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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000636

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000636

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I-Par une requête, enregistrée le 18 mars 2020 sous le n° 2000636, et un mémoire, enregistré le 30 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Tucoo-Chala, demande au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme négatif du 23 janvier 2020 délivré par la maire de Fleurance déclarant non réalisable le projet de construction d'une maison et d'un garage sur les parcelles cadastrées BC 107 et BC 118.

Elle soutient que :

- les parcelles sont situées dans les parties actuellement urbanisées de la commune ; elles sont à proximité immédiate de terrains construits, desservis par les réseaux publics et par la route départementale, en face de la maison de la maire de Fleurance ;

- le second motif de la décision attaquée, tirée de ce que le terrain n'est pas desservi en défense incendie, est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2020 et le 10 janvier 2022, la commune de Fleurance, représentée par Me Bouyssou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

II-Par une requête, enregistrée le 18 mars 2020 sous le n° 2000637, et un mémoire, enregistré le 30 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Tucoo-Chala, demande au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme négatif du 23 janvier 2020 délivré par la maire de Fleurance déclarant non réalisable le projet de construction d'une maison et d'un garage sur la parcelle cadastrée BC 106.

Elle soutient que :

- la parcelle est située dans les parties actuellement urbanisées de la commune ; elle est à proximité immédiate de terrains construits, desservis par les réseaux publics et par la route départementale, en face de la maison de la maire de Fleurance ; elle jouxte une zone partiellement urbanisée, constituée des parcelles BC 98 et BC 100 ;

- le second motif de la décision attaquée, tirée de ce que le terrain n'est pas desservi en défense incendie, est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2020 et le 10 janvier 2022, la commune de Fleurance, représentée par Me Bouyssou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réaut, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a acquis plusieurs parcelles de terrain situées sur le territoire de la commune de Fleurance dans le département du Gers. Le 5 décembre 2019, elle a déposé deux demandes de certificat d'urbanisme opérationnel afin de connaitre les possibilités de construction d'une maison d'habitation et d'un garage, d'une part, sur la parcelle cadastrée BC 106 et, d'autre part, sur les parcelles connexes, cadastrées BC 107 et BC 118. Par les deux présentes requêtes, elle demande au tribunal d'annuler, respectivement, les certificats d'urbanisme n° 032 132 19 L3207 et n° 032 132 19 L3208 négatifs, délivrés le 23 janvier 2020, par lesquels la maire de Fleurance lui a indiqué que les parcelles ne peuvent être utilisées pour les projets de construction envisagés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes, enregistrées sous les n° 2000636 et n° 2000637, portent sur des terrains appartenant à Mme B, posent des questions de droit comparables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des certificats d'urbanisme :

3. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ;/2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ;/2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ;/3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ;/4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. ".

4. Les dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire hors des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune.

5. Les deux décisions attaquées sont fondées sur des motifs identiques, tirés de ce que les parcelles sont situées hors des parties urbanisées de la commune de Fleurance et ne bénéficient pas de la défense incendie.

6. Il ressort des plans et des photographies versées à l'instance que la parcelle BC 106 et les parcelles contiguës BC 107 et 118 sont situées au lieudit " A Nauques ", à trois kilomètres du centre du bourg. Elles sont également éloignées de la zone d'urbanisation linéaire qui s'est développée au sud du bourg, de part et d'autre de la route départementale 103 que le projet d'aménagement et de développement durable élaboré pour le futur plan local d'urbanisme prévoit d'ailleurs de restreindre. Ces parcelles sont implantées en bordure de la route départementale, s'ouvrent, à l'ouest, sur un vaste espace non bâti à l'état agricole et en partie boisé et au sud, sur des terres agricoles et des espaces naturels comprenant quelques constructions très éloignées les unes des autres, dont la plus proche se situe de l'autre côté de la voie publique. Dans ces conditions, les parcelles BC 106, et les parcelles accolées BC 107 et BC 118 ne peuvent être regardées comme situées dans une partie du territoire communal comportant des constructions en nombre et densité significatifs. Il s'ensuit, en dépit du fait qu'elles sont desservies par les réseaux de distribution d'eau potable et d'électricité, qu'elles ne sont pas incluses dans les parties urbanisées de la commune de Fleurance. Par ailleurs, les projets litigieux ne relèvent d'aucunes des exceptions limitativement énumérées à l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ci-dessus énoncées qui permettent de construire en dehors des parties urbanisées de la commune.

7. Il résulte de ce qui précède que la maire de Fleurance a fait une exacte application des dispositions énoncées au point 3 en considérant que les parcelles BC 106, BC 107 et BC 118 sont situées hors des parties urbanisées de la commune et que, par suite, les projets de construction de Mme B n'étaient pas réalisables. Il s'ensuit que, dans la mesure où ce motif suffit à fonder légalement les certificats d'urbanisme contestés, et qu'il résulte en tout état de cause de l'instruction que la maire aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que ce motif, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation des arrêtés du 23 janvier 2020 sont vouées au rejet sans qu'il soit besoin d'examiner la légalité du second motif, relatif à l'absence de défense incendie.

Sur les frais de procès :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 200 euros au titre des frais de procès exposés par la commune de Fleurance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2000636 et n° 2000637 sont rejetées.

Article 2 : Mme B versera une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à la commune de Fleurance sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Fleurance.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2021, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

Mme Réaut, première conseillère,

Mme Duchesne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

V. REAUT

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Nos 2000636

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