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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000677

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000677

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantLEMIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mars 2020 et le 17 juin 2022, M. E A D, représenté par Me Lemière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande tendant à l'attribution de revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre au département des Pyrénées-Atlantiques de lui verser des droits au revenu de solidarité active, de manière rétroactive à compter du 8 août 2019, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil renonçant à percevoir le montant forfaitaire de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir le revenu de solidarité active, notamment en raison que ce qu'il a acquis un droit au séjour permanent en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le département des Pyrénées Atlantiques, conclut au rejet la requête.

Il soutient que le requérant ne remplit pas les conditions d'ouverture du droit au revenu de solidarité active (RSA).

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 12 février 1960, de nationalité espagnole, a résidé en France avec ses parents à compter de mai 1966. A l'issue de ses études, il a exercé une première activité professionnelle en France à compter de 1980. Le 25 avril 2018, il a demandé à bénéficier du revenu de solidarité active (RSA). La caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande par une décision du 8 août 2019, à laquelle s'est substituée, par l'effet du recours administratif préalable obligatoire, la décision du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 20 janvier 2020. Par la présente requête, M. A D demande l'annulation de cette décision.

Sur les droits de M. A D au revenu de solidarité active :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu minimum d'insertion, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-4 du même code dispose que : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / () / 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. ". Aux termes de l'article L. 262-6 de ce code : " Par exception au 2° de l'article L. 262-4, le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () doit remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et avoir résidé en France durant les trois mois précédant la demande. Cependant, aucune condition de durée de résidence n'est opposable : 1° A la personne qui exerce une activité professionnelle déclarée conformément à la législation en vigueur ; () ".

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 121-1 devenu l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Et l'article L. 234-1 du même code prévoit que : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ".Toutefois, l'article L. 234-2 du même code dispose que : " Une absence du territoire français pendant une période de plus de deux années consécutives fait perdre à son titulaire le bénéfice du droit au séjour permanent.

5. Enfin, Aux termes de l'article R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active () ". Enfin, l'article R. 233-7 du même code énonce que : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : 1° Ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident ; 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; ()".

6. Il résulte des dispositions qui précèdent que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Un citoyen de l'Union européenne, présent depuis plus de trois mois en France, ne dispose du droit de se maintenir sur le territoire national, et donc du droit de prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active, que s'il remplit l'une des conditions exigées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, notamment l'exercice d'une activité professionnelle en France ou la justification de ressources suffisantes et d'une assurance maladie.

7. Pour refuser l'ouverture de droits au revenu de solidarité active à M. Prada Barragan, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a rappelé que ce dernier, de nationalité espagnole et présent en France depuis mai 1966, avait perdu son droit au séjour permanent en France du fait de son absence du territoire français durant plus de deux ans (de 1993 à 2007) et que l'étude de sa situation à compter de 2010 ne permettait pas de considérer qu'il remplissait les conditions pour obtenir l'allocation de RSA, au double motif que, depuis 2013, il doit être considéré comme inactif du fait de l'absence de perception de toute ressource, et qu'aucune pièce ne justifie l'existence d'un lien entre son ancienne activité professionnelle et l'incapacité permanente partielle dont il est atteint et qui lui vaut la qualité de travailleur handicapé.

8. Pour contester ce motif de refus, M. A D fait valoir qu'il a exercé une activité professionnelle jusqu'en 2012 et qu'ensuite, atteint d'une incapacité temporaire de travail en raison d'une maladie, il a conservé un droit au séjour, du fait de son assimilation à la qualité de travailleur, de sorte qu'il comptabilisait bien cinq années de séjour régulier au 25 avril 2018, date de sa demande tendant au bénéfice du RSA. Toutefois, s'il résulte bien de l'instruction que le requérant s'est vu reconnaitre un taux d'incapacité partiel compris entre 50 % et 80 % à compter du 1er novembre 2012, il n'est ni allégué ni établi que cette incapacité de travail, qui n'est que partielle, l'a rendu inapte à toute activité professionnelle. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de sa demande d'allocation du RSA, le requérant était inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi. Enfin, il ne résulte pas davantage de l'instruction que M. A D aurait justifié avoir disposé d'une assurance maladie et perçu des ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale français, au sens du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, à défaut de remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision 20 janvier 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui attribuer le bénéfice du revenu de solidarité active. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le rejet des conclusions principales n'implique pas une mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais de procès :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge du défendeur, qui n'a pas la qualité de perdante à la présente instance, la somme que M. A D demande au titre des frais qu'il a exposé et non compris dans les dépens. Il s'ensuit que les conclusions présentées sur ce fondement et celui des dispositions de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D et au département des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La magistrate désignée,

V. REAUTLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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