mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2000357 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MANDILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 février 2020 et le 12 mai 2022, Mme A E, représentée par Me Mandile, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le recteur de l'académie a mis un terme à son congé de maladie ordinaire et lui a enjoint de réintégrer son poste au sein du collège Lubet Barbon de Saint-Pierre-du-Mont ;
2°) d'enjoindre au recteur de lui accorder un congé de longue maladie, et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation au regard de son état de santé ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision de refus d'octroi d'un congé de longue maladie est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 6 alinéa 3 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- la décision a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ;
- le recteur n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, la rectrice de la région Nouvelle Aquitaine, rectrice de l'académie de Bordeaux, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable comme dirigée contre une décision qui ne fait pas grief ;
- en tout état de cause, aucun des moyens n'est fondé.
Un mémoire, produit par Mme E, représentée par Me Mandille, a été enregistré le 11 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-899 du 21 août 1985 ;
- le décret n° 86-444 du 14 mars 1986 ;
- l'arrêté du 9 août 2004 portant délégation de pouvoirs du ministre chargé de l'éducation aux recteurs d'académie en matière de gestion des personnels enseignants, d'éducation, d'information et d'orientation de l'enseignement du second degré ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réaut, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été titularisée dans le corps des professeurs certifiés de classe normale au titre de la discipline " anglais " et affectée à compter du 1er septembre 2017 dans le ressort de l'académie de Bordeaux, en zone de remplacement du département des Hautes-Pyrénées. Par un arrêté du 25 juin 2018, elle a été mutée dans l'académie de Nouvelle Aquitaine et affectée au collège Lubet Barbon de Saint-Pierre-du-Mont dans le département des Landes à compter du 1er septembre 2018. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du présent tribunal n° 1802914 du 23 février 2021, devenue définitif. Placée en arrêt de maladie ordinaire, elle a saisi le comité médical départemental en vue de se voir accorder un congé de longue maladie. Ce comité a rendu un avis défavorable le 11 décembre 2018 que Mme E a contesté devant le conseil médical supérieur. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler le courrier du 9 décembre 2019 par lequel la rectrice lui communique l'avis du comité médical supérieur et lui demande, en conséquence, de rejoindre son poste au collège Lubet Barbon.
Sur la fin de non-recevoir :
2. La rectrice de la région académique Nouvelle Aquitaine, rectrice de l'académie de Bordeaux, soutient que son courrier du 9 décembre 2019 ne fait pas grief à Mme E dès lors qu'il se borne à lui communiquer l'avis défavorable du comité médical supérieur et à lui rappeler sa situation administrative, dont il résulte, du fait de l'épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire, qu'elle doit rejoindre son poste au sein du collège Lubet Barbon. Toutefois, au vu des termes employés, il y a lieu de considérer que ce courrier, qui fait état du sens de l'avis rendu par le conseil médical supérieur et de ce que Mme E est tenue de rejoindre son poste, révèle la décision prise par la rectrice refusant de lui accorder le congé de longue maladie sollicité et contre laquelle la présente requête est dirigée. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions d'excès de pouvoir :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article premier du décret du 21 août 1985 relatif à la déconcentration de certaines opérations de gestion du personnel relevant du ministère de l'éducation nationale : " Le ministre de l'éducation nationale peut déléguer par arrêté aux recteurs d'académie, dans les conditions prévues par le présent décret, tout ou partie de ses pouvoirs en matière de recrutement et de gestion des personnels titulaires, stagiaires, élèves et non titulaires de l'Etat qui relèvent de son autorité. () ". Aux termes de l'article premier de l'arrêté du 9 août 2004 : " Délégation permanente de pouvoirs du ministre chargé de l'éducation est donnée aux recteurs d'académie : I.- Pour prononcer à l'égard des personnels enseignants, d'éducation, d'information et d'orientation de l'enseignement du second degré et des personnels stagiaires de ces mêmes corps, sous réserve des dispositions de l'article 2 ci-dessous, les décisions relatives : 1. Aux congés prévus par les dispositions du 2° au 10° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, sauf lorsque l'avis du comité médical supérieur est requis ; () ". Aux termes de l'article D 220-20 du code de l'éducation : " Le recteur est autorisé à déléguer sa signature au secrétaire général de l'académie et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à l'adjoint au secrétaire général d'académie et aux chefs de division du rectorat, dans la limite de leurs attributions. () ".
4. Par un arrêté du 23 octobre 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 25 octobre 2019, la rectrice de la région académique de Nouvelle Aquitaine a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de l'académie de Bordeaux, à M. B D en sa qualité de secrétaire général adjoint délégué aux relations et ressources humaines, à l'effet de signer, notamment, les décisions individuelles défavorables. Dans ces conditions, M. D était habilité pour signer la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, et d'une part, en vertu du 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant disposition statutaire relatives à la fonction publique de l'Etat, dans la version applicable à la date de la décision attaquée, le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée.
6. D'autre part, aux termes de l'article 28 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Pour l'application des dispositions de l'article 34 (3°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, le ministre chargé de la santé détermine par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux caractères définis à l'article 34 (3°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie. Sur cette liste doivent figurer les affections qui peuvent ouvrir droit au congé de longue durée prévu ci-après. / Toutefois, le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à l'alinéa précédent peut être accordé après l'avis du comité médical compétent. ". Un arrêté du 14 mars 1986 fixe la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie et précise dans son article 3 que : " Un congé de longue maladie peut être attribué, à titre exceptionnel, pour une maladie non énumérée aux article 1er et 2 du présent arrêté, après proposition du Comité médical compétent à l'égard de l'agent et avis du Comité médical supérieur. Dans ce cas, il doit être constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. "
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme E souffre d'une endométriose qui l'a contrainte à subir une hystérectomie par laparotomie le 26 mars 2018 et qui a justifié son placement en congé de maladie ordinaire jusqu'à épuisement de ses droits. La requérante soutient que la décision attaquée refusant de lui accorder un congé de longue maladie serait entachée d'une erreur d'appréciation en se prévalant de différentes expertises médicales auxquelles elle s'est soumise et notamment de celles qui ont été diligentées à la demande de la rectrice.
8. D'une part, contrairement à ce que prétend Mme E, il ressort des pièces du dossier que la rectrice a bien examiné sa demande de congé de longue maladie au regard de son état de santé. Il s'ensuit que l'erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écartée.
9. D'autre part, la maladie dont Mme E est atteinte ne figure pas dans les listes limitatives des articles 1 et 2 de l'arrêté du 14 mars 1986. Certes, il résulte de toutes les pièces médicales versées à l'instance que cette maladie demeure, en dépit de l'intervention chirurgicale subie, la cause de douleurs abdominales et d'une fatigue chronique qui rendent pénibles les trajets quotidiens de la requérante de son domicile au collège, éloigné de plus de cent kilomètres. Toutefois, à supposer que la maladie dont souffrait la requérante présentait un caractère invalidant et de gravité confirmée rendant nécessaire un traitement et des soins prolongés, aucune des pièces du dossier n'établit que cette pathologie la plaçait dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions d'enseignement. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la rectrice de l'académie de Bordeaux a refusé d'accorder à Mme E un congé de longue maladie.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 alinéa 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, ainsi que le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme sont insuffisamment articulés pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils ne peuvent qu'être écartés.
11. il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le rejet des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2019 n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que l'ensemble des conclusions à fin d'injonction de la requête ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais de procès :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, les frais de procès exposés par Mme E.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2021, à laquelle siégeaient :
Mme Quéméner, présidente,
Mme Réaut, première conseillère,
Mme Duchesne, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
V. REAUT
La présidente,
V. QUEMENER La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026