout fait ayant donné lieu à une sanction devenue définitive en application du présent article peut constituer le premier terme de récidive d'un nouveau manquement sanctionné par le présent article. Cette limite est doublée en cas de récidive dans un délai fixé par voie réglementaire. Le directeur de l'organisme concerné notifie le montant envisagé de la pénalité et les faits reprochés à la personne en cause, afin qu'elle puisse présenter ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois. A l'issue de ce délai, le directeur de l'organisme prononce, le cas échéant, la pénalité et la notifie à l'intéressé en lui indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. / () L'action en recouvrement de la pénalité se prescrit par deux ans à compter de la date d'envoi de la notification de la pénalité par le directeur de l'organisme concerné ". Aux termes du II du même article : " Lorsque l'intention de frauder est établie, le montant de la pénalité ne peut être inférieur à un trentième du plafond mensuel de la sécurité sociale. En outre, la limite du montant de la pénalité prévue au I du présent article est portée à quatre fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. Dans le cas d'une fraude commise en bande organisée au sens de l'article 132-71 du code pénal, cette limite est portée à huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale ".

4. Il ne résulte pas des dispositions ci-dessus énoncées que la procédure contradictoire devait comprendre la communication du rapport d'enquête établi le 14 août 2018 par les agents assermentés de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées et de la MSA à l'issue du contrôle sur place de la ferme équestre où Mme G et M. B sont domiciliés. Par ailleurs, il n'est pas contesté que les requérants ont été destinataires d'un premier courrier du président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées en date du 7 octobre 2019 retraçant l'historique du contrôle dont ils ont été l'objet, rappelant l'indu de revenu de solidarité active qui a résulté de la révision de leurs droits et les informant du montant de l'amende administrative envisagée afin de recueillir leurs observations avant le 11 novembre 2019 et de les inviter à présenter des observations orales auprès du service le 12 novembre 2019. Il n'est pas davantage contesté qu'ils ont bénéficié d'un entretien avec l'équipe pluridisciplinaire du département le 12 novembre 2019. Dans ces conditions, Mme G et M. B ne sont pas fondés à soutenir que le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées aurait méconnu la procédure contradictoire préalable au prononcé de la sanction en litige.

Sur le bien-fondé de l'amende administrative :

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". L'article R. 262-6 de ce code dispose que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". Selon l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".

6. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour caractériser la fausse déclaration ou l'omission délibérée, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

7. La décision attaquée du 22 novembre 2019, infligeant une sanction administrative à Mme G et M. B repose sur un unique motif tiré de ce que M. B a effectué un travail dissimulé. D'une part, la circonstance que les poursuites judiciaires dont fait l'objet le responsable du centre équestre où sont domiciliés les requérants n'incluent pas la relation de travail que ce M. B aurait entretenu avec celui-ci ne fait pas obstacle à ce que le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées considère, au vu des conclusions du rapport d'enquête, que M. B disposait de revenus d'un travail qu'il n'a volontairement pas déclarés durant une longue période. D'autre part, les requérants ne peuvent utilement reprocher à l'administration de ne pas avoir caractérisé la relation de travail au sens et pour l'application des dispositions du code du travail qui existerait entre M. B et le responsable du centre équestre dès lors qu'il ne lui appartient pas de le faire dans le cadre du contrôle des déclarations trimestrielles de revenus des allocataires du revenu de solidarité active. Il s'ensuit qu'en l'état du débat, les requérants ne contestent pas sérieusement le bien-fondé de la sanction administrative prononcée à leur encontre.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a prononcé à leur encontre une sanction administrative ni, par voie conséquence, l'annulation du titre de recettes le 17 décembre 2019 émis en vue de son recouvrement. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation des actes attaqués doivent être rejetées ainsi que les conclusions accessoires présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G et de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G, à M. C B et au département des Hautes-Pyrénées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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