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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000251

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000251

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantMERRIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 février 2020 et le 23 mars 2021, Mme A D, représentée par Me Merrien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge par la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques à hauteur de 5 232,90 euros et de 5 759,46 euros ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques et à la MSA Sud Aquitaine de lui rembourser les indus déjà recouvrés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, de prendre acte de la remise gracieuse accordée par le président du conseil départemental des Landes à hauteur de 8 244,27 euros ;

5°) en tout état de cause, de mettre à la charge solidaire des départements des Pyrénées-Atlantiques et des Landes les dépens et une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Mme D soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article R. 262-11 14° du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2020, le département des Pyrénées-Atlantiques informe le tribunal que les requérants ont déménagé dans le département des Landes désormais compétent pour la prise en charge des indus en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 20 octobre 2022 à 15 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a bénéficié du revenu de solidarité active à compter du 1er mai 2017, servi par la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques. A la fin de l'année 2018, cet organisme payeur a constaté une discordance entre les déclarations trimestrielles de ressources souscrites par l'allocataire et les pensions alimentaires qu'elle avait fiscalement déclarées. Ce pour quoi ses droits ont été révisés et par une décision du 1er mars 2019, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a fixé le montant de l'indu au titre de plusieurs prestations dont le revenu de solidarité active, à la somme de 9 879,99 euros pour la période du 1er mai 2017 au 31 janvier 2019. Le département des Pyrénées-Atlantiques a accusé réception de son recours préalable aux termes d'un courrier du 17 décembre 2019 l'informant en outre qu'en raison de son déménagement à Duhort Bachen, le traitement de sa demande était transféré au département des Landes. Cette collectivité a gardé le silence sur son recours mais lui a accordé, par une décision du 17 février 2021, une remise partielle de sa dette, à hauteur de 8 244,27 euros. Par la présente requête et dans le dernier état de ses écritures, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal, d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Landes a confirmé l'indu de revenu de solidarité active et, à titre subsidiaire, de prendre acte de la remise partielle qui lui a été accordée.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un niveau garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu garanti est calculé, pour chaque foyer, en faisant la somme : / 1° D'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer ; / 2° D'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Le premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code précise que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". L'article R. 262-11 du même code prévoit que : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte de : () / 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; (). ".

4. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que les avantages en nature que reçoivent les bénéficiaires du revenu de solidarité active doivent être intégrés dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant de l'allocation à laquelle ils peuvent prétendre, à l'exclusion de l'usage privatif d'un jardin. Si la fourniture d'un logement à titre gratuit doit être évaluée sur la base forfaitaire prévue par l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, les autres avantages en nature doivent, en l'absence de dispositions réglementaires prévoyant un mode d'évaluation forfaitaire, être évalués sur la base de leur valeur réelle.

5. D'autre part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". L'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () ".

6. En premier lieu, la décision attaquée par laquelle le président du conseil départemental des Landes a confirmé l'indu de revenu de solidarité active est une décision implicite. Il s'ensuit que, faute pour la requérante d'établir qu'elle aurait sollicité les motifs de cette décision dans les conditions posées à l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut être qu'écarté.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a séjourné chez son père jusqu'en 2019 et reconnait ne pas avoir indiqué dans ses déclarations trimestrielles de ressources le montant de la pension alimentaire que son père a décidé de déclarer fiscalement, au titre de l'avantage en nature résultant de sa présence au domicile parental. Sur ce point, la requérante ne peut utilement se prévaloir devant le juge des termes d'une circulaire ministérielle qui exclut la prise en compte des pensions alimentaires correspondant à un avantage en nature pour contester l'application de dispositions législatives et réglementaires. Mme D reconnait également ne pas avoir déclaré comme des ressources le montant des dépenses personnelles couvertes par sa mère. Au vu de la fréquence des aides financières apportées à la requérante, il y a lieu de considérer qu'elles ne peuvent être regardées comme des secours ponctuels exclus de l'obligation déclarative. Par conséquent, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis d'erreur de droit en réintégrant dans les ressources de Mme D les pensions alimentaires et les participations financières dont elle a bénéficié de la part de ses parents.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à contester l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

En ce qui concerne la remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active :

9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

10. Il résulte de l'instruction que par une décision du 17 février 2021, la caisse d'allocations familiales des Landes, désormais en charge du dossier de Mme D, a accordé à celle-ci une remise gracieuse d'un montant de 8 244,27 euros. Il n'y a donc pas lieu que le tribunal en prenne acte, cette décision étant acquise au bénéfice de la requérante. Par ailleurs, celle-ci n'apporte aucun élément de nature à justifier que le tribunal lui accorde un supplément de remise.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le rejet des conclusions principales et subsidiaires emporte, par voie de conséquence, le rejet des conclusions accessoires à fin d'injonction ainsi que des conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales des Landes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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