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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000293

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000293

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPETRIAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en production de pièces et un mémoire, enregistrés le

7 février 2020, le 13 février 2020 et le 15 février 2021, Mme A C, représentée par Me Pétriat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2019 par laquelle le président du centre communal d'action sociale d'Artix l'a licenciée pour inaptitude ;

2°) de condamner le centre communal d'action sociale d'Artix à lui verser la somme totale de 15 932,80 euros en réparation des préjudices tirés de l'illégalité de la décision du

10 décembre 2019 et du manquement par cet établissement public à son obligation de prévention et de protection de sa santé et sa sécurité ;

3°) d'enjoindre au centre communal d'action sociale d'Artix de lui remettre ses bulletins de salaire au titre de la période des mois de mars à novembre 2019, et ce, sous astreinte de

50 euros par jour de retard à compter de la décision à venir ;

4°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale d'Artix une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été informée par son employeur de la possibilité de formuler une demande de reclassement, que la commission administrative paritaire n'a pas été consultée pour avis sur son licenciement, et que le centre communal d'action sociale d'Artix n'établit pas l'absence de poste de reclassement compatible avec les recommandations du médecin du travail ;

- elle doit bénéficier d'un rappel de salaire et de l'indemnité de congé payé correspondante dès lors qu'elle n'a bénéficié que de 21 jours de préavis au lieu de 60 jours ;

- la rupture illégale de son contrat de travail lui a porté un préjudice moral et financier ;

- le centre communal d'action sociale d'Artix ne lui a pas donné accès au médecin de prévention au début de la relation contractuelle, ni à son retour de congé maladie de plus de trois mois, en méconnaissance de son obligation de prévention et de protection de la santé.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 janvier 2021 et le 22 mars 2021, le centre communal d'action sociale d'Artix, représenté par Me Le Corno, conclut au rejet de la requête à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros.

Il soutient que :

- la requérante n'a pas produit la décision attaquée du 10 décembre 2019, en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;

- les conclusions à fin d'indemnité sont irrecevables, faute de liaison du contentieux, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2015-1912 du 29 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Meunier-Garner, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Corno, représentant le centre communal d'action sociale d'Artix.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée comme agent social par le centre communal d'action sociale d'Artix par contrat de travail à durée déterminée du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019, pour exercer les fonctions d'aide à domicile. Par décision du 10 décembre 2019, le président du centre communal d'action sociale d'Artix a licencié Mme C pour inaptitude définitive à l'exercice de ses fonctions. Mme C demande l'annulation de cette décision et la condamnation du centre communal d'action sociale d'Artix à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de cette décision et du manquement par cet établissement public à son obligation de prévention et de protection de sa santé et de sa sécurité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur :

" Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. ". Aux termes de l'article 136 de la même loi, alors en vigueur : " () Un décret en Conseil d'Etat détermine les dispositions générales applicables aux agents contractuels. Il comprend notamment, compte tenu de la spécificité des conditions d'emploi des agents contractuels, des règles de protection sociale semblables à celles dont bénéficient les fonctionnaires territoriaux, sauf en ce qui concerne les dispositions liées au régime spécial de sécurité sociale applicable à ces derniers, en particulier en matière d'assurance maladie et d'assurance vieillesse. () ". Aux termes de l'article 13 du décret

n° 88-145 du 15 février 1988, dans sa version applicable, issue du décret n°2015-1912 du

29 décembre 2015 : " () III. - A l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie, d'accident du travail, de maladie professionnelle ou de maternité, de paternité, d'accueil d'un enfant ou d'adoption, lorsqu'il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, le licenciement ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent dans un emploi que la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement de ces agents n'est pas possible. / 1° Ce reclassement concerne les agents recrutés pour occuper un emploi permanent en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. () 2° Lorsque l'autorité territoriale envisage de licencier un agent pour inaptitude physique définitive, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 42. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire compétente, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. () Cette lettre invite également l'intéressé à présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 40 et indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la procédure de reclassement concerne les agents recrutés pour occuper un emploi permanent en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. En conséquence, que Mme C ait été embauchée par le centre communal d'action sociale d'Artix par contrat à durée déterminée pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire en application de l'article 3-2 de la loi du

26 janvier 1984 modifiée relative à la fonction publique territoriale, comme le précise son contrat de travail, ou bien qu'elle l'ait été pour occuper un emploi non permanent, comme le soutient le centre communal d'action sociale d'Artix, ce dernier n'avait pas d'obligation de chercher à reclasser la requérante préalablement à son licenciement, et ce, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le comité médical départemental a observé, dans son avis du 2 octobre 2019, relatif à l'inaptitude de l'intéressée, qu'il convenait d'engager la procédure de recherche de reclassement. Par suite, Mme C ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas été informée par son employeur de la possibilité de formuler une demande de reclassement, ni que la commission administrative paritaire n'a pas été consultée pour avis sur son licenciement, ni encore que le centre communal d'action sociale d'Artix n'établit pas l'absence de poste de reclassement compatible avec les recommandations du médecin du travail.

4. En second lieu, la circonstance invoquée par la requérante, que le centre communal d'action sociale d'Artix ne lui a pas fait rencontrer le médecin agréé lors de son embauche pour un premier contrat, puis lors de son retour de congé maladie le 9 décembre 2018, est sans lien avec la décision attaquée, qui porte sur un licenciement pour inaptitude physique, et est relatif à un contrat postérieur. Par ailleurs, la requérante n'établit pas que cette absence de visite médicale a été à l'origine de la récidive de son éventration le 1er février 2019, de son hernie et de son placement en arrêt maladie. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que le centre communal d'action sociale d'Artix a manqué à son obligation de prévention et de protection de sa santé et de sa sécurité doit être écarté comme inopérant.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le centre communal d'action sociale d'Artix, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme C ait, préalablement à l'introduction de sa requête, adressé au centre communal d'action sociale d'Artix une demande indemnitaire. Par suite les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de Mme C doivent également être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. En premier lieu, le centre communal d'action sociale d'Artix ayant versé au cours de l'instance, les bulletins de salaire de Mme C pour les mois de mars et d'octobre 2019, les conclusions de la requête aux fins d'injonction de transmission de ces documents sont devenues sans objet.

9. En second lieu, le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme C, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent, par suite, qu'être rejetées pour le surplus.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière une somme de

1 200 euros au titre des frais exposés par le centre communal d'action sociale d'Artix et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de transmission des bulletins de salaire de Mme C pour les mois de mars et octobre 2019.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme C sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Mme C versera au centre communal d'action sociale d'Artix une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A C et au centre communal d'action sociale d'Artix.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

V. D

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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