vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2000231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PETRIAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 janvier 2020 et le 21 octobre 2021, Mme A, représentée par Me Petriat, et le syndicat CFDT Interco 64 demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2019 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a refusé d'engager la procédure d'alerte sollicitée, ensemble la décision verbale du 8 octobre 2019 du président du Comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail ;
2°) d'enjoindre à l'administration de répondre à la procédure d'alerte demandée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le directeur interrégional et le directeur des services pénitentiaires d'insertion et de probation ont refusé d'engager la procédure d'alerte prévue à l'article 5-7 du décret du 28 mai 1982 ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale, dès lors que le directeur interrégional s'est prononcé ab initio sur l'existence d'un danger grave et imminent sans évaluation particulière de ce danger ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la procédure initiée a été regardée comme l'exercice par Mme A de son droit de retrait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Petriat, représentant Mme A, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, assistante de service social au sein du service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) des Pyrénées-Atlantiques, a été placée en congé maladie à compter du 11 juin 2019. Le 26 novembre 2019, le représentant de la CFDT auprès du Comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a fait usage du droit d'alerte et consigné, dans le registre spécial prévu à cet effet, l'existence d'un danger grave et imminent s'agissant des conditions de travail Mme A. Par un courrier du 28 novembre 2019, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a informé le syndicat CFDT de ce qu'il ne retenait pas l'existence d'un danger grave et imminent, en raison de l'absence de Mme A dans le service. Par la présente requête, Mme A et le syndicat CFDT Interco 64 demandent l'annulation de cette décision, ainsi que celle de la décision verbale du président du CHSCT du 8 octobre 2019 et à ce qu'il soit enjoint à l'administration de répondre à la procédure d'alerte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 5-7 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique, alors applicable : " Le représentant du personnel au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui constate qu'il existe une cause de danger grave et imminent, notamment par l'intermédiaire d'un agent, en alerte immédiatement le chef de service ou son représentant selon la procédure prévue au premier alinéa de l'article 5-5 et consigne cet avis dans le registre établi dans les conditions fixées à l'article 5-8. / Le chef de service procède immédiatement à une enquête avec le représentant du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui lui a signalé le danger et prend les dispositions nécessaires pour y remédier. Il informe le comité des décisions prises. / En cas de divergence sur la réalité du danger ou la façon de le faire cesser, notamment par arrêt du travail, de la machine ou de l'installation, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail compétent est réuni d'urgence, dans un délai n'excédant pas vingt-quatre heures. L'inspecteur du travail est informé de cette réunion et peut y assister. Après avoir pris connaissance de l'avis émis par le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail compétent, l'autorité administrative arrête les mesures à prendre. A défaut d'accord entre l'autorité administrative et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail sur les mesures à prendre et leurs conditions d'exécution, l'inspecteur du travail est obligatoirement saisi. ". Aux termes de l'article 5-8 du même décret : " Les avis mentionnés au premier alinéa de l'article 5-7 sont consignés dans un registre spécial côté et ouvert au timbre du comité. Il est tenu, sous la responsabilité du chef de service, à la disposition : / -des membres du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le représentant du personnel au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), ayant constaté une situation de danger grave et imminent, en alerte le chef de service et consigne cet avis dans un registre dédié à ces alertes. Le chef de service est alors tenu de procéder à une enquête avec le représentant du CHSCT lui ayant signalé le danger et, s'il existe une divergence quant à la réalité du danger, de réunir d'urgence ce comité dans un délai n'excédant pas vingt-quatre heures.
4. Il ressort du procès-verbal de la séance du Comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du 8 octobre 2019 qu'une première mention du danger caractérisant les conditions de travail de Mme A avait été inscrite par un agent à titre syndical dans le registre prévu à cet effet. Toutefois, cette inscription, au demeurant non produite, ne peut, faute pour les requérants d'établir qu'elle a été effectuée par le représentant du personnel au CHSCT, quand bien même la teneur des débats retranscrite dans le procès-verbal révèle qu'une suite défavorable lui a été réservée, être regardée comme l'exercice du droit d'alerte selon les conditions prévues par les dispositions précitées. Par suite, les moyens dirigés contre de la décision verbale du président du CHSCT du 8 octobre 2019 doivent être regardés comme dirigés contre la décision du 28 novembre 2019 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a refusé de donner suite à la procédure d'alerte initiée par le représentant du personnel au CHSCT le 26 novembre 2019.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le 26 novembre 2019, le représentant de la CFDT auprès du CHSCT a constaté que les conditions de travail de Mme A caractérisaient l'existence d'un danger grave et imminent, et en a porté la mention dans le registre spécial prévu à cet effet, afin d'alerter le chef de service sur cette situation. Par la décision en litige du 28 novembre 2019, adressée à ce représentant, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a refusé d'engager la procédure d'alerte motif pris de l'absence selon lui de danger grave et imminent dès lors que l'agent était alors absent du service. Ce faisant, le directeur s'est prononcé sans avoir préalablement mis en œuvre la procédure prévue aux deuxième et troisième alinéas de l'article 5-7 du décret du 28 mai 1982, lesquels exigent qu'il soit de procédé à une enquête avec le représentant du CHSCT l'ayant alerté, et la réunion en urgence le CHSCT en cas de divergence sur la réalité du danger. La circonstance que l'agent aurait été absent du service, même pendant plusieurs mois dès lors qu'il est placé en arrêt maladie, est à cet égard sans incidence sur l'obligation de suivre la procédure prévue par les dispositions citées au point 2, dès lors qu'avait été constaté un danger grave et imminent par le représentant syndical au CHSCT et qu'une mention de ce danger avait été inscrite dans le registre prévu à cet effet et tenu sous la responsabilité du chef de service. Il s'ensuit que Mme A et la CFDT Interco 64 sont fondées à soutenir que la décision du 28 novembre 2019 est entachée d'un vice de procédure les ayant privés d'une garantie.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A et la CFDT Interco 64 sont fondées à demander l'annulation de la décision du 28 novembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
8. Il résulte de l'instruction qu'aucun élément au dossier ne permet d'établir qu'à la date du présent jugement il persiste un danger grave et imminent, de nature à justifier qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par Mme A et la CFDT Interco 64 tendant à répondre à la procédure d'alerte. Par suite, les conclusions tendant au prononcé de cette injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à la présente instance, une somme globale de 200 euros à verser à Mme A et au syndicat CFDT Interco 64 et au titre des frais de procès.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux du 28 novembre 2019 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A et au syndicat CFDT Interco 64 une somme globale de 200 euros (deux cents euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au syndicat CFDT Interco 64 et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie pour information en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Quéméner, présidente,
Mme Réaut, première conseillère,
Mme Duchesne, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. D
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026